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CHAPITRE PREMIER

CONDITIONS PRÉLIMINAIRES ET PRÉPARATION DE LA RÉDEMPTION PAR JÉSUS-CHRIST

§ 206. La Rédemption ne pouvait être opérée que par un Dieu. — Disposai! ions du côté de l'homme. — Elle convenait à Dieu, et Dieu était libre de l'opérer.

Ouvrages à consulter : Athan., De incarn. Verbi; Anselm., Cur Deus homo ; Guil. Pïvi-is, Cur Deus home; Lomb., lib. III,

dist. XX, et sar celui-ci, Bonav. et Thom.: Suarez, De inc, disp. IV, qusest. i ; Thomassin, lib. U, cap. xii; Legrand, disp. v, cap. m: Kleutgen, xii, chap. i.

3. — I. Notions préliminaires. La restauration de l'humanité déchue {restitutio, reparatio) s'appelle dans la langue de l'Ecriture sainte, relativement à ses effets et à son contenu, salut ou guérison {salvatio, sanatio), délivrance ou réder, ptiûii, délivrance de lu mort présente ei éternelle encourue par le péché, par le rétablissement de la racine de la vie, et délivrance de la servitude du péché, de la mort ou du démon, par le rétablissement de la liberté des enfants de Dieu. Le nom de « rachat » en tant qu'il correspond nonseulement à exsmptio, mais aussi à redemptio, indique déjà à lui seul, la forme concrète de ce rachat : c'est une délivrance, une satisfaction, un mérite. Mais nous ferons pour le moment abstraction de cette forme.

Comme les notions de délivrance et d'affranchissement se confondent dans le cas présent avec la notion de rétablissement de l'homme dans l'ordre surnaturel et primitif troublé par le prêché, elles signifient évidemment plus qu'une rémission quelconque du péché ou qu'une suppression des suites du péché, telle qu'elle pourrait avoir lieu dans l'ordre purement naturel. Elles désignent en outre le rétablissement de l'homme dans la vie et la liberté surnaturelles des enfants de Dieu, par conséquent dans un état d'amitié avec Dieu vraiment surnaturelle. En soi, 11 est vrai, on peut concevoir une certaine rémission des péchés mêmes qui se commettent contre l'ordre surnaturel sans le rétablissement de la grâce sanctifiante; mais dans l'ordre actuel du monde, et selon la doctrine catholique, il n'y a pas de réconciliation avec Dieu en dehors du rétablissement de son amitié.

5. — IL En supposant admise la doctrine de la chute! originelle, il est évident, et c'est un dogme fondamental de| la foi que l'homme ne pouvait pas de lui-même se relever dej sa chute, qu'il ne pouvait être rétabli ou sauvé que par unej intervention de la grâce divine. Autant en effet l'hommt est incapable de se donner à lui-même la grâce sanctifiante qu'il avait perdue, autant il lui est impossible, dans l'état]

de péché mortel, de mériter cette grâce et d'acheter par une satisfaction convenable la rémission de ses péchés. Et non-seulement il n'est pas en état de procurer le rétablissement de la grâce par un mérite valable et une satisfaction adéquate, il ne peut pas même, s'il n'est prévenu de la grâce divine, faire quoi nue ce soit pour l'obtenir {impetrare), pour s'y disposer d'une manière positive, pour s'en rendre positivement digne et supprimer ce qui l'eu rend indigne, ainsi, le rétablissement de la grâce dans l'homme déchu apparait comuie l'ouvrage propre et spécial de Dieu; il l'est beaucoup plus que l'état primitif de la grâce; il est essentiellement une délivrance, une rédemption opérée par Dieu lui-même.

DÉVELOPPEMENTS

6. — Voyez ci-dessus, § 171 et 191, IV, Conc. Trid., 8ess. VI, cap. i : « Déclarât S. Synod... quod cum omnes » homines in prsevaricatione Adae innocentiam perdidissent, » facti immundi et, ut Apostolus inquit, fllii irae... usque » adeo servi erant peccati et sub potestate diaboli ac mortis, » ut non modo gentes per vim naturse, sed ne Judsei quidem » per ipsam etiam litteram iegis Moysis inde liberari et » surgere possent, tametsi liberum arbitrium minime esset » extinctum viribus licet attenuatum et inclinatum. » Sur la manière dont la Providence aurait gouverné l'iiumanité, si Dieu ne l'eût pas rachetée, voyez ci-dessus, livre IV, n. 381 et suiv.

