RESTE DE LA CRÉATION
Ouvrages à consulter : Dion, vulg., Le cœl. hier. ; GuiL Paris., Beuniv. part, princ, II, Part. I, cap. clxxiii: Hal., Part. II> quaest. xx; Mag., lib. II, d. ix; sur celui-ci : Bonav., Thom., Estius; Thom., I Part., qusest. l, art. 3-4, et qusest. ex; Contra gent., lib. III, cap. lxxxix-xliii ; Suarez, De Ang., 1. c, xii et suiv.; Tanner, tr. I, disp. v, qusest. i, dub. 5; Petav., De ang., lib. I, cap. XIV, et lib. II, cap. i-v.
Après avoir considéré la nature générale des anges, il nous reste à étudier au coacret le monde angélique formé de la multitude des anges, et leurs diverses propriétés.
225. — I. Il est constant avant toutes choses non-seulement qu'il y a plusieurs anges, mais qu'ils sont en nombre prodigieux et forment une armée ou un empire qui correspond à la puissance et à la dignité infinie de Dieu; que cette armée dépasse tout ce que nous pouvons concevoir.
DÉVELOPPEMENTS
226. — Les anges apparaissent généralement comme Tarmée, les armées ou le camp de Dieu {Gen., xxxii, 1, 2);
* Dieu, dit Bossuet, a étabh les anges dans l'ordre suprême pour être comme sa cour et ses domestiques ; c'est une chose assurée que les dons naturels dont nous avons reçu quelque» parcelles, la munificence divine les a répandus comme à main ouverte sur ces belles intelligences, et de même que ce qui nous pïupaît quelque fois de si subtil et de si inventif dans les animaux n'est qu'une ombre des opérations immortelles de l'intelligence des hommes ; ainsi pouvons-nous dire que les connaissances humaines ne sont qu'un crayon imparfait de la science de ces esprits purs, dont la vie n'est que raison et intelligence. — Je parle de leur nature et non pas de leur malice, de ce que Dieu les a faits et non pas de ce qu'ils se sont faits eux-mêmes. J'admire dans les anges I damnés les marques de la puissance et de la libéralité de mon Dieu.
Sermon sur les démons. (Note du trad.)
leur nombre est mentionné pour la première fois dans l'Ecriture à propos de la loi donnée sur le Sinaï, Deut., xxxii, 2 : Dominus de Sinaï venit et cum eo sanctorum millia, où ils entourent le trône ou le char de Dieu (cf. Ps. lxvii, 18 : Currus Dei decem millibus multiplex, millia lœtantium; Dominus in eis in Sina in sancto.). Puis dans la vision de Daniel (vu, 10 : Millia milliim ministrabant ei (antiquo dierum) et decies millies centena millia assistebant ei). Par opposition ou parallèlement à ce qui est dit au Dcntéronome, xxxiii, saint Paul parle de plusieurs milliers d'anges, avec lesquels les chrétiens entrent en rapport sur la montagne de Sion (Hebr., xii, 22 : Accessistis ad Sion montem et civitatem Dei viventis, Jérusalem cœleUem et multorum millium Angelorum frequentiam), et saint Jude assure que des milliers d'anges assisteront Dieu au dernier jugement : Ecce venit Dominus cum sanctis millibus suis (vers. xiv). Le Sauveur lui-même, Matth., xxvi, 53, mentionne plus de douze légions d'anges que son Père pourrait envoyer à son secours, au lieu des douze apôtres ou d'une armée terrestre, chiffre important dans les idées de cette époque.
Le chiffre élevé cité par Daniel n*a évidemment pour but que de faire ressortir le nombre incalculable des anges. Voy. Job, XXV, 23 : Numquid est numerus militum ejus?
227. — Les Pères vont souvent plus loin (surtout saint Hilaire, saint Ambroise et saint Grégoire de Nysse, dans Pétau, lib. I, cap. xiii) ; non seulement ils égalent le nombre des anges à celui des hommes, mais il le font beaucoup plus considérable ; les habitants du monde purement spirituel placés au-dessus de l'homme l'emporteraient autant sur lui que les êtres du monde matériel placés au-dessous de lui. Ils invoquent surtout la parabole évangélique des dix drachmes et la parabole des cent brebis, dont celle qui est perdue représente les hommes ; le rapport serait donc de 9 à 1 ou de 99 à 1. D'autres croient que le nombre des anges est à celui des hommes dans le même rapport que l'espace du ciel, ou le nombre et la grandeur des corps célestes, est à la terre.
