‹ La Théologie dogmatique (volume 2)Chapitre 23 sur 42 · LE MYSTÈRE DU PÉCHÉ · texte numérisé non relu

LE MYSTÈRE DU PÉCHÉ

On augmente ainsi considérablement les difficultés qui s'opposent à une conception exacte du péché d'origine.

416. — On n'a pas tort sans doute d'insister particulièrement sur le caractère mystérieux du péché originel, car il est impossible avec les données de l'exi^érience naturelle et en admettant un ordre de pure nature, de démontrer son existence, et son essence demeure absolument incompréhensible. La nature tout entière du péché originel suppose un ordre surnaturel, un mystère de la grâce. C'est dans cette hypothèse seulement qu'il devient possible de concevoir l'existence du péché d'origine. Ce péché est donc, par toute sa nature, un objet exclusif de la ioi ; cependant plus on l'envisage sous cette qualité et dans son rapport avec d'autres vérités dogmatiques , plus il est facile d'établir qu'il n'implique aucune contradiction, que tous les éléments qui le composent , s'enchaînent rigoureusement , comme nous l'avons fait ci-dessus dans tout notre exposé. Mais il demeure toujours que ce « mystère d'iniquité » est ce qui explique le mieux pourquoi Dieu permet en fait le développement du péché parmi les hommes, et pourquoi notamment ce mystère d'iniquité exerce une influence satanique qui donne au péché ce degré de malice et d'extension qu'il n'eût sans doute jamais atteint dans le monde avec la seule fragilité et les passions de l'homme.

DÉVELOPPEMENTS

417. — Nous n'avons plus besoin de nous arrêter ici à réfuter les objections des rationalistes contre le dogme du péché originel ; nous en avons tenu compte dans notre exposition. Il est aisé d'y voir en particulier sur quels points ces objections figurent le dogme ou y introduisent des éléments qui ne sont pas expressément enseignés par l'Eglise. Nous reviendrons encore plus tard sur quelquesun-. Kleutgen est celui qui a le mieux traité ce dogme ex professa et au point de vue de l'apologétique, t. ii, dernière section.

418. — III. L'Ecriture elle-même ne traite qu'une seule fois du « mystère d'iniquité » (t-^ç àvofi-i'aç) : mysterium iniqui-

tatis jam operatur, IL Thess., ii, 7 (probablement au passif, comme IvepyetTat), mystère de la malice et de l'anarchie, alors que les attaques contre Jésus-Christ et son royaume, déjà commencées autrefois, n'éclateront dans toute leur force et leur fureur que quand paraîtra l'antechrist. L'Apôtre paraît envisager ici Je « mystère d'iniquité » d'une manière analogue au « mystère de Dieu, » dont il parle souvent à propos^ de Jésus-Christ; car l'antechrist est sa contre-partie. Si « le mystère de Dieu » a sa source dans les secrets desseins de Dieu relatifs à l'œuvre du salut, dans les opérations de la grâce, invisible en soi, mais visible dans ses effets, il faut chercher le « mystère d'iniquité » dans les plans néfastes, dans les manœuvres invisibles du démon, dans les tentations au péché qu'il suscite à l'homme et dans le péché même. De même que l'homme naturel, ne peut avoir, selon l'Apôtre, même le pressentiment du mystère de la grâce sans une révélation divine ; de même, il est incapable, sans une manifestation positive de Dieu ou du démon, de connaître la simple existence du mystère d'iniquité. Mais comme l'action surnaturelle de la grâce divine s'annonce non-seulement par la parole formelle, mais encore par une foule d'opérations visibles et sensibles; ainsi le mal atteste clairement par une multitude de phénomènes la présence dans le monde d'une puissance ténébreuse qui agit dans le secret.

419. — La foi, en mettant aussi ce mystère d'iniquité en rapport avec le mystère du péché originel, en nous faisant connaître son origine, sa nature et ses effets par les manifestations du mystère primitif de la grâce, la foi nous fournit le.^ moyens d'apprécier à leur juste valeur la nécessité et l'importance de cet admirable mystère de la grâce qui a détruit le mystère d'iniquité, et qui doit rétablir et consommer le mystère de la grâce combattu et détruit par lui.

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