7. — III. Ainsi, après sa prévarication, l'homme était aussi incapable que les anges déchus de se rendre lui-même positivement digne d'une rédemption. Mais il en était moins indigne que les anges et il offrait plus de disposition â la recevoir. Son indignité était moindre, parce que la faute d'Adam était moins considérable (voyez livre IV, n. 18Î); à plus forte raison est-elle moindre dans les péchés de ses cescendants, lesquels sont tombés par leur fragilité naturelle et par suite de l'empire acquis par le démon, surtout en ce qui concerne le péché héréditaire. L'homme avait plus de disposition à la rédemption, parce qu'ayant une nature

plus faible, il ne se plonge pas d'ordinaire si avant dans le péché qu'il ne puisse en être arraché que par un miracle, et d'autre part, parce que, humilié, efirayé des suites du péché, il trouve dans sa nature autant de désir d'être afîranchi du péché que d'inclination 5î le commettre de nouveau (voyez livre IV, n. 182 et suiv.)- Au fond cependant, cette susceptibilité plus grande du côté de l'homme, n'est qu'une moindre indisposition; elle consista simplement en ce que la disposition naturelle de l'homme, pour recevoir la giâce de Dieu, n'est pas affaiblie et paralysée chez lui par d'aussi grands obstacles que dans les anges.

DÉVELOPPEMENTS

8. — Les raisons alléguées ici et ci-dessus n, 4, s'accordent pour le fond avec celles que saint Bonaventure développe dans le texte suivant (III dist. xx, art. i, qusest. i) : « Absque dubio congruum est reparari genus

» humanum non solum ex parte Dei, sed etiam ex

» parte hominis. Ex parte Dei, quia decet Dei sapientiam » et misericordiam , sicut in opponendo monstratum » est supra » (où il est dit entre autres : « non decet » summam sapientiam nobilissimam creaturam univer- » saliter suo fine fraudari). Ex parte vero hominis con- » gruentia est similiter, si consideretur dignitas hominis » conditi, etmodus labendi, et status lapsi. Dignitas nam- » que hominis conditi est, quod propter ipsum facta sunt » universa ; si ergo homo (omnis homo) careret suo fine » (originali), omnia essent suo fine defraudata. Modusvero » labendi fuit, quod humana natura totaliter cecidit alio » peccante et alio suggerente ; et ideo decens fuit ipsam » per alium relevari, ut sicut filii peccaverunt in parente, » et parens peccavit diabolo suggerente, sic etiam homo » repararetur Domino relevante. Status etiam hominis lapsi » reparationi congruit, quia in illo statu simul fuit pœni- » tentia cum miseria ; ex pœnitentia placabat quodammodo » divinam justitiam, miseria vero provocabat misericor- » diam.

» Ad illud quod opponitur, quod angelica creatura nobilior » est quam homo, etc., dicendum quod quamvis angélus

préparatioa a la rédemption. 417

» jîobilior sit creatura quam homo, non tamen adeo ad » reparationem idoneus sicut homo propter luodum labondi » et statum liominis lapsi. Homo enim pœnituit, angélus » obstinatus fuit; homo particulariter , angélus totaliter > cecidit ; homo per alium, angélus per semetipsum. »

D'après saint Anselme et autres théologiens (voyez Thomassin, loc. cit.), les anges sont moins susceptibles de la rédemption que les hommes, parce que la rédemption ne peut s'opérer chez eux sous la forme concrète et parfaite où elle a lieu pour les hommes. Comme il n'y a pas chez eux d'union sexuelle, on ne peut pas concevoir qu'ils soient organiquement représentés par un chef sacerdotal tiré de leur milieu, et la nature ne permet pas un sacrifice expiatoire réel par une donation définitive de soi-même et par une destruction de la vie naturelle.

