‹ La Théologie dogmatiqueChapitre 37 sur 88 · On voit par ce qui précède, — et le Sauveur lui · texte numérisé non relu

On voit par ce qui précède, — et le Sauveur lui

diième y fait allusion (voy. ci-dessus, n. 422), — combien il

limporte, pour la conception religieuse du mariage, de

•rouver que le premier mariage a été formé par Dieu lui-

ne3me. Cette conception révèle surtout la noblesse spiri-

tuelle qui distingue l'union sexuelle des hommes de l'union des animaux, même par son côté matériel, l'union de la chair. L'origine de la première femme, la tradition affectueuse de la chair de l'homme à la femme, a été toute virginale, et sa conséquence : Os ex ossibus meis et caro de carne mea, désigne l'unité virginale de la chair. Ainsi, l'union des sexes doit être dans son principe une unité virginale, par l'appropriation morale et juridique de la chair de l'un à l'esprit de l'autre. Elle peut donc subsister dans son essence sans que l'union des corps se réalise, et quand l'union a lieu réellement, elle doit participer à cette virginité, à cette noblesse spirituelle. Ce doit être, non pas une union avec une chair étrangère, ou la simple réunion d'une chair à une autre, mais un abandon du corps à l'esprit de l'autre, basé sur l'amour spirituel de celui-ci, sur le respect de sa dignité spirituelle.

Quand même le nom de virgo dériverait de vir, et qu'on le rapporterait à la femme mariée, il ne perdrait pas sa signification; il aurait au contraire le sens véritable qui se trouve indiqué dans la Genèse, où Ischah dérive de Isch; car c'est précisément ici que ce terme désigne l'unité virginale provenant de ce que la femme tire son origine de l'homme. Le caractère spirituel ou virginal de l'union sexuelle, tel qu'il est préfiguré dans la Genèse, ce qui la distingue de l'union des animaux, est surtout exprimé par le terme d'Lnion des époux, tandis que celui d'union matrimoniale exprime de préférence la durée de cette union.

437. — 2. Ainsi, le fait en question montre que l'unité même de la chair dans l'union des sexes humains ne doit pas être purement charnelle; il nous fait voir en outre que l'union des sexes, en ce qui concerne son but et son exercice, n'a pas pour unique objet le concours simultané de deux êtres dans la génération, ni à plus forte raison son usage physique, la jouissance sensible d'une partie par le moyen de l'autre.

Ce fait nous montre au contraire que si le produit de la génération doit être une nouvelle image de Dieu et par conséquent l'accroissement de la société humaine, les principes de la génération doivent en se réunissant contracter entre

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eux une véritable société, une communauté d'amour, un rapport mutuel fondé sur l'estime, l'amour et le sacrifice réciproques, sur Tunité des esprits et des cœurs; une société qui, étant la racine de toutes les autres, doit être la plus complète et la plus indissoluble, et par conséquent la forme première d^^ toutes les autres sociétés.

a) L'union des sexes est une société véritable, parce que Dieu déclare que l'aide, Vadjutoriiim qu'il donne à Adam, est un adjutoriiim simile ou responcJens sibi, une aide qui ne peut se rencontrer parmi les animaux, et parce que la femme est formée d'une « côte » et mise à « côté » d'Adam, qui a livré pour elle sa propre substance.

b) Cette société se présente aussi comme la plus naturelle et la plus intime, parce que Dieu, en décidant que la femme tirerait son origine de l'homme, nous montre que les époux sont liés par l'auteur de la nature non-seulement en un seul corps, mais en une unité d'âme correspondant à cette unité corporelle; qu'ils ne forment qu'une personne morale, que l'un doit aimer l'autre et le respecter comme soi-même et non pas seulement comme un ami aime et respecte son ami, qu'ils doivent se considérer et se traiter comme s'appartenant mutuellement, et se comprendre l'un et l'autre dans l'amour qu'ils ont pour eux-mêmes.

c) Cette union se présente enfin comme la forme fondamentale de toute société, et par conséquent comme la société la plus naturelle; car la femme n'a été créée que pour servir de compagne et d'auxiliaire à l'homme, et l'homme a participé à sa création par un abandon amoureux de lui-même. La femme est entrée dans l'existence comme le produit d'un amour qui se sacrifie, elle y est entrée par la vertu de l'amour de l'homme non appuyée par la force géné- .rative de la nature, mais par l'amour divin; la femme a freçu, avec une organisation physique propre à concourir à la propagation, des qualités de cœur qui lui permettent d'enitretenir des relations de société avec l'homme et d'exercer l'amour qu'exige cette société; enfin sa constitution physique convient à la fois à cette société et à cette assistance Physique.

