‹ La Théologie dogmatiqueChapitre 52 sur 88 · Ces deux formes fondamentales du surnaturel · texte numérisé non relu

Ces deux formes fondamentales du surnaturel

sont étroitement unies dans le christianisme. La seconde est la racine et le couronnement de la première, non-seulement dans l'humanité de Jésus-Christ, mais encore dans l'humanité en général, du moins après sa chute, à cause de son incorporation à Jésus-Christ. Elles sont donc reliées ea fait dans un seul ordre surnaturel. Cependant, la vision béatifique, terme surnaturel de la créature raisonnable, exige déjà par elle-même un ordre surnaturel des biens et de la vie, à prendre celle-ci comme principe et comme acte. Elle demande que d'autres dons surnaturels soient mis en rapport avec la fin surnaturelle, comme des moyens, des préparations qui s'y réfèrent directement et qui participent ainsi de son caractère surnaturel.

On distingue donc ici : 1° le surnaturel béatifiant et glorifiant, — EuSatpLovtxov ou ôo^aaxixov : c'est la vision béatifique elle-même, comme acte ou comme principe de l'acte, — lumen gloriœ; 2° le surnaturel sanctifiant, — xa6' àTia(y[j.ov, qui consiste dans un état, dans une vie d'union et de ressemblance à Dieu précédant la vision béatique et rendant digne de la posséder; 3^ le surnaturel quant à sa vertu sanctifiante — xa6' ayi acxDcyiv Suvajjitv, c'est-à-dire les dons et les actes qui préparent et achèvent l'état et la vie de sanctification. Sous ce dernier rapport, il se confond, pour la chose, en partie avec la seconde forme; mais sous le premier rapport, en tant qu'il prépare la sainteté, il comprend une espèce particulière de dons et d'actes.

602. — III. On appelle surnaturel relatif ce qui est surnaturel pour la nature humaine, et non pour celle des anges; il se borne à élever la nature humaine à un degré de perfection naturelle non-seulement à Dieu, mais aux anges. On comprend dans cet ordre les dons qui affranchissent la nature humaine des imperfections matérielles résultant de la vie animale et même de la vie spirituelle, ou plutôt qui la protègent • contre les troubles involontaires que ces imperfections apportent dans sa vie, comme les anges eux-mêmes en sont affranchis ou garantis par nature.

603. — Ce surnaturel relatif se distingue du surnaturel absolu non-seulement par son degré d'élévation, mais

encore rormellement et dans son rapport avec la nature pour laquelle il est surnaturel. Ainsi le surnaturel absolu dépasse tellement toute la nature des anges et des hommes, qu'il la perfe ctionne positivement dans sa « pointe la plus élevée, » et y dépose le germe d'une vie en Dieu entièrement nouvelle. Le surnaturel relatif se borne à perfectionner la nature humaine dans les limites de cette nature, en soumettant parfaitement les parties et les forces inférieures aux parties et aux forces supérieures, en atifranchissant les forces d'en haut de l'influence pernicieuse des forces d'en bas. Il n'introduit pas dans la nature le germe nouveau d'une vie nouvelle; il garantit seulement la vie existante contre ce qui pourrait la troubler et la corrompre; il assure aux forces et à la substance de la nature une tranquillité et une solidité parfaites, la conservation et le développement de sa vie. C'est un état de santé et d'intégrité parfaite (chez les Grecs, à<p6apaia, incorruptiOy immunitas a corruptione et perturbatione ; chez les scolastiques, hitegritas, vigor et vivacitas) dans la nature et dans la vie naturelle ; une exemption de tout mal, soit du mal du désordre (libertas a peccato ou innocentia), soit du mal de la douleur et de la destruction (libertas a miseria).

604. — La différence du surnaturel relatif et du surnaturel absolu est si importante que les scolastiques appellent souvent le premier, comparé au second, un « bien naturel, » c'est-à-dire un bien qui assure simplement à la nature la conservation, le développement parfait d'ellemême. Son absence laisse survenir des maux qui restreignent la liberté morale et l'empire du principe spirituel , dans l'homme; il est indispensable pour que l'esprit puisse déployer complètement sa force et son excellence naturelle. Il n'établit donc qu'un « état de nature parfaitement conforme à l'état rationnel. » (Cajetan.)

