La VÉRITÉ DE LA GÉNÉRATION; RAPPORT FONDAMENTAL
qu'elle implique entre le père et l'enfant.
DÉVELOPPEMENTS
476. — La génération se définit communément : Productlo viventis de vivente conjuncto in similitudinem naturœ. Analysons les différents éléments de cette formule : a. La génération est la production ou détermination de l'existence d'un être vivant par un autre être ; ou, en termes plus précis, b. c'est la production d'un être vivant qui doit ressembler par son espèce au principe générateur, ou la détermination de la nature spécifique du produit, c. C'est enfin la production d'un être vivant consubstantiel au principe générateur, c'est-à-dire recevant de sa substance; ou la production d'une nature semblable dans un sujet sorti de la substance du générateur; ou encore la détermination de la substance du produit en unité substantielle avec le principe générateur. Relativement au second point, on dit aussi que la génération est une reproduction de la nature du principe générateur, l'établissement d'un nouvel exemplaire de cette nature, la communication de la nature, oa la repro-
p duction de sa propre nature dans un autre sujet.
Quand l'idée de génération se réalise d'une manière parfaite, comme en Dieu, il faut évidemment que le principe générateur soit le principe adéquate de l'individu engendré,
* Cf. Gen. ad lit., lib. IX, cap. xvii.
que sa force, son opération générative contienne à elle seule toute l'efficacité de la génération.
Chez les créatures, au contraire, la vertu et l'opération du principe générateur a bien en vue tout ce qui appartient à ridée de génération, mais son action immédiate, personnelle, n'est pas tant une action vivifiante qu'une action plastique ou formative; elle développe une matière organiquement et, par sa propre vertu, elle tend à produire une nouvelle forme vitale de la même espèce que la forme à laquelle elle correspond, ou à développer la matière qui sort de la substance du principe générateur et à la disposer ainsi pour recevoir la forme vitale. Mais c'est précisément pour ce: a qu'elle réclame cette forme vitale comme son complément. Cependant ces deux éléments suffisent pour que l'opération générative devienne, avec le concours naturel de Dieu, une opération qui réponde parfaitement à l'idée de génération.
477. — Parmi les trois éléments qui rentrent dans l'idée de génération, il faut attribuer au principe générateur humain a. l'effet de la génération, c'est-à-dire la production d'un être vivant, la réalisation ou détermination de son existence; caria production d'un nouvel être vivant n'est pas seulement le résultat quelconque de l'action du générateur, elle ne dépend pas uniquement, comme cause sine qua non, de l'acte qui produit la disposition du corps à recevoir l'âme, et qui est une condition indispensable du résultat. Elle obtient encore ce résultat par elle-même, et, sinon par une conséquence nécessaire de cette opération seule, du moins en vertu d'une loi naturelle et par l'action du principe générateur. Dans ce sens, les parents sont véritablement les dispensateurs et les auteurs de l'existence, et, comme il s'agit ici d'une existence vivante, de la vie de leurs enfants, bien qu'ils ne produisent pas plus la substance de leur âme que celle de leur corps. L'être générateur est donc à l'égard de l'être engendré dans le rapport de principe efficient.
478. •— b. On doit assigner au principe générateur humain l'effet de la génération en tant que celle-ci produit un être de même espèce, ou qu'elle détermine la nature spéci-
LA NATURE DE l'hOMME. 323
tique de l'être engendré. En soi, il est vrai, ce principe ne peut produire qu'une ressemblance dans la forme organique de la matière, mais il vise au moins par cela même à produire une conformité de nature et un être nouveau qui est un calque de lui-même; il atteint ce but en vertu de la même loi naturelle par laquelle l'auteur de la nature lui a présenté ce but. En ce sens, on peut dire des parents qu'ils reproduisent leur propre nature dans Fenfant, qu'ils la lui communiquent. Cette espèce de causalité, qu'il ne faut pas séparer de la première, parce qu'elle n'agit qu'avec elle, doit être déterminée scientifiquement comme la causalité du principe exemplaire, principium exemplare, et on peut dire à ce point de vue que toute la nature de l'être engendré dérive de la nature de l'être engendrant, non par émanation, mais de la même manière que la forme imitée d'un idéal est considérée comme dérivée de cet idéal. Ce n'est pas toutefois une dimanation proprement dite, telles que sont les formes des choses créées qui découlent des idées divines opérant par elles seules; mais une dimanation en ce sens plus large que le principe exemplaire vise à communiquer sa forme et y parvient toujours.
479. — c. Enfin, il faut attribuer au principe générateur humain l'efifet de la génération en tant qu'il est une dérivation de la substance du générateur dans* l'engendré, une production de la nature de celui-ci dans un sujet issu du premier, ou enfin la détermination de la substance du produit comme être sorti de la même race.
Pour maintenir cette condition, il serait absurde d'exiger qu'il en fût de l'homme comme il en est de Dieu, que toute la substance de l'être engendré fut produite par le principe générateur, car cela n'a lieu dans aucune génération créée; c'est toujours la matière seule, et non la forme qui est transmise. Il sufl^t que le principe générateur fournisse et (iéveloppe de lui-même la matière et lui donne une forme organique, que la production de la forme dépende de cette émanation organique et s'y rattache, par conséquent que l'opération qui vise à la forme même, y vise non d'une manière absolue, mais seulement comme à une forme de cette matière ainsi émanée, c'est-à-dire comme à la forme d'un être consubstantiel au principe générateur.
Toutes ces conditions se rencontrent parfaitement dans notre cas, et il faut dire de l'homme engendré qu'il se rattache tout entier par sa substance au principe générateur, précisément en vertu de cette émanation d'une partie de sa substance. Or, c'est justement sous ce rapport que le principe générateur est appelé principium séminale; il se comporte dans la production d'un autre être de la même manière que la semence d'un arbre qui, en se développant en un autre arbre, conserve avec son produit grandissant ^:pontanément la même unité substantielle, la même unité de race que la semence devenue racine conserve avec les autres parties de l'arbre.
On peut donc dire de l'homme générateur, en sa qualité de principe séminal de l'être engendré, puis de l'être engendré lui-même, en tant qu'il est d'avance contenu dans l'autre seminaliter, et, après sa production, en tant qu'il a sa racine en lui, on peut dire qu'ils forment un seul et même corps. Ici toutefois, comme le principe séminal est à la fois un être animal et le principe exemplaire, le rapport du principe au produit n'est pas le même que celui qui existe entre la racine et les branches; il ressemble plutôt au rapport de la tête et des membres; de là vient que dans ce cas l'unité de race devient unité de membres, ou unité corporative.
De cette façon et nonobstant l'influence que Dieu exerce sur la production de Tâme dans la génération humaine, le rapport de principe entre le générateur et l'engendré est parfaitement sauvegardé dans tous ses éléments.