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438. — Ce côté spirituel ou social de la réunion des sexes ordonnée par le Créateur est tellement essentiel, que le mariage peut subsister, non pas, il est vrai, sans la possibilité de l'union charnelle, mais sans sa réalisation effective, et remplir au moins un but essentiel. On peut donc concevoir l'union des sexes comme une virginité perpétuelle conforme aux vues du Créateur. Ces vues, elle les remplit d'une façon éminente, quand les époux considèrent leur société, formée par Dieu lui-même, comme lui étant entièrement consacrée, et qu'ils s'aident mutuellement dans le service de Dieu.

Ce rapport social et spirituel des époux, rapport virginal dans son principe, doit également régner dans les relations sexuelles des époux, afin de les compléter et de les ennoblir, en faisant en sorte qu'elles deviennent un acte d'amour social et de culte divin, qu'elles tendent à la propagation de la société par la production d'une nouvelle image de Dieu, qu'elles visent à l'extension du royaume de Dieu, qu'elles se complètent enfin et s'achèvent par la formation effective d'une image de Dieu.

Le terme de « relations des époux » que nous avons déjà appliqué à l'union de la chair, exprime surtout l'unité spirituelle, qui distingue l'union sexuelle des époux de Tunion animale, comme elle distingue leur société de toute autre société, par exemple de la simple amitié, même fondée sur la nature, où la cause de l'union ne vient pas de la diversité des sexes, comme dans les frères et sœurs.

439. — Saint Augustin a parfaitement caractérisé l'importance sociale de la réunion des sexes, en se référant à l'origine de la première femme. Voici comment il continue le passage que nous avons cité plus haut, loc. cit. : « Prima » itaque naturalis humanse societatis copula vir et uxor est. » Quos nec ipsos singulos condidit Deus et tanquam alieni- » genos junxit, sed alteram creavit ex altero, signans etiam » vim conjunctionis in latere, unde illa detracta, formata » est. Lateribus enim sibi junguntur qui pariter ambulant, » et pariter quo ambulant, intuentur. Consequens est con-

» nexio societatis in filiis qui unus honestus fructus est, > non conjunctionis maris et feminae, sed concubitus. » Poteiai ciiim esse in utroque sexu, etiam sine tali com- » mixtione, alterius regentis, alterius obsequentis amicalis » quaîdam etgermana conjunctio. »

440. — 3. Notre fait exprime donc parfaitement la double unité de corps et de société que Dieu a voulu établir dans la réunion des sexes. Il montre aussi la coordination qui doit exister entre les époux unis de corps et de société. L'IionKLie étant le principe de la femme et la femme une aide que Dieu a donnée à Tliomme, la femme se présente comme un membre adapté à l'homme, comme une compagne qui lui est associée; tandis que l'homme, selon l'expression de saint Paul, apparaît comme sa tête. La femme lui est donc subordonnée.

Mais parce que l'homme n'est devenu le principe de la femme quen livrant sa propre substance, et que la femme a été créée de Dieu en qualité « d'aide semblable » à l'homme , cette subordination ne doit pas être celle d'un esclave, car les enfants eux-mêmes ne sont pas tels à l'égard de leurs parents ; ce doit être en même temps une véritable coordination ou un rapport de droits réciproques. Ce rapport consiste en ce que le corps de l'homme appartenant aussi à la femme comme un de ses membres, la femme ne doit pas être moins aimée et respectée de l'homme que l'homme ne l'est de la femme, et en ce que la f^mme, appartenant à l'homme plus que tout le reste, doit avoir part â son auiorité. Les Pères et les théologiens expriment ce rapport en disant que la femme, étant placée à côté de l'homme et proche de son cœur, a été tirée de son côté et non pas d'autres parties de son corps; elle n'a pas été tirée de sa tête parce qu'elle ne devait pas régner; elle n'a pas été tirée des parties serviles, parce qu'elle n'était pas destinée aux offices d'une esclave.

^41- — IV. Il suit de tout cela que la manière dont la lémiiie a été créée est d'une importance capitale pour l'essence du mariage, de môme que la création de l'homme, telle qu'elle est racontée dans l'Ecriture, est du plus haut intérêt pour la nature de l'homme lui-même. La création de

Thomme est la loi générale, le type de la constitution et de 'la composition de la nature humaine dans tous les hommes; la création de la femme est le modèle de l'union des deux sexes pour la propagation de la nature humaine *.