9. — IV. C'est précisément parce que l'humanité est moins indigne de la rédemption et plus susceptible de la recevoir, qu'il convient surtout à Dieu de l'accomplir au sein de l'humanité, il y trouve des conditions particulièrement favorables à l'exercice de sa miséricorde. Cette convenance s'accroît encore à un double point de vue, en ce qui concerne l'honneur de Dieu comme maître de l'univers. Si l'humanité n'eût pas été rachetée, il y aurait non-seulement quelques individus, comme chez les anges, mais une espèce tout entière de créatures, et celle-là même qui est le traitd'unioii de toute la création et l'image de Dieu à un titre paiticulier (voyez livre III, n. 355 et suiv.), qui manquerait sa destinée originelle et rendrait ainsi essentiellement défectueux le règne et l'image de Dieu, qui devaient être établis dans la création générale. Le démon remporterait ce triomphe d'arracher à Dieu et de s'assujettir à jamais non-seulement quelques individus, mais le royaume entier de l'humanité et de régner ainsi comme anti-Dieu sur toute une partie de la création soustraite à l'autorité divine.

Or, s'il convient déjà en général que Dieu rachète l'humanité, parce qu'il triomphe ainsi des anges déchus, ses ennemis conjurés, en anéantissant les effets extérieurs de leur péché, il convient d'autant plus qu'il le fasse quand la rédomption doit avoir pour effet d'empêcher que l'humanité V. — IV. dogmatique. 27

entière devienne la proie de son ennemi. Ainsi, la victoire de Dieu sur les anges déchus, nécessaire pour consommer leur jugement et leur punition, prouve également que la rédemption de riiumanité convenait de tout point à la gloire et à la majesté de Dieu, de même que l'indignité plus faible des hommes et leur plus grande susceptibilité sont une raison d'exercer envers eux sa miséricorde. On peut résUàner c-s deux motifs en disr^t que Dieu a pu se résoudre à racheter 1 humanité afin de ..truire l'empire du démon, aussi bien i^ar ressentiment contre le tyran que par compassion pour ses esclaves.

DÉVELOPPEMENTS

10. " Les Pères réunissent en effet ces deux motifs. Voyez surtout saint Léon, Ep. dogm. ad Flaviamim : « Quia » gloriabatur diabolus hominem sua fraude deceptum divi- » nis caruisse muneribus et immortalitatis dote nudatum » duram mortis subiisse sententiam, seque in malis suis » quoddam de prsevaricationis consortio invenisse sola- » tium, Deum quv;que justitiae exigente ratione erga homi- » nem, quem in tanto honore condiderat, mutasse senten- » ti-m : opus fuit secreti dispensatione consilii, ut incom- » mutabilis Deus, cujus voluntas non potest suabenignitate » privari, primum erga nos pietatis suae dispensationem » sacramento occultiore compleret , et homo diabolicae » iniquitatis versutia actus in culpam contra misericors Dei » propositum non periret. »

Plusieurs Pères et théologiens trouvent une autre raison de convenance pour la rédemption de l'huaianité en ce que l'homme manquerait d'ailleurs sa destination, qui est de remplir les places laissées vides par les anges déchus. Voy. Thomassin, loc. cit., n. 18 et seq.

11. — V. La rédemption du genre humain, malgré sa haute convenance, n'est nullement pour Dieu une nécessité, mais un pur effet de sa miséricorde, ainsi que l'Ecriture le fait voir en une infinité d'endroits. La nécessité d'une rédemption ne serait compatible ni avec le langajje de l'Ecriture ni avec la gratuité de la grâce en général ; elle

impliquerait de la part de Dieu ui<e obrgation à l'égard du pécheur et une limitation du droit qui lui appartient de ne le pas racheter. Cependant le texte de l'Ecriture ne contredit pas direcieuient l'opinios: de ceux qui cr(»ient qu'il serait messéant à la propre gloire de Dieu de permettre que l'humanité entière manquât sa destination originelle et fCit livrée pour jamais à l'empire du démon. Toutefois il faut admettre, avec l'immense majorité des théologiens, qu'il n'en résulte pas puur Dieu la nécessité de délivrer précisément l'humanité déchue, car, même en aduiettant l'inconvenance dont il s'agit. Dieu pourrait l'éviter en créant une race nouvelle. On ne peut considérer que comme une haute convenance l'exécution et le maintien du plan primitif de Dieu au moyen de la race actuelle, depuis qu'elle a prévariqué et qu'elle est tombée — au pouvoir du démun, — à moins qu'on ne suppose que Dieu avait dès l'origine la volonté absolue de sauver la race humaine dans sa généralité.

