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IV. — III. DOGMATIQUE

Quelquefois, cependant, quand les Pères parlent de l'immortalité comme d'une grâce, ils n'ont en vue que la persévérance dans le bien. Mais lorsque, se référant à ce passage : Qui solus habet immortalitatem, I Tim., vi, 16, ils attribuent à Dieu seul l'immortalité, ils entendent sous ce nom l'immutabilité universelle, surtout S. Augustin, de Trin., lib. II, cap. IX : « Ipsa mutabilitas non inconvenienter mortalitas » dicitur, secundum quam et anima dicitur mori, non quia » in corpus aut aliam aliquam substantiam mutatur et ver- » titur, sed in ipsa sua substantia quidquid nunc aliter est » ac fuit, secundum id, quod destitit esse quod erat, mortale » depretienditur. » Sur les vues et les expressions des Pères, voyez surtout Pétau , lib. I, cap. v, notamment sur la volonté changeante des anges, ci-dessus § 140.

175. — IV. Sous le rapport de ia confusion ou de l'incorporation dans un tout, les anges se distinguent essentiellement de Dieu, car ils peuvent être coordonnés à d'autres êtres créés en vue d'un but commun et supérieur. Mais ils se distinguent de l'homme en ce qu'ils sont indépendants du monde matériel, et par conséquent, en un certain sens, placés comme Dieu au-dessus du monde, et qu'ils ne peuvent s'allier entre eux pour former un tout organique sexuel. Ils se distinguent de l'âme humaine en particulier en ce que leur substance spirituelle, semblable à celle de Dieu, n'est pas et ne saurait être confondue avec un corps pour former une seule nature.

D'autre part, ceperidant, ils n'ont pas une autonomie si élevée qu'ils puissent, ainsi que Dieu, prendre une autre substance et en faire une unité purement hypostatique. Il n'en est donc pas des anges qui revêtent un corps comme de la réunion de l'âme humaine avec un corps, ou de la nature hypostatique en Jésus-Christ ; le corps dont ils se revêtent n'appartient pas à leur substance; c'est une sorte de vêtement externe, d'instrument dont ils font un usage transitoire en vue d'un but ou d'un avantage particulier.

DÉVELOPPEMENTS

176. — Sur les rapports des anges avec les corps dont ils se revêtent, voyez saint Thomas, I Part., quaest. li,

et Suarez, lib. IV, cap. xxxvi et suiv. On peut concevoir en soi que la /orme corporelle sous laquelle l'ange se manifeste, est une apparition fantastique qui n'existe que dans l'imagination de l'homme, ou que Tange emploie comme moyen d'apparition un être corporel déjà existant, comme le serpent dans le Paradis. Mais on doit « généralement » admettre que la forme corporelle adoptée par les anges dans leurs apparitions est réelle dans son objet, et dans ce cas, surti ut quand c'est une forme humaine, elle ne peut avoir été formée que pour cette apparition. En tant que réelle dans son objet, elle est accessible non seulement à l'imagination, mais encore à l'œil et même au toucher (tactus), comme lorsqu'Abraham lava les pieds de l'ange.

Cependant le Sauveur semble indiquer dans ces paroles : Videte et palpate, quia spiritiis (etiam sensibiliter apparens) carnem et ossa non hahet, Luc, xxiv, 39, qu'il y a toujours une différence perceptible entre la forme humaine revêtue par un ange et un corps solide organisé. Quoi qu'il en soit, les corps adoptés par les anges ne sont pas des corps organiques et vivants, dans lesquels ils puissent exercer toutes les fonctions vitales, ni même une seule d'une manière vraiment vitale. Les anges ne se servent des corps que pour accomplir des actes extérieurs, par exemple pour parler; quant au manger, en tant qu'il aboutit à la digestion, à l'alimentation du corps, il n'est qu'apparent : Videbar vobiscum manducare, sed ego cibo invisibili utor, Tob., xii, 19.

Mais on peut très bien admettre que la substance de ces corps adoptés est formée d'éléments aériens ou éthérés, parce que ce sont les plus propres à servir de véhicule à l'apparition d'un pur esprit. Enfin, en ce qui regarde l'union de l'ange avec le corps adopté, saint Thomas dit excellemment : « Corpus assumptum non unitur angelo ut formae, nec » solum ut motori, sed sicut motori repraesentato per corpus » mobile assumptum. » Loc. cit., art. ii, ad 2.

