‹ La Théologie dogmatiqueChapitre 48 sur 88 · IV. — III. DOGMATIQUE · texte numérisé non relu

IV. — III. DOGMATIQUE

dans sa pleine acception. Cf. Thom., Cont. gent., lib. II, cap. Lv; Hauzeur, in II, Sent., quaest. viii, resp. 4, d'après saint August. ; Stœckl, Philosoph., § 139; K\e\itgen,Philosoph., 8^ sect., chap. m; L. Schutz, Preuve rationnelle de V immortalité de l'âme humaine (en allem.), Paderb., 1874.

585. — III. La créature raisonnable a encore pour destinée naturelle de ne pas demeurer toujours à Tétat de mouvement; mais, à moins qu'elle ne s'en rende elle-même indigne, et pourvu qu'elle n'y mette obstacle, d'entrer dans un état de consommation définitive, éternelle, où elle trouvera, avec la parfaite ressemblance à Dieu qui est conforme à sa nature, son repos, sa satisfaction durable, sa félicité, la perfection entière, la sécurité imperturbable de sa vie, en un mot, son « salut. » Or, comme cette consommation définitive demande nécessairement que la volonté soit dirigée d'une manière durable vers le bien moral, l'affermissement de la liberté morale fait aussi partie de la destinée naturelle de la créature raisonnable. Ces propositions résultent d'elles-mêmes de la sagesse du Créateur, et sont évidentes pour tout esprit non corrompu.

586. — IV. Quant à la mesure de cette consommation définitive et à la manière dont elle doit se réaliser, en tant qu'elle est requise par la destinée naturelle, il faut évidemment les déterminer et par les aspirations de la nature vers son perfectionnement, et par ses forces actives et essentielles : la consommation doit se présenter comme le développement complet et continu de ces forces ou du germe qu'elles contiennent. Rien en eflet ne peut être destiné par nature à une chose qu'il ne peut faire ou atteindre par sa nature. Mais comme tout ce qui se développe et marche vers sa perfection a besoin soit d'un aliment extérieur, soit d'une influence divine, il ne s'ensuit point que la créature raisonnable, dont le développement spirituel est placé sous l'influence directe de Dieu, n'ait pas besoin pour entrer dans sa consommation définitive et surtout pour s'affermir dans cet état, d'une influence divine particulière. Seulement, cette influence n'a pour objet que de compléter et d'aflermirla nature dans le développement positif de ses forces, de l'aider à écarter les

obstacles qui contrarieraient ces forces ou troubleraient le repos de Tesprit.

Ainsi la connaissance et l'amour de Dieu, en quoi consiste principalement la consommation de l'esprit, en tant qu'elle fait partie de sa destinée naturelle, ne résultent que des facultés natives de la connaissance et de la volonté non transfigurées et élevées au-dessus d'elles-mêmes.

DÉVELOPPEMENTS

587. — Le principe énoncé ci-dessus, évident en soi, est impliqué dans le dogme catholique, où la destination à la vision béatifique est donnée comme un pur effet de la grâce, parce que cetie vision dépasse toutes les forces de l'esprit. Les réformateurs ont complètement bouleversé ce principe, en imaginant pour l'esprit une destination naturelle ou requise par la nature, et en affirmant que les forces nécessaires à cette destination appartiennent à la nature. — La manière la plus facile de comprendre la félicité naturelle, c'est de l'envisager comme terme et résultat du développement de la nature dans les anges, surtout d'après cette conception thomiste que la volonté angélique a été affermie dans le bien par une seule et énergique résolution. Il n'en est pas ainsi de l'homme ; pour que son esprit atteigne à sa consommation définitive, il faut qu'il soit transféré dans un état supérieur, semblable à celui des anges, soit hors du corps, soit dans le corps lui-même, sous une influence divineparticulière. Cette influence est surnaturelle par rapport à l'état actuel, mais naturelle parce qu'elle est une condition indispensable du développement parfait et continu des forces qui sont dans la nature de l'esprit.

Or, quelques théologiens croient que cette consommation le l'homme demande de toute nécessité que l'âme vive éternellement dans le corps, qu'on n'a pas besoin par conséquent de considérer la résurrection du corps après la mort comme ne faisant point partie essentielle de la destination naturelle de l'homme, sous prétexte qu'elle ne peut être opérée que par un miracle. Sans doute, disent-ils, elle ne résulte pas du développement des forces naturelles, mais elle a pour but la persistance de la nature elle-même; or,

cette persistance est conforme à la notion de l'homme comme image visible de Dieu, et au penchant naturel de rame pour le corps.

