TROISIEME SECTION
Ouvrages à consulter : Parmi les Pères, les commentaires sur l'hexaméron, surtout S. Ambroise et S. Greg. de Nysse; de ce dernier : In procreationem hominis, et De opificio hominis. August., deGen. ad lit.; Op. perf.y lib. VI et suiv., et ses ouvrages contre les manichéens, surtout de duabus animàbus ; Mag., lib. II, dist. rvi et seq. ; Bonav., iEgid. et surtout Estius; Guil. Paris., De amma; Alex. HaL, Part., quaest. lxix-xciii: Thom., IPart., q. lxxv-xciii; Contra gent., lib. II, c: Suarez, De opif., lib. III et suiv., et De anima; Bened. Pererius, in Genesim, lib. IV et suiv.; Petavius. De opif., lib. II: Kleutgen, Philosophie du moyen-âge, t. II; Staudenmaier, Berlage et Schwane {Hist. des dogmes) aux endroits qui traitent ce sujet, surtout Doctrine spéculative de l'homme et son histoire, 2 vol., Wurzbourg,
309. — La théologie, en traitant de la nature humaine, n'embrasse pas évidemment toutes les questions que la philosophie assigne à l'anthropologie. Elle considère surtout la nature de l'homme dans ses relations avec Dieu, son principe et son terme, et en tant qu'elle est la base du complément qu'elle doit acquérir sous l'influence surnaturelle de Dieu et avec la coopération morale de l'homme, au point de vue de la place que la nature humaine doit occuper dans le plan divin. Muis elle doit aussi par cela même s'occuper de l'homme tout entier, de sa partie spirituelle et tournée vers Dieu, puis de sa partie inférieure et animale, en tant que celle-ci est susceptible de recevoir l'influence divine et qu'elle contribue à la moralité comme à la félicité de Tesprit.
La révélation nous offre les grandes lignes d'une anthropologie générale, et elle établit les plus importantes vérités, celles mêmes qui sont accessibles à la raison. Elle prévient ainsi les écarts de l'esprit humain et indique dans quelle
mesure le théologien peut utiliser la connaissance naturelle de la nature humaine pour mieux élucider ses propres doctrines. On peut ici mettre à profit toute la psychologie naturelle et une partie de la physiologie, ainsi que l'ont fait de la façon la plus heureuse les anciens théologiens, par exemple saint Thomas, I Part., qusest. lxxv et suiv., et I-II, quaest. xxii-xlviii. Nous nous bornerons à l'essentiel; mais il y aurait inconvenance et péril à passer complètement cette question sous silence.
Exclure toute considération empirique et toute analyse de la nature humaine dans son état actuel, négliger les principes métaphysiques qui s'appliquent à toute nature, quand il s'agit de connaître ce qu'est la nature comme produit du Créateur, ce serait imiter les réformateurs et les jansénistes, qui ont agi ainsi par esprit d'opposition contre la scolastique. Telle est en effet la principale cause pour laquelle ils ont complètement dénaturé l'essence et l'économie de la grâce; leur opposition reposait uniquement sur ce principe que le péché a radicalement changé l'institution et l'essence de la nature.
310. — La différence entre la doctrine théologique et la doctrine philosophique sur la nature de l'homme réside surtout dans la diversité des points de vue. L'une, se rattachant à la révélation divine, et partant directement de l'origine concrète de l'homme, détermine, par leur racine même, l'essence et les propriétés de la nature. La philosophie, jugeant des actions et des passions de l'homme par leurs phénomènes, établit d'abord les propriétés de l'homme, puis sa nature et enfin son origine.
Le théologien pe Jt donc procéder d'une manière plus fondamentale et plus scientifique. Il a en outre cet avantage que la révélation détermine l'origine de l'homme d'une manière plus concrète à la fois et plus étendue, et jette ainsi une nouvelle lumière sur une foule de points qui, sans la révélation, ne seraient connus que d'une manière défectueuse, exclusive, incertaine, par exemple l'institution de la propagation de la nature et l'unité de race chez tous ceux qui participent à cette nature.
311. — La révélation ne traite ex professa de la nature humaine que dans l'histoire de la création ; elle le fait
LA NATURE DE l'HOMME. 201
d'abord en traits généraux à l'occasion de l'œuvre des six jours, comme couronnement de sa doctrine sur « les générations du ciel et de la terre, » ch. i^'"; puis avec détail dans les chapitres suivants (surtout ch. ii), qui contiennent les générations d'Adam dans le sens passif et dans le sens actif. Sans doute, il n'y est directement traité que de l'origine et de la substance de la nature humaine, et, en apparence, que de ses aptitudes surnaturelles. Cependant, la manière dont ces deux points sont envisagés donne aussi les enseignements nécessaires sur sa constitution naturelle : ces renseignements apparaissent comme le résultat de la substance et comme la condition préalable de sa constitution sarnaturelle.
312. — L'ordre suivi par l'Ecriture sainte fournit la meilleure division scientifique du sujet ; car ce qui y manque se rattache naturellement à ce qui s'y trouve. Ainsi, la théorie de l'homme naturel se partage en trois chapitres : 1^ Enonciation de l'idée divine dans la parole créatrice de l'homme en tant qu'image de Dieu, Gen., i; — 2° Impression de cette idée divine dans l'origine et le caractère substantiel de la nature humaine en elle-même, dans ses différents représentants et dans l'ensemble de ses individus, Gen., ii et suiv.; car l'origine et le caractère substantiel du produit sont étroitem.ent reliés entre eux dans la révélation, et on peut les réunir sous le point de vue de la constitution du produit ; — 3^ Constitution vitale de la nature humaine.
Saint Thomas, in I, Part. I, quœst. lxxv-xcviii, suit en partie un ordre inverse ; il traite d'abord de la nature humaine sous le rapport philosophique, d'après sa substance et sa constitution {quœst. lxxv-lxxxix) , puis de ce qu'enseigne h-i révélation sur son origine concrète {quœst. xc-xcii) et sur l'idée divine, ou, comme il s'exprime, de fine et termino productionis hominis. Pierre Lombard suit au fond la même marche que nous.