Mais alors, dans ce dernier cas, il ne s'agit plus du motif qui a détermine en Dieu une nouvelle et libre résolution, mais seulement de l'immutabilité d'une résolution prise d'avance par un excès de bonté,

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12. — En faveur de ia nécessite d'une rédemption résultant de l'inconvenance qu'il y aurait à ne pas racheter l'humanité, les seuls auteurs qu'on cite parmi les Pères et les scolastiques sont saint Athanase ut saint Anselme. Saint Athanase écrivait * : « ludecorum (àupeTOç)... et divina boni- » tate indignum prorsus erat res a Deo factas ob traudem, » qua homines diabolus circumvenit , destrui. Praeterea » maxime indecens erat (twv àTipeTreaTcxTcov i^v) Dei artem in » hominibus vel propter eorum incuriam, vel propter dae- » monis dolum aboleri... Satius ergo erat omnino non fieri, » quam factos negligi et interire... Itaque par Deo non erat » sinere homines in corruptionem labi, quia id indecorum » et indignum divina bonitate erat. »

' Athan., De Incarn., cap. vi.

Et saint Anselme {Ctir Deushomo, lib. I, cap. iv) : « Nonne » satis necessaria ratio videtur cur Deus ea quae dicimus » facere debuerit, quia genus humanum, tam scilicet pre- » tiosum opus ejus, oninino perierat, nec decebat ut quod » Deus de homine proposuerat , penitus anniliilaretur » Et lib. IL, cap. iv : « Ex his facile est cognoscere, quoniam » aut hoc de humana natura perficiet Deus, quod incœpit, » aut in vanum fecit tam sublimem creaturam ad tantum » bonum. »

Dans ces passages, il ne s'agit évidemment que d'une indécence en ce qui concerne l'honneur de Dieu, dans le sens expliqué ci-dessus, et peut-être visent-elles simplement à relever avec plus de force la convenance positive en face des infidèles. Ai leurs (surtout lib. I, cap. xvi et seq.), sainl Anselme invoque positivement l'immutabilité du dessein primitif de la rédemption ; en vertu duquel, selon lui, le nombre des prédestinés fixé d'avance sous condition, ayant subi des lacunes par la chute des anges, a dû être complété par les hommes.

13. — Une autre opinion plus grave a été émise de nos jours. Hermès et Gunther, partant de principes erronés touchant la libre élection de Dieu et sa justice, nient que Dieu ait été libre dans l'accomplissement de la rédemption. (Voy. Kleutgen, op. cit ) Selon Gunther, Dieu n'a pu vouloir la propagation de la race humaine après le péché d'Adam, qu'en décidant en même temps sa rédemption. « En fait, » cependant, on peut toujours dii^e que la continuité physique, la propagation de 1;- race humaine est une suite du dessein que Dieu avait de la racheter, de même qu'Adam {Gen., m), précisément en vue du proto-évangile, appela sa femme mère des vivants et lui donna le nom d'Eve.

§ 207. IVécessité hypothétique d'accomplir la rédemption soas forme de rachat on de satisfaction complète par un rédempteur qui soit à. la fois Dieu et homme.

Ouvrages à consulter : Athan., loc. cit.; Anselui., loc. cit.;,' Lomb., Ub. III, dist, xx; Bonav.; Thom., III part., quaest. i,J art. II (et q. xlvi) ; Vasq., Joh. a S. Thom.; surtout Salmaut. etl Suarez, Disp. vi; De Lugo, Disp. ii-v ; De Rada, t. III, cont. xm;J

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Petav., lib. II, cap. xii-xiii ; Theoph. Reynaud, De Christo, lib. III, cap. i; Le Grand, loc. cit., cap. iv-v; Kleutgen, t. III, gect. XII, chap. i, | 3; chap. iv, § 2, chap. v, | 3; de Schœzler, Measchw, | 30, 34, 35.

14. — D'après la révélation, Dieu a accompli « de fait » la rédemption et le Fils de Dieu s'est fait homme, afin de nous réconcilier avec lui par ses souffrances, sa passion. La révélation nous apprend en outre que le Fils de Dieu fait homme et ses mérites sont « en fait » le seul moyen par lequel Dieu nous rend participant de toute rédemption ; les hommes ne sauraient donc employer que celui-là, ils ne peuvent en trouver ou en attendre un autre. « Il n'y a point de salut en aucun autre nom. » (art. iv, 12.)