228. — Les théologiens (surtout saint Thomas, I Part., quaest. L, art. 3; Frassen, /)e awô'., disp. i, art. i, quaest. i) déterminent le nombre des anges par le but de la création.
Il convient, disent-ils, que la partie la plus parfaite des créatures l'emporte sur l'autre par le nombre plutôt que de lui être inférieure, parce que c*est en elle surtout qu'éclatent la générosité et la puissance de Dieu. Les anges forment en quelque sorte la cour du Roi des rois, laquelle doit être incomparablement plus nombreuse que celle d'un prince de la terre. Pour le premier motif, saint Thomas, loc. cit., croit que le nombre des anges l'emporte sur celui des êtres corporels. Cela est à coup sur vraisemblable en ce sens qu'il dépasse le nombre des espèces d'êtres, et le nombre des individus qui composent les plus remarquables des êtres corporels. Mais il serait indubitablement faux de fixer, avec Aristote, le nombre des anges d'après le nombre des cieux ou des astres qu'ils mettraient en mouvement.
229. — IL La différence substantielle qu'implique ou suppose la multitude des anges, est pour le moins une différence liypostatique ou personnelle. Mais la question est de savoir si c'est une différence purement hypostatique, comme celle qui existe entre les êtres d'une même espèce inférieure (species infima), par exemple dans l'homme, ou si c'est aussi une différence d'espèces. D'après les principes philosophiques de saint Thomas, ce doit être nécessairement une difïérence d'espèces, parce que les purs esprits étant de pures formes, l'absence d'une matière requise pour multiplier la forme implique nécessairement ou naturellement que la différence hypostatique ne peut résulter que d'une différence dans l'espèce.
D'autre part, on pourrait être tenté de croire, à cause de la simplicité des purs esprits, qu'une différence d'espèces est inconcevable, et invoquer à l'appui de ce sentiment les termes dont se servent les Pères en parlant de l'unité de la nature angélique. (Voy. surtout Pétau, lib. I, cap. m.)
230. — Quoi qu'il en soit, la possibilité d'une différence d'espèces? entre les anges est admissible et acceptée en ce sens qu'on peut concevoir difïérents modes dans leur perfection non-seulement accidentelle, mais substantielle, quand même cette perfection offrirait alors plus d'analogie avec les difïérents degrés de la lumière sensible, ou avec ses différentes formes, les couleurs.
En faveur de cette différence d'espèces, du moins entre les groupes et les degrés divers des anges, on peut alléguer a priori la convenance d'une diversité multip'e qni rende le monde des anges semblable au monde physique, et, d'autre part, la différence effective qui existe entre les ordres et les chœurs des anges. Cette différence ne peut pas, comme chez les hommes, provenir d'un arrangement artificiel, d'une disposition bienveillante de Dieu, d'accidents qui se produiraient dans leurs actions personnelles ou d'influences externes. De plus, comme les anges, en leur qualité de purs esprits, doivent toujours se décider et agir avec toute leur énergie, s'il n'y avait pas chez eux de différence substantielle, il ne pourrait pas y avoir de degré dans leur perfection accidentelle.
Voyez saint Thomas, I Part., quœst. l, art. iv; Suarez^ lib. I, cap. XII.
231. — III. Relativement aux degrés précis de perfection qui conviennent à la fois à plusieurs anges et qui les distinguent d'autres classes ou groupes, les Pères et les théologiens partagent la totalité des anges en différents ordres ou chœurs, avec des noms distincts empruntés de l'Ecriture; ces ordres sont fixés à neuf, d'après le chiffre de ces noms. Ce sont : les Séraphins, les Chérubins, les Trônes, les Dominations {dominationes, xupioxTiTsç), les Forces ou Vertus (virtuteSj Suva[jL£tç), les Puissances (potestates, l^ouaiat), les Principautés (principatiis, à^x^i), les Archanges (archangeli) et les Anges. Nous allons justifier cette doctrine et en montrer l'importance.
232. — 1. Bien que la plupart de ces noms, pris séparément, puissent s'appliquer à la totalité des anges, et que le plus grand nombre, comme Virtutes, Angeli, et relativement aussi Archangeli, soient donnés en fait à tous les chœurs ou à plusieurs, il est hors de doute qu'ils désignent dans l'Ecriture, du moins en partie, des degrés et des groupes d'anges différents. C'est là une conséquence évidente du texte de l'Ecriture, et en tout cas elle est appuyée sur de nombreux témoignages des plus anciens Pères.
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