ET DONS SURNATURELS DE LA CRÉATURE
592. — La plupart des ouvrages dogmatiques, dans la partie où ils s'occupent de la doctrine de la création, ne traitent directement que du fait des dons surnaturels accordés aux anges et aux hommes. S'ils donnent quelques vues générales sur le caractère surnaturel de ces dons, ils ne traitent avec détail que de la nature et de l'importance des dons inférieurs de l'intégrité. Quant à l'essence et à la valeur de la grâce sanctifiante, ils ne les étudient que plus tard, à propos de la justification qui suit le péché; de sorte que l'ordre surnaturel proprement dit, et la pleine signification de la grâce sanctifiante, qui est le principe de cet ordre, ne sont exposés nulle part dans un ordre méthodique.
Saint Thomas, il est vrai, procède de la même manière, dans sa théorie de la création; mais, dans sa Première- Seconde, sous le titre : De motu créât urœ rationalis in Deum, il développe la théorie systématique de l'ordre surnaturel édifié sur Tordre de la nature ; il lui assigne pour but la vision béatifique; pour moyens, les vertus infuses, et pour principe, la grâce.
Le Maître des Sentences lui-même, après la théorie de la création (dist. xix-xxxii), s'occupe immédiatement de la chute et y rattache les dons du premier homme seulement en tant qu'ils sont la condition préalable de la culpabilité de la chute (scientia, dist. xxiii, et sanitas liberi arbitrii, dist. xxiv-xxv). Cependant il trace immédiatement après (dist. xxvi-xxix), les grandes lignes de toute la théorie de la grâce. C'est également en cet endroit qu'elle est traitée par les commentateurs (surtout saint Bonaventure, Scot, ^gid., Denis-le-Chartreux, Estius).