V. La nature du corps animal se révèle surtout
dans l'homme, ainsi que dans les autres « êtres vivants »
, {animœ viventes), par les manifestations de l'instinct sexuel;
il éclate avec plus d'impétuosité que tous les autres et par
: un mouvement spontané du corps; il n'en est point qui se
î soustraie avec autant de force à l'empire de la raison et qui
r empêche autant l'àme d'exercer son autorité sur le corps.
i L'irritabilité facile à la fois et violente qui caractérise cet
(instinct, provient, selon la doctrine des Pères et par la
•nature de la chose, de ce qu'il se rapporte à une fonction de
•la vie végétative, qui de sa nature opère spontanément, puis
et surtout de ce que, chez les êtres mortels, il ne vise pas
seulement à la multiplication, mais encore à la conserva-
l'tion de l'espèce; de ce qu'il a pour objet, dans l'être qu'il
iiconcerne, la seule manière de continuer la vie, par consé-
iquent de ce que l'individu recherche dans la satisfaction de
cet instinct, sa propre conservation.
Puis donc que le corps vivant de l'homme partage avec ies autres êtres de la terre, outre l'aptitude et la mission de >e propager, la mortalité, il était naturel qu'il partageât lussi avec eux l'irritabilité facile et spontanée, spasmo-
dique et maladive, de cet instinct; que cet attrait naturel par excellence fCit, dans ses manifestations, le plus rebelle à l'empire de l'esprit.
Dans le fait, c'est précisément à la mortalité commune à l'homme et aux animaux que saint Augustin (voy. ci-dessus, n. 551) attribue la « qualité morbide » de cet instinct, donnant ainsi à entendre qu'il voit là, non une corruption positive, un renversement de la nature, mais une imperfection inhérente au corps animal. De plus, comme la « loi de mort » se révèle dans les manifestations de cet instinct au point qu'en leur présence l'âme spirituelle ne garde plus son empire sur les mouvements corporels, et conserve à peine son autorité sur l'usage du corps, c'est par là surtout que l'âme ^. conscience de sa propre faiblesse. Frappée du contraste qui existe entre sa nature spirituelle et l'imperfection, la bassesse de sa vie animale, l'âme, dans le sentiment de sa noblesse, éprouve le besoin de réagir, et la pudeur lui fait cacher à elle-même et aux autres les manifestations de cet instinct et tout ce qui sert à le provoquer.
554. — Il suit de tout ce qui précède, que les imperfections diverses, les lacunes qui existent « présentement » dans la partie animale de l'homme et qui ont valu à son corps d'être appelé « chair » et à sa vie une « vie charnelle, » par opposition à l'esprit et à la vie de l'esprit, ne proviennent pas « au fond, » d'un bouleversement, d'une altération dans la « constitution primitive » de la nature; elles ont, aujourd'hui comme autrefois, leur fondement dans la nature. C'est là ce qui explique les détériorations accidentelles qui se présentent fréquemment maintenant et qu'on ne peut directement attribuer à la constitution primitive, ni, en général, à la constitution de la nature.
De même, en effet, que ces imperfections essentielles impliquent la corruptibilité de la substance et de l'organisme, cette même corruptibilité explique comment, dans le cours de la propagation de l'espèce, la constitution de la partie animale de la nature peut être viciée par des influences multiples. Ainsi la constitution actuelle s'accorde si peu avec la constitution primitive, que l'état purement
LA NATURE DE L'hOMME. 385
naturel du premier homme est à l'état de plusieurs de ses descendants ce qu'est la santé à la maladie. L'Ecriture sainte le remarque expressément en ce qui concerne la durée de la vie humaine.
555. — Au point de vue des réformateurs, au contraire, la spontanéité de la concupiscence à la suite du péché d'Adam reste absolument inexplicable.' car il est tout à fait incompréhensible qu'un pur acte de la volonté puisse faire d'une force apathique et immobile de sa nature une spontanéité permanente et indélébile, une spontanéité qui nonseulement n'est pas voulue par la volonté, mais qui se révolte contre elle; on ne comprend point qu'une force insensible en soi puisse être transformée en une force perpétuellement sensible, par conséquent subir un changement radical dans sa nature. En tout cas, cela serait évidemment contraire à l'honneur du Créateur, car ou la mauvaise volonté aurait la force naturelle de changer la nature des choses, ou Dieu devrait .ui prêter un secours surnaturel pour cette œuvre de destruction. Dans ce dernier cas. Dieu, selon le point de vue des réformateurs, inspirerait directement à l'homme, d'une façon miraculeuse, un penchant, une activité « moralement mauvaise; » il ferait précisément ce qu'ils accusent eux-mêmes la doctrine catholique d'attribuer à Dieu.
DÉVELOPPEMENTS
556. — Saint Augustin, il est vrai, en argumentant contre les pélagiens, compare l'origine de la concupiscence désordonnée, ou plutôt l'inclination au péché qui en résulte dans la volonté, au penchant qui nait de la répétition fréquente d'actions mauvaises ou d'une habitude. Mais le sens de son langage est déterminé par le caractère même de sa polémique : les pélagiens n'acceptaient d'autre inclination au péché difficile à vaincre que ce qu'ils appelaieni affectionalis ijnalitas, produite par la volonté môme à la suite d'une habitude. Il était donc tout naturel que saint Augustin fit un argument ad hominem (a concesds ad non concessum), et qu'il dit : Ce qui est possible par voie d'habitude peut l'être aussi par une autre voie. C'est ainsi en effet qu'il s'énonce dans son ouvrage imparfait, contra Jidian., lib. I, cap. v : « Cur