177. — V. Relativement à l'espace et au lieu, l'ange, en sa qualité de pur esprit, a cela de commun avec Dieu, d'une part, qu'il n'a pas d'étendue dans l'espace, et par conséquent ne peut être contenu dans l'espace quant à ses parties ; et, d'autre part qu'il n'a pas besoin d'un lieu corporel, et ne

peut être formellement circonscrit dans les limites d'un lieu. Il se distingue de Dieu en ce que, comme l'homme, il ne peut être présent que dans un espace restreint ou dans un lieu déterminé, définitive in loco esse. Il est donc concevable qu'il puisse se mouvoir d'un lieu dans un autre. Pour exécuter ce mouvement, l'ange possède une force plus grande et moins entravée que celle de l'homme, chez qui la ft>rce motrice de l'esprit doit d'abord agir sur le corps. Pour range, le plus ou moins de distance d'un lieu à un autre est moins important, son mouvement de l'un à l'autre doit se concevoir comme une transposition instantanée de son être : ce passage ressemble plutôt au vol d'un éclair qu'à un déplacement.

DÉVELOPPEMENTS

178. — Sur ces propositions générales et évidentes par elles-mêmes, tous les théologiens sont unanimes; mais ils ne s'accordent plus quand il s'agit de déterminer en détail le lieu des anges et leur mouvement. Deux opinions sont ici en présence : celle des thomistes * et celle des scotistes, atloptée sur la plupart des points par Suarez. Elles ont été toutes deux longuement développées. Voyez la doctrine des Pères dans Pétau, lib. I, cap. xiii.

Sur la question locale, saint Thomas détermine la présence de l'ange dans un lieu en l'assimilant à la présence de Dieu, et il l'appelle contactus virtutis per operationem in corpus; il fixe l'étendue de l'espace que l'ange remplit d'après l'étendue de son action. L'ange peut donc aussi être présent dans un point indivisible, quand il agit de ce point; mais paS' plus que l'âme humaine, il n'est restreint à ce point. Comme il peut en outre étendre ou limiter son action, sa présence n'est pas bornée à un espace d'une étendue uniforme ; cette étendue dépend de sa volonté.

Selon l'opinion thomiste, on peut également concevoir que l'ange, dans l'étendue de l'espace correspondant à la portée de sa force, occupe deux parties de l'espace séparées entre elles, sans être en même temps dans l'espace intermédiaire ; par conséquent qu'il est en même temps en

*Thom., IParf., qusest. lii-liii ; Gonet, Manuale, tract, vu, cap. ii et suiv.

deux endroits; mais tous les théologiens conviennent qu'il n'en e^^t pas de même pour deux endroits séparés par n'importe quelle distance. Par contre, plusieurs anges peuvent être à la fois dans un même lieu, c'est-à-dire dans un même espace, comme l'Evangile le donne à entendre par ces paroles qui sortent de la bouche d'un possédé : Legio mihi nomen est, quia multi sumtis, Marc, v, 9. Mais les thomistes veulent qu'on assigne alors à chaque ange une opération particulière. Quoi qu'il en soit, la présence simultanée de plusieurs anges en un même lieu ne signifie pas qu'ils se pénètrent mutuellement, comme ils sont pénétrés par Dieu même. Voy. livre II, n. 363 et suiv.

179. — Quant au mouvement des anges, saint Thomas enseigne qu'il n'implique pas nécessairement leur passage à travers un milieu; mais plusieurs combattent résolument cette opinion. Il n'admet pas cependant qu'on puisse dire-, même en ce cas, que le mouvement s'opère dans un instant unique; il faut au moins admettre deux instants, l'un pour le départ, l'autre pour l'arrivée.

180. — VI. Dans la durée temporelle de leur être et de leurs opérations, les anges, comme Dieu lui-même, ne sont pas assujettis intérieurement à une mesure précise de durée, parce qu'ils sont indépendants de la continuité du mouvement corporel. Cependant la durée des anges suit au dehors une marche parallèle au flux du temps; elle n'est donc pas absolument indivisible, et n'exclut pas toute succession réelle en ce qui concerne leurs opérations et leurs manières d'être. La durée relativement supratemporaire des anges, ou la mesure de cette durée, se nomme œvum; les Grecs l'énoncent souvent par le mot aiwv, qui exprime également l'éternité complète.

181. — VII. De la nature finie des anges, il suit encore que s'ils sont invisibles à l'œil sensible de l'homme; ils ne sont pas invisibles dans la pleine acception du mot, ni incompréhensibles comme Dieu lui-même; leur substance n'est pas impénétrable au regard même intellectuel de tout être fini, et il n'est pas impossible qu'ils soient adéquate* ment connus et compris par un esprit fini. Mais de même qu'en Dieu l'invisibilité naturelle coïncide avec l'incompré-

hensibilité absolue; de même la compréliensibilité des anges va de pair avec la faculté de se rendre visible pour les sens d'une manière qui ne peut apparterir qu'à Dieu; ils peuvent s'envelopper dans une forme sensible et être compris dans cette forme.

ARTICLE III

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