Cependant la plupart des théologiens hésitent avec raison à considérer comme appartenant à la destinée essentielle de l'âme sa vie bienheureuse dans le corps, ou « le salut de l'horam^e tout entier, » d'autant plus qu'une telle vie. pour être véritablement heureuse et immuable, implique entre l'âme et le corps un rapport tout nouveau, impossible sans une transfiguration miraculeuse de l'un et de l'autre. (Voy. ci-dessous, § 175 et suiv.)

588. — V. Dien a proposé à la créature comme but de ses efforts et de ses tendances, sa consommation naturelle, de manière qu'elle puisse y atteindre par sa libre activité, ou du moins se rendre digne du secours d'en haut qui lui est nécessaire pour cela, et l'acquérir en récompense de sa conduite. Mais ce droit d'arriver à sa consommation en se comportant comme elle doit, n'est pas, en dehors d'une promesse divine spéciale, un droit strict au concours de Dieu (un droit fondé sur la justice commutative) ; il est fondé sur cette raison que celui qui se comporte comme l'exige la dignité de sa nature, doit acquérir le bien auquel Dieu a destiné la nature en la créant, le bien qui constitue sa destination naturelle (droit de justice distributive ou providentielle). Voyez livre II, n. 609 et suiv. C'est donc un droit naturel en ce sens seulement que Dieu lui-même, en créant la nature, a mis en elle un droit hypothétique ; il ne peut donc pas s'étendre plus loin.

589. — VI. De là résulte la notion de l'ordre naturel, où la créature raisonnable est établie par le fait de sa création. Cet ordre est fondé sur la coordination de la créature raisonnable à sa consommation en Dieu et par Dieu ; il correspond à l'état où la créature raisonnable doit être à l'égard de Dieu, soit comme sa créature, soit comme être raisonnable. Il consiste soit dans le bien que Dieu lui accorde pour atteindre ce but, soit dans les biens que la créature réalise, acquiert, utilise et goûte pour se conformer à cet ordre.

Mais les biens et les lois compris dans cet ordre laissent

une certaine latitude, notamment quand il s'agit d'atteindre le but '"n^e manière plus complète et plus facile; Dieu peut et doit même en partie y intervenir par des dispositions positives, par des œuvres et des manifestations surnaturelles dans la manière dont elles se produisent, sans dépasser Tordre de la nature et sans fonder un ordre nouveau et plus élevé.

590. — C'est une erreur aujourd'hui fort répandue que l'ordre de la créature raisonnable, tel qu'il apparaît ou qu'il a été restauré dans le christianisme, n'est pas autre chose au fond que l'ordre naturel, sauf les institutions positives qui y ont été ajoutées pour l'améliorer et pour détruire le désordre introduit par le péché. C'est justement le contraire qui est vrai. Dieu, dès le principe, a proposé à la créature raisonnable un but surhumain, il Ta placée vis-àvis de lui dans un rapport surnaturel en lui accordant des dons supérieurs. Et c'est ainsi qu'il a renouvelé un ordre de choses, qui, après avoir été bouleversé par le péché, ne pouvait, à cause de son caractère surnaturel, être restauré, affermi et consommé que par le mystère, plus grand encore, de l'exaltation de la nature humaine à l'unité personnelle avec le Fils de Dieu. Il est donc nécessaire de traiter de cet ordre surnaturel immédiatement après la doctrine qui s'occupe de la création de la nature ou du cosmos naturel.

591. — Comme la révélation, en traitant de l'ordre surnaturel, passe en revue ses divers éléments et apprécie leur caractère surnaturel, nous démêlerons, en étudiant cet ordre, tout ce qui ne fait point partie de l'ordre de la nature; nous en vérifierons le contenu et la limite, non-

t seulement d'une manière abstraite et en traits généraux, mais d'une manière concrète et dans le détail. Nous verrons surtout que l'homme, quand il a été créé, n'avait pas besoin, pour les fins qu'il devait atteindre, de recevoir des aptitudes supérieures à celles qui découlent de la constitution de sa nature ; nous constaterons enfin la possibilité de « l'état de pure nature, » dans le sens où l'entendaient les anciens théologiens contre les jansénistes.

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