‹ La Théologie dogmatiqueChapitre 43 sur 88 · IV. — III. DOGMATIQUE · texte numérisé non relu

IV. — III. DOGMATIQUE

pourquoi l'image de Dieu peut être conçue plutôt comme un sujet passif et indigent que comme un principe inné et actif de vie divine. Toute vie vraiment spirituelle paraît à saint Augustin une participation de la lumière (œternœ veritatis) et de la bonté divine (mcommutabilis boni), qui transforment à la ressemblance de Dieu l'âme, qui en soi ne représente qu'une image informe ou quasi materm spiritiialis ; tandis que l'activité propre de l'âme saint Augustin ne la conçoit que comme une « conversion » ad veritatem., ou bonum incommutabile, qui sert de canevas â l'opération de Dieu.

Cependant les scolastiques eux-mêmes ont montré que cette doctrine ne doit nullement s'entendre dans le sens averroïste, qui exclut de l'âme le principe actif et inné, mais dans le sens platonicien, (jui implique positivement ce principe. Elle exprime le rapport interne de dépendance à regard de Dieu où se trouve la lumière naturelle pour la connaissance de la vérité et la force naturelle pour le bien, en ce qui concerne leur possession, leur conservation et leur exercice. Saint Augustin veut dire : de même que la créature tire toute sa vérité et sa bonté d'une participation à la vérité et à la bonté de Dieu, de même toute lumière et toute force morale, d'où sortent la connaissance actuelle et le bon vouloir actuel, doit être considérée comme ayant sa racine en Dieu, quand même la créature tire sa lumière et sa force de l'essence qu'elle a reçue de Dieu, quand même cette lumière a sa source dans la créature. A cause de son rapport avec Dieu, cette source ne demande pas seulement à être entretenue d'en haut, il faut encore qu'elle se développe et s'exerce sous l'influence active de Dieu.

La créature a donc besoin d'être promue, excitée à une conformité actuelle avec Dieu, puis d'acquérir cette conformité en se rattachant à lui, en se tournant vers lui et en recevant l'influence de sa grâce. Ainsi la vérité et la bonté actuelles ne sont pas moins obtenues par une illumination et une inspiration divines, que par le travail de la nature.

Le sens de cette façon de parler est parfaitement clair en ce qui regarde la connaissance de la vérité; saint Augustin l'applique à la connaissance de toutes les vérités éternelles, des vérités mathématiques, aussi bien que des vérités religieuses et morales. C'est surtout à propos de la connais-

LA NATURE DE l'HOMME. 355

sance que cette expression a été défendue par les scolastiques contre l'interprétation averroïste *.

Une autre conséquence à tirer de là, c'est qu'on n'a pas besoin d'entendre autrement cette expression en ce qui regarde la volonté; on ne doit pas même l'entendre autrement quand il n'est pas question du bien surnaturel.

Quant à saint Augustin, il était tout naturel qu'il s'attachât à cette expression; elle lui permettait d'une part d'insister vivement, contre les pélagiens, sur la manière essentiellement diâérente dont le bien et le mal sont le produit de la volonté, l'un venant nécessairement par l'entremise de Dieu, l'autre étant le produit réel de la seule volonté. 11 est vrai que cette façon de parler relègue à l'arrière plan l'autre différence que la doctrine catholique établit entre l'influence générale de Dieu, et l'influence transfigurante et auxiliaire, indispensable pour la vie surnaturelle, et même pour l'entier développement de la vie naturelle. Et comme saint Augustin, dans le principe, avait conçu l'influence de Dieu plutôt comme un simple soutien de l'âme que comme une impulsion première, ou une introduction de l'âme dans la possession de la vérité et de la bonté, supposé qu'elle se tournât vers Dieu, il alla dans ses premiers écrits jusqu'à prétendre faussement, avec le semipélagianisme, que l'influence divine, pour le bien surnaturel comme pour le bien naturel, dépendait d'une conversion à Dieu provenant uniquement de l'âme.

Il avait raison cependant de maintenir, même en face des pélagiens, le point de vue général énoncé dans cette locution, car les pélagiens, partant du point de vue opposé, savoir que la volonté produit aussi bien d'elle-même toute espèce de bien qu'elle produit le mal, rejetaient la nécessité de l'influence divine ^our le bien surnaturel ou pour la perfection du bien naturel; ils niaient de plus que l'homme puisse perdre absolument le pouvoir d'opérer le bien auquel il est destiné de fait, et par conséquent devenir absolument incapable de tendre à sa fin véritable.

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