442. — De là vient aussi que les relations de la femme à l'homme, déterminées par son origine, ont un rapport typique et figuratif à TEglise, mère de la vie surnaturelle de l'humanité, et à Jésus-Christ, second Adam spirituel.

Ce rapport est expressément indiqué, du moins en partie, dans le nouveau Testament, Eph., v. Il consiste notamment en ce que toutes les relations spirituelles des époux figurées dans l'union des sexes par l'origine significative de la femme, se retrouvent d'une façon plus éminente dans les relations du Christ avec l'Eglise, ou dans l'humanité élevée à la communauté de vie avec Jésus-Christ : 1^ l'unité de chair, car Jésus-Christ, en tirant son origine du sein de l'humanité, s'unit à elle pour former un seul corps, et, par la dignité spirituelle et la puissance de sa divinité, il prend et s'approprie avec la chair qui lui est unie hypostatiquement, la chair de l'humanité qu'il considère comme sienne; il contracte avec l'Eglise dans l'Eucharistie une union corporelle et spirituelle qui correspond à l'union des corps ; 2^ l'unité sociale de l'esprit, par un amour et une sollicitude réciproques; 3<^ les rapports de supériorité et de subordination entre l'époux et l'épouse.

Outre ces relations, le fait de l'extraction de la première femme a aussi son pendant dans les rapports de Jésus- Christ à TEglise; mais ce fait n'est pas la base matérielle de ces rapports, il en est le principe réel, l'âme; car Adam n'a fourni dans sa côte que la matière du corps d'Eve, tandis que Jésus-Christ produit directement la vie surnaturelle de l'Eglise, ou plutôt il tire l'Eglise vivante de l'amour de son humanité qui sacrifie sa propre vie, et de l'amour de sa

* Voy. sur ce point et sur ce qui suit Bened. nupt. dans Missale Boni. : « Deus... qui homini ad imaginem Dei facto ideo (dans le sens de ita) inse- » parabilQ mulieris adjutorium condidisti, ut femineo corpori de virili dares » carni principium, docens, quod ex uno placuisset institui, nunquam licere » disjungi ; Deus, qui tam excellenti mysterio conjugalem copulam conse- » crasti, ut Christi et Ecclesise sacramentum praesignares in foedere nup- » tiarum... »

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divinité qui dispense la vie. L'Eglise n'est donc pas seulement un même esprit avec l'esprit de son Epoux, elle est encore l'esprit de son esprit.

443. — Par cette s'gnification typique, la production de la femme tirée de l'homme entre dans un rapport préfiguratif ou symbolique avec l'effusion du Saint-Esprit, procédant de la divinité du Christ, ou du Fils de Dieu selon la divinité. L'origine de la femme est une image de l'origine éternelle que le Saint-Esprit tient du Verbe, et le Saint- Esprit est « édifié » dans les créatures, qui doivent être remplies de la vie divine, non pas sans doute comme un élément matériel et susceptible d'une forme, mais comme un principe spirituel et actif qui les pénètre et devient la moelle de leur vie en Dieu. Il est adapté à leur édifice spirituel et s^ développe dans leur vie, comme la côte d'Adam a été « bâtie » et s'est développée dans Eve. (Voyez livre II, n. 1019, et ci-dessous, n. 309.)

DÉVELOPPEMENTS

444. — Au concret, cette position typique, figurative et symbolico-typique de la première femme en tant qu'elle tire son origine de l'homme, était d'autant plus réelle et vivante que Eve, en vertu de cette origine, recevait en fait, per communicationem privilegiorum inter capiit et membrum, la vie surnaturelle, d'une manière analogue, mais non semblable à celle dont l'Eglise la reçoit de Jésus-Christ (c'était donc une image du Saint-Esprit animée par le Saint-Esprit, de même que l'homme est une image transfigurée du Fils de Dieu). Elle devait donc être, à la fois, comme organe du Saint-Esprit, la mère de la vie naturelle et la mère de la vie surnaturelle de l'humanité, tandis qu'elle était exempte de toutes les taches de corruption qui dans l'homme déchu accompagnent et altèrent le rapport idéal et spirituel entre l'homme et la femme. Il est vrai que dans l'humanité rachetée, le mariage peut et doit être de nouveau une image vivante, et même un reflet, un ra3^3nnement de l'union du Christ avec son Eglise; mais en fait, ce rapport n'est pas tellement exempt de souillures que la femme soit dans le mariage la pure image du Saint-Esprit. Cette image se trouve dans la femme virginale qui s'est donnée tout

entière a.i Saint-Esprit pour être son temple, et devenir ainsi Tépouse non d'un homme, mais de Dieu et de Jésus- Christ.

