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CHAPITRE PREMIER

LA DERNIÈRE PAROLE CRÉATRICE, OU NOTION THÉOLOGIQUE DE \ l'homme en TANT QU'iMAGE DE DIEU.

1" Sens formel de la dernière parole créatrice. — Terminologie

ecclésiastique.

Ouvrages à consulter : Les Pères dans l'hexaméron, surtout S. Ambros., lib. VI; August., De nafura boni, cap. v et seq., et Trin., lib. XIV, Mag., lib. I, dist. m; lib. II, dist. xvi; surtout Bonav. et Estius: Thom., q. I P., q. xciii; Pererius, in Gen., lib. IV, disp. i; Suarez, De opère sex dierum, lib. III, cap. viii; Petav., De opif., lib. II; parmi les modernes, Staudenmaier, § 83 et suiv.; Knoll, § 203; Berlage, II, § 39; Dr. Koehler, Doctrina S. Irencei.

313. —Le langage dont Dieu se sert, Gen., i, 26, pour exprimer son intention de créer l'homme, faciamus, se distingue, par une plus grande solennité, des paroles qu'il a employées pour énoncer ses précédentes créations, fiât; il indique qu'il va entreprendre une œuvre nouvelle et d'une tout autre valeur. Déplus, l'objet de cette œuvre n'est pas seulement désigné par son nom ou par sa notion, mais encore par son idée; cette œuvre apparaît telle qu'elle doit être dans le plan de Dieu, son idéal et sa fin suprême, c'est-à-dire comme l'image et la ressemblance de Dieu. Cette notion de l'homme est, dans la pleine acception du mot, une notion théologique; elle est telle subjectivement et formellement, parce que Dieu l'énonce comme sa propre pensée ; elle est telle objectivement et matériellement, parce qu'elle exprime la nature et la destination de l'homme dans son rapport immédiat à Dieu lui-même. Elle marque donc l'excellence et la dignité de l'homme d'une manière plus expressive , plus vivante et plus profonde que la simple notion d'animal raisonnable, et elle fournit de plus un point de départ pour atteindre à une intelligence plus élevée de

LA NATURE DE L'hOMME. 203

la nature humaine, pour concevoir son côté religieux, moral et surnaturel, sa position par rapport au ciel et à la terre. C'est, en un mot, la notion totale de l'homme en ce qui concerne sa destination « effective, » la notion de l'homme idéal telle qu'elle a été réalisée dans le premier homme par l'institution divine.

314. — Pour fixer en détail la notion théologique de l'homme, il faut évidemment partir d'une explication aussi exacte que possible des paroles du Seigneur. Cette tâche, devant les commentaires multiples et très - divergents en apparence des Pères et théologiens, n'est pas sans difficultés. La diversité de leur langage provient surtout de ce que l'expression choisie de Dieu, « image et ressemblance, » renferme une telle abondance d'idées qu'on peut y renfermer une multitude de significations principales et accessoires. Pour résoudre fondamentalement les questions qui se présentent ici, nous commencerons par recueillir les matériaux que nous fournit l'exégèse.

DÉVELOPPEMENTS

315. — Voici le principal passage : Gen., i, 26 : Faciamus hominem. ad imaginem (hébr. : betzalmeinou, Sept, xax' stxova) et similitudinem (bïdmouseimou, Sept, xaô' ôixoiwaiv) nostram, et prœsit {hehr. et Sept, praesint) piscibus maris et volatilibus cœli iiniversœque terrœ, omnique reptili quod movetur in terra. Et creavit Deus hominem ad imaginem suam (betzalmiv, ad imaginem Dei (Bezdélem Elohim) creavit illam ; masculum et feminam creavit eos.

Zelem est, comme imago, un terme concret ; il signifie image, ou plutôt reflet ; originairement , il signifiait une ombre (comme dans le Ps. xxxviii, 7, où la Vulgate porte in imagine pertransit homo, il passe dans une ombre ou comme une ombre). Il est aussi employé pour simulacrum à propos des statues des faux-dieux. Demuth, au contraire, est un nom abstrait et signifie ressemblance, ou plus exactement, d'après les Septante, ô^xo^watç, « rendre semblable ; » mais il admet aussi une acception plus concrète, dans le sens de « similitudo. » Les Allemands traduisent justement le similitudo par Gleichniss, similitude, qui exprime parfaitement cette sorte de ressemblance que nous louons dans un

véritable portrait comme son principal avantage, par opposition à cette ressemblance que nous trouvons aussi hors d'un portrait véritable, dans un simple vestige. Les Grecs se servent quelquefois du mot TauTOTVjç, qui s'applique également au Verbe éternel comme image du Père. Dans ce dernier cas, il exprime, avec la parfaite concordance des traits, une ressemblance de grandeur et une identité de substance. (Voy. sur le similitudo dans l'image et hors de l'image, saint Thomas, I Part., qusest. xciii, ad ult.)

Avec les particules hébraïques, les mots ad imaginem et similitudinem ont le sens plus précis de : Faisons l'homme à notre image et comme notre ressemblance. Ce changement et cette succession des particules se rencontrent également dans la Genèse, v, 3, où il est dit d'Adam : « Il engendra à sa ressemblance, comme son image, » bien qu'ici, dans l'hébreu, et non dan- la Vulgate, ressemblance et image soient mis à la place l'un de l'autre et que la conjonction « et » soit omise. Cela semble indiquer qu'ici l'image est renfermée dans la ressemblance, dont elie résulterait; tandis que dans Gen., i, 26, la « ressemblance, » à cause de sa position et de la particule conjonctive, parait compléter l'idée d'image, en montrant que l'ombre ou le « simulacre » est une image réelle et vivante, une « similitude, » d'autant plus que la Grenèse, ii, 7, dans le récit développé de la création de l'homme, distingue entre la création et l'animation de l'image.

Le parallélisme de Gen., i, 26 et v, 3, montre de plus « qu'image et ressemblance » désignent, dans le premier passage, la nature produite par la création, et dans le second la nature produite par la génération. L'interversion de ces deux termes indique, au contraire, que dans la génération la ressemblance extérieure de l'être engendré avec le générateur a pour base la transmission de toute la nature du générateur; tandis que, dans la création, l'établissement de l'image extérieure ne peut avoir aux yeux de Dieu, en tant qu'esprit que la valeur d'un phénomène sensible , lequel ne devient image réelle et vivante que par l'insufflation de l'àme, et n'obtient que par son union avec l'àme une ressemblance avec la nature divine.

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