L'HUMANITÉ DÉCHUE RACHETÉE PAR JÉSUS-CHRIST
OU
RÉTABLISSEMENT & CONSOMMATION DE L'ORDRE SURNATUREL PAR LE FILS DE DIEU INCARNÉ
1. — A la déchéance universelle que l'humanité avait encourue par le premier péché, Dieu voulut opposer un remède d'une efficacité non moins universelle, afin ie délivrer, de « racheter » l'humanité de la servitude du péché ou de la mort, et de restaurer sous une forme nouvelle et plus parfaite l'ordre surnaturel anéanti. Cette restauration forme l'objet de toute la partie du dogme qu'il nous reste à traiter. Il s'agit tout d'abord — dans le présent livre — du principe, du centre et de la base du nouvel ordre de choses; puis des moyens qui ont été pris dans l'origine pour asseoir l'œuvre de la rédemiition. La personne du Rédempteur envisagée en elle-même, dans sa constitution et ses propriétés, puis les travaux qui remplissent sa mission au sein de cet ordre nouveau, tels seront les deux principaux sujets du livre V^.
Mais il importe avant tout de considérer les conditions préalables, les préparatifs de la rédemption. Et comme la personne et les travaux de la Mère du Sauveur ont eu une part essentielle à la délivrance de notre race, nous devons parler aussi de son ministère. Ce livre se divisera donc en quatre chapitres : l» la préparation de la Rédemption ; 2° la personne du Sauveur (christologie proprement dite) ;
3° l'œuvre ou 1 économie du Sauveur (Sotériologie dans le sens strict); 4'^ la Mère du Rédempteur (Mariologie).
2. — Les Pères, dans leurs écrits de controverse contre les hérésies chrétiennes, ne s'occupent guère ex professa que de la personne de Jésus-Christ, mais ils la traitent toujours par rapport à son œuvre. Les plus importants de leurs écrits seront signalés à leur place respective *. Saint Jean Damascène {De fide orth., lib. III) a parfaitement résumé la doctrine des Pères grecs. Les travaux systématiques de la scolastique commencent à saint Anselme, dans son Cur Deus homo (lib. II), et Hugues de saint Viotor, De Sacrament. Christi fid., lib. I, p. 1 2. La christologie est traitée par le Lombard, mais souvent d'une manière défectueuse, dans lib. III, dist. i-xxii, savoir : a) les causes, les éléments et la nature de l'incarnation, dist. i-vi; b) les prédications de l'Homme-Dieu, dist. vii-xi ; c) les qualités de l'humanité du Christ dans ses rapports avec sa mission, dist. xiii-xviii ; d) l'œuvre de la rédemption, souffrances et mort de Jésus-Christ, dist. xix-xxii.
Parmi les commentateurs, voyez surtout saint Bonaventure (et son Breviloquium , p. 4), Scot, Denis le Chartreux, Franc, a Christo, Estius. C'est dans saint Thomas que la christologie a reçu sa forme la plus parfaite ; elle est traitée en divers endroits (lib. II, Lomb.) : 1° dans les quœst. disput., quaest. De unione Verbi inc, de scientia Christi et de gratia Christi; 2° dans Vupusc. m, contra Grœcos, Armenos, etc; 3" dans le Compmdiam theoL, cap. cxcix-ccxli; 4° dans la Somme contre les Gentils, liv. IV ; et, 5° dans la Somme théologique, III Part., qusest. i-li, en deux parties : a) De incarnatione seciindum se, qusest. i-xxvi ; b) De fiis quœ per Verbum tncarnatum gesta vel passa sunt ou De mysteriis vitœ Christi, qusest. xxvii-li. Parmi les commentateurs, voyez surtout Médina, Sylvius, Gonet et principalement les théologiens de Salamanque ; parmi les jésuites, Valentia, Tanner, Vasquez, Lugo et surtout Suarez. Cependant la
' Voyez sur la christologie dans les débuts de la scolastique, Bach, Histoire des dogmes au moyen-âge au point de vue christologique, t. II. (En allem.)
* Voyez sur les différentes parties, Werner, Littérature apologit., t. I et II, et Schwane, Histoire des Dogmes, 1. 1 et II. (En allem.)
plupart, saufSylvius etSuarez, n'abordent que les questions i-xxvi. La christologie a été traitée par les scotis'es d'une façon toute particulière. On peut ranger leur théorie à côté dà celle de l'ancienne école d'Antioche, comme celle de saint Thomas peut se placer à côté de celle d'Alexandrie : celle des jésuites tient souvent le milieu entre les deux. — Voyez surtout Frassen, de Rada et Henno le plus varié. Plusieurs points qui avaieni" été peu relevés '^ar la scolastique ont été traités au xyii^ siècle, dans les ;. .vaux grandioses qui ont remis à flot toute la doctrine patristique, par Pétau, Thomassin (tous deux dans leurs Dogmata), et et Théophile Reynaud {De Christo Deo — homine et De attributis Christi, tom. i et ii, de ses Qpera omnia) ; puis est venu le traité du cardinal de Bérulie, œuvre magnifique, originale et profonde, à la fois spéculative et contemplative : Des grandeurs de Jésus-Christ. Parmi les bons travaux des temps suivants et de l'époque contemporaire, nous citerons : Munier et Holzklau, théologiens de Wircebourg ; Legrand, De incarnat ione {Migne, ihéolog. t. ix); le cardinal Franzelin, De Verbo incarnato ; Kleutgen, ThéoL du moyen âge, t. m; Schaetzler, Le dogme de l'Incarnation de Dieu selon l'esprit de saint Thomas (en allem ), Knoll, Schwetz, Ber'age, Oswald, Hurter et Katschthaler dans leurs dogmatiques; John Morris, Jésus the son of ''Jary (2 vol., Londres 1851), et Pietro Rossi, Christologia, (vol. 4-5 de l'ouvrage : Principii de filosofia sopranaturale, '"-enova 1874.)