‹ La Théologie dogmatiqueChapitre 12 sur 88 · IV. — III. DOGMATIQUE · texte numérisé non relu

IV. — III. DOGMATIQUE

son chef visible; d'autant plus que saint Augustin (voyez cidessous n. 147) applique aux anges, comme représentants vivants de la sagesse de Dieu, les mots de sapientia primo creata (Eccli., i, 4).

L'opuscule Jezirah, qui remonte très vraisemblablement au temps de l'exil de Babylone, présente sur d'autres points quelque chose d'analogue à l'opinion de Platon, à laquelle peut-être il a servi de fondement : c'est le groupement des mondes éminemment intéressant qui se trouve dans la Kabbalah. Débarrassé de ses accessoires fantastiques, on peut très-bien le reporter à la forme primitive et intègre de la théologie juive, car il correspond tout-à-fait aux vues de l'Ecriture et des Pères.

La Kabbalah considère le monde comme un produit divin résultant du rayonnement, du reflet de la lumière cachée en elle-même, ou de la sagesse de Dieu, et elle partage le monde selon les manifestations diverses que prend la sagesse divine. Il y a donc : !« le monde de l'émanation (ou radiation, m. Aziluth, de etzel); il n'est autre que le produit consubstantiel de la sagesse de Dieu, la sagesse engendrée, laquelle, considérée au-dedans comme Verbe et image de Dieu, est Dieu même, le créateur; et, considérée au dehors, l'idée hypostasiée et l'idéal du monde extérieur : l'Ecriture l'appelle primogenita ante omnem creaturam, et les Pères xoa[j.oç voviToo ou monde intelligible.

2° Le monde de la création (m. Beriath de borau, la création, par opposition à l'émanation ex Deo, ou à la formation d'après une matière), le monde des pures intelligences, ou de la sagesse vivante créée, qui est la plus parfaite image extérieure de la sagesse intérieure, et qui partage avec la sagesse engendrée l'invisibilité sensible ; elle est par conséquent comprise avec elle sous le nom de monde intelligible et invisible, mais elle ne forme que son trône invisible.

30 Le monde de la formation (m. Jezirah, de itzoVy dans le sens de formation harmonieuse et de mouvement rythmique); la Sagesse divine s'y révèle comme comptant et mesurant le monde {Eccli., i, 9) d'après des lois mathématiques immuables, ou comme l'ordonnant et le mouvant en artiste : c'est le ciel ou le cosmos physique dans le s en

moderne de ce mot; il embrasse l'ensemble des corps mondains, et par conséquent aussi les corps terrestres, qui sont soumis à des lois mathématiques analogues, notamment dans le monde des sons.

40 Mundiis factionis (m. Asiath, de aiisché, simple établissement d'un produit passager en vue d'un avantage transitoire) : c'est la région de la vie matérielle sujette à la génération et à la corruption, ou le monde des êtres qui vivent de cette sorte et qui se servent de la matière terrestre, ou enfin le monde terrestre, en face duquel tous les autres mondes peuvent être appelés célestes. L'homme est le couronnement de. ce monde, le plus bas de tous; mais il ne s'accorde avec lui que par son corps et par la partie inférieure de son âme; par sa raison, il se rapproche du monde de la formation, car il en connaît les lois et il le domine; de même que par le côté le plus élevé de sa raison, qui lui révèle les choses purement spirituelles. Dieu lui-même, il se rapproche du monde de la création.

L'homme résume ainsi l'idée des trois mondes créés et représente au dehors, mieux que ne le fait chacun d'eux, le monde de l'émanation, dans lequel tous les trois trouvent leur idéal. Or, comme l'homme est moins un monde qu'il n'est le roi du monde, l'idéal éternel qu'il représente, le Verbe de Dieu, est également appelé le prince de tous les mondes, ou le premier héritier du créateur de tous les mondes, l'homme primitif, Adam Cadmon.

129. — V. Si tous les êtres du monde forment ensemble un tout gigantesque qui est l'expression de l'idée totale de Dieu, il en est de même non-seulement de la bonté et de la perfection des êtres particuliers, mais encore de la bonté et de la perfection du tout considéré comme tel. Ici se présente la question de savoir jusqu'à quel point le monde actuel peut être appelé le meilleur dp,s mondes possibles.

130. — Nous avons prouvé dans la théodicée (n. 546 et suiv.) que Dieu n'est pas obligé de vouloir ce qu'il y a de mieux en soi, et que le meilleur des mondes concevables sous tous les rapports est irréalisable. Mais on peut toujours dire, 1° que le monde, même considéré en lui-même, est le meilleur qui soit concevable pour la créature, ou qu'il est

meilleur et plus parfait que tout autre monde que la créature pourrait imaginer; 2^ on peut dire que le monde est le meilleur en lui-même, parce qu'on y trouve en fait tous les degrés importants de perfection, soit dans la nature des êtres, soit dans leur condition surnaturelle ; parce que, grâce à la dignité infinie de Jésus-Christ, chef de l'univers, le monde est disposé de telle sorte qu'il peut atteindre son but, la glorification de l'infinie majesté du Créateur, de la manière la plus uMute qui se puisse concevoir, en lui rendant un honneur infini; 3° on peut dire enfin, supposé l'existence des parties qui le composent et de la fin concrète que Dieu leur a assignée, /me l'organisation et le gouvernement du monde sont les meilleurs qu'on puisse concevoir.

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