DEUXIÈME PARTIE
LES ÊTRES DE LA CRÉATION CONSIDÉRÉS DANS LEUR NATURE, LEUR DISPOSITION ET LEUR ORDRE.
PREMIÈRE SECTION
131. — Au point de vue philosophique, où l'on commence par les objets directement perceptibles, la recherche des choses procède de bas en haut, et l'étude des purs esprits, en tant qu'ils entrent dans la sphère de la connaissance naturelle, vient en dernier lieu. Au point de vue théologique, qui part de Dieu et procède de haut en bas, les anges occupent le premier rang, parce qu'ils sont les plus rapprochés de Dieu et placés à la tête de la création. Cette marche est d'autant plus justifiée que le progrès interne des purs esprits s'est accompli et consommé dès le commencement de la marche du-monde, et qu'à l'exemple de Dieu, ils n'interviennent qu'activement dans le développement du reste de l'univers.
De là vient que les purs esprits n'apparaissent dans la révélation qu'au concret, soit comme bons et ornés de dons
surnaturels, c'est-à-dire comme anges proprement dits; soit comme esprits mauvais et endurcis dans le mal ; les uns au service de Dieu, les autres influant sur l'histoire du monde par leur lutte contre Dieu.
Mais quand on traite systématiquement de leur position dans l'ensemble de l'univers, il faut d'abord étudier leur nature, d'autant plus qu'elle fournit des données sur la manière dont le bien, surtout le bien surnaturel, se réalise en eux avec le concours de Dieu, et le mal par leur libre volonté; elle explique comment ils peuvent être pour le reste de la création, d'une part, les organes de Dieu, les initiateurs du bien et du salut; et, d'autre part, les instruments du péché et de la perdition.
132. — Les Pères n'ont guère traité la doctrine des anges qu'accidentellement et par occasion ; saint Augustin est celui qui l'a fait avec le plus de détails *. Denis l'aréopagite (vulgo) est le seul qui s'en occupe ex professa dans le De cœlesti hierarchia, qui a servi de source et de modèle aux travaux du moyen-àge. Après le travail moins systématique encore du Maître des Sentences, i, 2, dist. ii et suiv., la théorie a été perfectionnée quant à sa forme par Guillaume de Paris, De universo, pars secunda principalis (plus philosophique, extrêmement abondant et détaillé); par Alexandre de Halès, II Part., quaest. xix-xliii; par saint Bonaventure, in Mag., loc. cit. (cf. Breviloq., lib. II, cap. vi-viii), et surtout par le docteur angélique, saint Thomas, I Part., quœst. l-lxiv; in II, dist. II et seq.; Quœst. disp., de spirit. creaturis., et Contr, gent., lib. II, cap, xlvi-lv; Opusc. li, de substantiis separatis, dicté peu de temps avant sa mort. Parmi les traités entièrement conçus dans son esprit, voyez surtout Phil. a Sancta Trinitate, Gonet et Gotti. Le De angelis de Saarez, le plus grand ouvrage sur cette matière, s'en écarte un peu dans quelques détails, mais il est classique par son étendue et son érudition. Les matériaux des Pères ont été recueillis par Pétau, De angelis (Dogm., t. III). Parmi les , théologiens subséquents, voyez surtout Frassen, Amort (dans sa « théologie éclectique, » tous deux riches en matériaux), et Kilber
; * Surtout dans De Gen.'ad litt., lib.lll, IV et XI, et De Civ. Dei, lib. IX-XII.
(Theolog. Wirceb.). Parmi les modernes, Staudenmaier, Berlage, Knoll et Palmieri {de Deo creatore, lithogr., Rowce.)
133. — Pour la division et l'ordonnance ■'- f^ette doctrine, on doit sans doute adopter la méthode q ;e nous avons suivie dans la théodicée ; seulement la doctrine de la substance, ou de la notion de la substance des anges, doit être rattachée, non pas immédiatement à la doctrine de leur existence et de leur origine, mais à la doctrine des propriétés de leur être, et la doctrine des opérations extérieures des anges, non pas à leur être, mais à leur action vitale. D'autre part, la doctrine des trois personnes en une seule substance divine doit être remplacée ici par la différence substantielle des anges et de leur hiérarchie.