Mais il s'agit de savoir si ce moyen était aussi le seul que Dieu pût employer, c'e.<t-à-dire, supposé qu'il eût le de.ssein de racheter l'humanité, si l'incarnation était nécessaire?

15. — I. L'Ecriture sainte ne dit rien de positif à cet égard, mais il est indubitablement établi par la doctrine expresse des Pères et de la plupart des théologiens que Dieu, absolument parlant, aurait pu accomplir la rédemption de l'homme par un autre moyen. On considère notamment comme une atteinte à sa toute puissance et à sa sagesse et par conséquent à sa libre bonté l'opinion selon laquelle il aurait été restreint à ce moyen unique. Que si, malgré cela, plusieurs Pères, envisageant la nature et la gravité du péché, les maux qui s'en sont suivis, disent que l'incarnation était l'unique antidote possible, on ne doit pas les accuser de contredire la proposition ci-dessus, car ils seraient en opposition manifeste avec eux-mêmes. Tout ce qu'ils ont voulu dire c'est que l'incarnation est en fait l'unique antidote qui soit ofifert à l'humanité, et le seul qui soit à tous égards proportionné à la misère du pécheur; c'est par là seulement que l'exemption du péché et de ses suites devenait pleinement et demeurait la propriété du genre humain. On peut dire encore : l'incarnation est l'unique antidote ordinaire, dans un double sen.-' : 1» comme étant réellement ordonné de Dieu, et 2° comme étant celui qui suffît seul par lui-même et sans aucune dispense de la part de Dieu ; tout autre moyen suppose que Dieu refuse à exercer son droit contre le pécheur.

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DEVELOPPEMENTS

16. — Voyez parmi Ifs Pères grecs saint Athanase, Orat., Il contr. Ariatios, n. 68 : « Etiam sineullo ejus (Salva- » toris) adventu poterat > eus tantummodo dicere atque ita » ^olvere male'lictioiiem. Verum altendero oporlet qaiù sit » liominibus utile, non autem quid in omnibus pos.«;it Deas. » Grég, Naz., Or. ix : « Hsec Salvator fecit, idque cum volun- » tate soia, utpote Deus, saluîem nobis aflferre posset, » quedmamodum et univer.sam reram machinam solojussu » e; imperio procreavit. »

Parmi les Pères îatins, August , De Trin., !ib. xiii, cap. x : « Eos itaque qui dicunt : Itane défait Deo modus alius que » liberaret homines a miseria mortaliiatis liujus, ut Unige- » nitu Filium Deum sibi coseternum hominem fieri vellet » induendo humanam aniraam »t carnem , niortalemque » factuni mortem perpeti ? parum est sic refel'ere, ut i^tum » modum quo nos per mediatorem Dei et liominum homi- » nem Christum Jesum Deus liberare dignatur, asseramus » bonum et divinae congraum dignitati; veruu' etiam ut » ostendamus non alium modum possibilem Deo defuisse, » cujus postestati cuncta sequaliter subjacent; sed sanan- » dse iiostrse miseriae convenientiorem modum alium ;!on » fuisse, nec esse oportuissse. » Et De Agon. christ., cap. xi : « Sunt autem stulti qui dicunt : Non poterat aliter sapientia » Dei homines liberare, nlsi susciperet kominem et nasce- » retur ex femina et a peccatoribus omnia illa pateretur? » Quibus dicimus : Poterat omnino; sed si aliter faceret, » similiter vestrae stultitise displiceret. » D-; même Léon le Grand, Serm. ii, De nativ., cap. ii : « Verax misericordia » Dei, cum ad reparandum humanum genus ineffabihter » e: multa supputèrent, hanc i;otissimum consulehdi viam » elegit , qua ad destruendum opus diaboli non virr.ute » uteretur potentise, sed raiione justitiae. »

17. — Voyez d autres passages dans Le Grand, loc. cit., etKleutgen, op. cit., cap, m, § 1. Ce dernier tait voir en outre que les mêmes Pères i-mploient tantôt l'une et tantôt l'autre expression. Le sens restreint de l'expression négative est surtout manifeste chez les Pères grecs. Déjà depuis

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saint Irénée, ces Pères fonderit la nécessité de rincarnation non-!='^uIement sur le besoin de rér'oncilier riiumanité avec Dieu et f' tisfaire pour le péché , mais encore sur la nécessité de supprimer la corruption née du péché, par une union physique avec Dieu, notamment saint Irénée lui-même (lib. m, caj). xiii) : «Non poteramus aliter incor- » ruptelam et iinmortalitutum accipere nisi adunaM fuisse- » mus incorruptelae et immortalitati (id est Deo per essen- » tiam inimortali . Quemadmodum autem adunari potuis- » semus incorruptelae et immortalitati, nisi prius iiicor- » ruptela et immortalitas facta fuisset quoad nos?