445. — C'est pour les mêmes motifs qu'on n'a pas remarqué le rapport intime du nom d'Eve, — souffle, vie, — avec le nom du Saint-Esprit, bien que ce soit précisément par ce nom que la première femme est le type de la Vierge Marie et de l'Eglise, et qu'Adam l'ait donné à la femme à l'endroit même où le Seigneur lui annonce que « la semence de la femme » produira le vainqueur du serpent et le dispensateur de la vie. Dans le fait, cependant, ce nom caractérise très-bien la maternité de la femme précisément par son côté idéal et spirituel, en tant qu'elle réchauffe et cultive le fœtus reçu du père. Si ce nom n'a été donné à la femme qu'après la chute, il ne s'ensuit point qu'il ne lui eût pas convenu davantage auparavant; il n'a pas même été donné directement à l'occasion et en vue du péché, mais en vue ae la promesse du Rédempteur, et parce que Dieu voulait signifier que malgré le péché les premiers hommes n'étaient pas devenus absolument ia proie de la mort, qu'ils demeuraient, après comme avant, les ancêtres de leur race, et de leur race appelée à une vie bienheureuse et éternelle. Adam voulaii donc consoler sa femme soit de la mort temporelle qu'elle avait encourue, soit des douleurs dans lesquelles elle enfanterait en punition de sa faute; comme s'il avait voulu dire que les douleurs de l'enfantement seraient compensées par les joies de la maternité, et la mort temporelle d'Eve et de ses descendants balancée par le Sauveur qui naîtrait de sa race.

ARTICLE IIL

reproduction de la nature humaine par la generation. — rapport de la génération a la constitution de la nature humaine dans l'Être engendré. — concours de dieu pour établir son image dans

LE PF.ODUIT de LA GÉNÉRATION. — ORIGINE DES AMES, ET EXCELLENCE DE LA PATERNITÉ RÉSULTANT DE CETTE ORIGINE.

Ouvrages à consulter : August., de Gen. ad litt.^ lib. VII-IX; lib. IV, de Anima et ejus origi7ie (tom. X) et souvent ailleurs;

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Mag., lib. II, dist. xvii et xviii obiter; Estius, in dist. xvii; Thom., très-souvent, surtout I Part., quœst. cxviii (Cajet.); Quœst. disp. de pot,, quœst. iir, art. ix et suiv.; Contra gent., lib. II, cap. Lxxxvi-Lxxxix (Ferrar.): Staudenmaier, § 85-88; Knoll, § 192-195: Beilage, § 34: Kleutgen, Philosophie, t. II, p. 602-000 et p. 885 et suiv.

446. — I. Immédiatement après avoir créé lo premier homme et la première femme, Dieu les bénit, Gen., i, 28, comme il avait fait pour les animaux, afln qu'ils se multipliassent : Benedixitque illis Deus et ait : Cresclîe (selon l'hébreu : fructum ferle, générale) et (generando) multipUcamini et replète terram. Ces expressions signifient d'abord, que la multiplication de la nature humaine aura lieu par la génération ou par l'entremise de la génération, par conséquent sous la forme d'une reproduction de la nature par ses premiers possesseurs. Elles signifient en outre que la génération sera accompagnée d'un concours spécial de Dieu, prorais dans la bénédiction, d'autant plus que pour les plantes il n'est question ni de bénédiction ni de multiplication, mais seulement d'une production de fruits.

447. — Cette circonstance remarquable, qu'il n'est parlé d'une bénédiction que pour la génération des hommes et des animaux et non pour la reproduction des plantes, bie,n que les plantes doivent aussi se multiplier avec le concours de Dieu, cette circonstance présente un sens positif, qui sera expliqué plus loin, ainsi que la raison pour laquelle, d'après le texte, ceite bénédiction est la même pour les hommes et pour les animaux. (Voy. ci-dessous, n. 463-464.) Cela n'empêche pas qu'il y ait une différence entre les hommes et les animaux quant à la manière dont cette multiplication doit se faire par la génération et par la bénédiction de Dieu : la bénédiction prononcée sur les hommes, sur les premiers comme sur ceux qui se sont multipliés, est accompagnée de l'ordi-e de régner sur la terre. Cumme cette différence dans le proiluit n'est pas seulement extérieure, mais encore intélieure et essentielle, il doit y avoir aussi une cMfférence dans le principe, surtout en ce qui concerne le concours de Dieu promis dans la bénédiction.

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