Cependant il était à craindre qu'insistant sur cette différence avec le surnaturel absolu on ne supprimât, dans les termes, la notion du surnaturel; c'est pourquoi on désigna plus tard le surnaturel relatif par le terme de préternaturel. Il apparaît ainsi, d'une part, comme hors de la nature et par conséquent surnaturel, et, d'autre part, comme agissant simplement à côté du naturel sur le propre

domaine de la nature ^. D'autres prétendent sauvegarder le double caractère du surnaturel relatif en disant qu'il est naturel dans sa substance, c'est-à-dire par son contenu et sa valeur, et qu'il n'est surnaturel que possessive, en co sens que la nature n'a pas la force de le produire et le droit de l'acquérir. Mais en s'exprimant ainsi, on court grand risque de le confondre avec le surnaturel qiioad modum, dont la notion convient en effet à cette sorte de secours par lequel Dieu permet à l'homme de surmonter les difRoLiltés que lui suscitent ses faiblesses naturelles dans l'accomplissement de sa destination morale essentielle; il se borne à fortifier l'esprit, à le guérir, sans l'élever à une perfection d'une espèce supérieure. Or, les dons dont il s agit ici ne sont pas considérés comme un pur secours donné à l'homme pour atteindre à sa destination essentielle. En aidant l'homme non-seulement à surmonter ses faiblesses naturelles, mais à les supprimer tout-à-fait, ils lui permettent de satisfaire à de plus hautes exigences que celles que lui impose sa destination morale essentielle (ils ne lui permettent pas seulement d'accomplir la justice, facere, mais de l'accomplir parfaitement, perficere) ; ils lui fournissent les moyens, malgré la corruption de sa nature, d'être aussi affranchi des faiblesses morales, des souffrances, que les anges euxmêmes, par conséquent d'atteindre à une destinée plus haute que celle qui peut et doit lui revenir en vertu de son essence ou de sa nature.

605. — Si donc on veut rigoureusement maintenir le caractère surnaturel de ces dons, il ne faut pas les consi-

^Chez les Pères grecs, le Trapà cpuaiv, comme chez plusieurs Pères latins le prœter natura-m — contra naturam, exprime l'opposé de la nature ou de la tendance de la nature, le contraire de ce qui est îcara çuffiv, secundum natura^n, soit qu'il empêche son action [par exemple le feu de brûler] , soit qu'il blese ses biens ou ses droits [malum] . Ce dernier sens du contra naturam ne peut avoir lieu ici, puisqu'il s'agit d'un bien préternaturel. Quant au premier sens, il ne nous intéresse présentement qu'autant que le préternaturel suspend les conséquences naturelles de l'union de l'esprit avec le corpJ terrestre.

Or, non-seulement le préternaturel ne contrarie pas la tendance de l'esprit vers ce qui lui est bon, mais il lui procure un bien qui permet k l'excellence et à la vertu de l'esprit de se déployer dans toute son étendue. Cependant l'emploi du préternaturel, dans notre sens, est passablement nouveau. Voyez sur son usage et sa justification, Schrader, loc. cit., p. 211 et suiv.

dérer seulement comme une santé parfaite de la nature humaine, mais comme une santé surhumaine, céleste, spirituelle, comme une pureté, une beauté angélique, produite par une purification miraculeuse, une spiritualisation de la nature terrestre et animale, par conséquent comme une exaltation, une transfiguration de l'image visible de Dieu dans l'homme en la parfaite ressemblance de Dieu.

C'est ce que font surtout les Pères grecs; ils considèrent même ces dons comme une sorte de déification de l'homme, d'autant plus que les perfections qui y correspondent dans les anges sont désignées comme quelque chose de divin, que l'homme les reçoit, non pas des anges, mais de Dieu même, par une révélation miraculeuse de sa magnificence et par l'inhabitation surnaturelle de son propre esprit.

On doit d'autant plus les envisager à ce point de vue que sous leur forme originaire, dans le paradis, ces dons ne devaient valoir que comme un prélude de la transfiguration future de l'homme par la gloire du corps, qu'ils se rapportent à celle-ci et constituent un même ordre, comme la sainteté en ce monde et la vision béatifique dans l'autre; ou plutôt ils ne sont dans cette double phase qu'un pendant de la déification de l'àme. De là vient que les Pères grecs les comprennent avec celle-ci sous le nom commun d'açôapaïa. Dans la langue de saint Augustin, au contraire, comme nous Talions expliquer plus loin, le surnaturel absolu luimême, la sainteté de l'âme, est comprise avec l'intégrité (dans le sens expliqué plus haut) sous la notion d'intégrité et de santé, de liberté et de possibilité, de bonté et de justice naturelle ou originelle.

DÉVELOPPEMENTS

606. — En soi, le mot« surnaturel » se prête encore à d'autre sens, et c'est justement pour cela qu'on s'est fait, principalement de nos jours, de fausses idées sur la signification théologique de ce terme. Ainsi : 1^ on a appelé surnaturel l'esprit et la vie de l'esprit, par opposition à la nature matérielle, comme s'il pouvait y avoir du surnaturel dans l'esprit ou dans la nature matérielle. 2** Dans l'esprit lui-même on a appelé surnaturel (Kulin surtout) la liberté

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