Ici, en effet, personne ne peut admettre que l'influence transfigurante et vivifiante de Dieu sur la créature mortelle dût dépendre essentiellement et absolument de rincarnation ; l'incarnation n'est que l'intermédiaire organique et la garantie parfaite de cette influence. Saint Anselme, dans les livres de son Cur Deiis homo (^surtout lib. I, cap. xii) est presque le seul advorsaire résolu de cette doctrine (peut-être aussi Richard de saint Victor, De Incarnat., cap. Yiii); nous apprécions plus loin ses arguments. Il a été suivi plus tard par Tournély, et de nos jours par quelques théologiens, tel que Dieringer.

18. — II. Ceux qui prétendent qu3 Dieu ne pouvait racheter l'humanité que par l'incarnation partent de cette hypothèse que Dieu, en vertu de sa justice, ne peut pardonner le péché que lorsque l'injure qui lui a été infligée a reçu une satisfaction adéquate. Or, cette hypothèse, selon la doctrine générale des théologiens est absolument fausse. Il faut dire, au contraire : la justice n'empêche pas Dieu de pardonner au pécheur sans aucune satisfaction, uniquement par suite de son reiientir, et de lui accorder la grâce nécessaire au repentir sans satisfaction ou mérite préalable, par pure miséricorde.

En d'autres termes : de même que Dieu, dans le baptême, remet toute sa dette au pécheur repentant, sans autre satisfaction personnelle que la contrition, par l'imputation de la satisfaction de Jésus-Christ, et qu'il rend possible les mérites de Jésus-Christ même par pure miséricorde et sans mérite du côté de l'homme ; de même Dieu aurait pu renon-

cer à toute espèce de satisfaction et de mérite. En tant que la justice de Dieu a pour objet de sauvegarder son droit violé parle péché, elle implique seuleiueiit une légitimité, une convenance, mais non une revenr^ication li.cessaire de la satisfaction contre celui qui, par son repentir, reconnaît le droit de Dieu et est prêt à y satisfaire de son mieux. En tant qu'il s'agit de protéger l'ordre moral et d'empêcher qu'il ne soit transgressé à la légère, la justice demande tout au plus que Dieu, après avoir pardonné la faute, ne remette pas toute la dette ; elle n'exige pas qu'il fasse toujours dépendre la rémission du péché du châtiment infligé.

Quoi qu'il en soit, la justice n'exige point dans le dernier cas, une satisfaction adéquate, ni surtout, quand il y a impuissance, la substitution d'un autre pour la fournir. Ce but est atteint non par la valeur objective de la pénitence, mais par l'impression que la pénitence ou la peine fait sur le pécheur. Il ne faut pas oublier surtout que Dieu ne saurait être empêché par sa justice de donner au pécheur, par pure miséricorde, les moyens de fournir une satisfaction convenable, et même de la remettre par un pure effet de la grâce, comme pour le péché originel.

DÉVELOPPEMENTS

19. — Voyez ci-dessus, n. 635, et surtout Kleutgen, op. cit., cap. IV, § 2, où l'auteur démontre que cette doctrine» sauf les exceptions que nous avons mentionnées, est générale parmi les théologiens. L'opposition de saint Anselme avait sa force dans le désir de faire admettre aux incrédules la nécessité et par conséquent la réalité de l'incarnation. Son argumentation a nour objet d'établir, d'une part, que la remise de la satisfaction est un sacrifice que Dieu fait de son honneur, et, d'autre p rt, que la peine doit nécessairement s'appliquer même aux pécheurs repentants

Or, l'honneur divin est suffisamment sauvegardé quand le pécheur reconnaît devant Dieu la faute dont ii est coupable, et que Dieu renonce à exiger de lui une satisfaction, non pas qu'il soit insensible à son honneur, mais par générosité envers le coupable. La culpabilité d'un pécheur repentant

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