IV. — III. DOGMATIQUE
de la créature au-dessus de son état ou de son rang, et audessus de ses forces naturelles, mais il faisait l'un et l'autre d'une manière différente. Il ne concevait pas que la nature pût être élevée au-dessus de son état naturel, parce que, selon lui, s,i dignité native était si haute qu'elle pouvait prétendre à tout ce qui rentrait dans sa vocation effective. Au contraire, l'élévation au-dessus des forces naturelles n'était pas inconcevable, parce que la créature n'avait besoin d'aucune influence surnaturelle du Saint-Esprit, mais parce que cette influence ne trouvait pas devant elle une force déjà vivante à transfigurer et à ennoblir, mais une force purement inerte, et qu'elle devait l'aider à acquérir l'énergie qui lui était nécessaire dans sa sphère d'action naturelle. Cependant, ainsi qu'il parait d'après Baius, si l'animation de la force inerte ne consistait p'-.s dans la concession d'une aptitude physique supérieure, mais dans la concession d'un penchant à agir; si elle n'avait pas pour but de susciter, d'éveiller une furce sourde ou iateate, inerte par elle-même, il n'y aurait plus ni exaltation réelle de la force, ni élévation de l'état de la créature, puisque la créature contiendrait en elle-même le germe de la vie sainte au même titre qu'elle y serait appelée et y aurait droit.
Quoi qu'il en soit, Baius, sous l'une et sous l'autre forme, fait de la vie de sainteté, — quoiqu'elle dépende essentiellement d'une influence du Saint-Esprit et d'une assistance divine, — une chose à laquelle la créature raisonnable est appelée et a droit par son excellence naturelle. Cette vocation supérieure n'exige pas une transfiguration des aptitudes naturelles.
C'est en ce sens qu'il disserte constamment contre l'adoption in filium Dei et contre le consortium divinœ naturœ qui en dépend, en tant que ce dernier doit contenir, pour correspondre à la qualité adoptive d'enfant de Dieu, une ressemblance à la gloire et à la vertu de la nature divine; puis contre « l'inhabitation du Saint-Esprit *, » en
1 Dans le « consortium divince naturse » il ne voit (De mer. op., lib. II, cap. i) qu'un « divinum consortium » équivalent à un « adjutorium Dei, » lequel est uniquement requis, « quia natura non taies facti sumus, ut sine » divino adjutorio ac consortio bonum fiât. »
tant qu'elle exprime une alliance de Dieu avec la créature correspondante à l'adoption et au consortium divinœ naturœ et qu'elle lui sert de fondement.
642. — On voit aussi par là que Baius ne contestait pas seulement la gratuité des dons de sainteté, leur concession en vertu d'une pure condescendance divine ; il altérait encore leur nature intime et leur importance, notamment la nature et la valeur de la grâce gratum faciens; car il ne réclamait l'influence du Sain^-Esprit que pour ki production des bonnes œuvres, et quand il l'admettait non-seulement çomme un simple mouvement actuel, mais comme une aptitude, un pe .chant habituel, cette aptitude (habitus) ne signifiait que ceci : c'est que l'esprit devenait par là moralement bon et non pas mauvais ; il pouvait faire valoir d'une manière durable sa dignité naturelle et répondre à sa voca* tion innée. Elle n'exprimait pas un état plus élevé, status leificus {prop. 7), qui fait de la créature un enfant adoptif, un associé de la nature divine, un temple du Saint-Esprit, lui confère une valeur, une noblesse, une force supérieure à celle qui lui revient naturellement, fait d'elle l'objet spécial de l'amour de Dieu, donnant ainsi aux actes de la créature qu'elle supporte et qui ont en elle leur racine un prix plus élevé, à cause de la valeur supérieure qui se trouve soit dans la personne, soit dans les actions produites par des forces [jIus excellentes *.
De là vient que dans Bai xs et Jausénius la grâce habituelle joue un rôle tout à fait secondaire 2 et n'est guère admise que comme grâce actuelle, permanente ou comme effet de cette grâce. Baius allait même jusqu'à faire consis-
* Baius a même un chapitre spécial (De meritis opermn, lib. II, cap. m) jjour élal>lir que l'union avec le Saint-Esprit et son influence sur les œuvres • le la créature donne si peu à ces oeuvres une valeur particulière, qu'elles auraient le m^me prix si elles pouvaient être produites sans cette union.
' il dit k ce propos (De caritate, p. 91) : « An vero prseter hune animi motum,
• qui charitas dicitur, alla qutjedam habitualis atque accidentalis qualitas in . voluntate ponenda sit, quœ etiam charitas nuncupetur, non magnopere
> contendendum existimo; quia facile Intel ligi potest non tantum anims " motum, sed etiam conformera aliquem habitum diffundi posse in cordibui
• noUris per S[)iritum sanctum, qui datus est nobis; sed an in Scripturis
> sacris reperiri queat distincta et aperta hujus habitus mentio sub nomine ■ charitatis, aliaqutestio est, quam nihil opus esse duxi hoc loco discutere, » quia, actu coguito, facile est in habitus cognitionem venire. »
ter l'essentiel de la justification, par son côté positif, dans « l'obéissance aux commandements, » ce qui obligea l'Eglise à rappeler qu'elle consiste in gratta aliqua animœ infusa, qua adoptatur honio in filiiim Dei et secundum interiorem honiinem renovatur ac divinœ naturœ consors redditur, tii, sic per Spiritum Sanctum renovatus, deinceps bene vivere et Dei mandatis dbedire possit ^. De là vient encore que Baius ne mettait point de différence essentielle entre jiistitia per Spiritiim caritatis inhdbitanicm et justitia per Spiritum, sanctum luspirantem (prop. 63).
643. -— Ainsi, la condamnation par l'Eglise de toute cette doctrine de Baius, condamnation qui fut dans la suite opposée à la théorie plus raffinée de Jansénius, contient une sanction formelle et passablement développée de la doctrine ecclésiastique concernant le caractère surnaturel de la destination effective et des dons de la créature raisonnable, et en particulier concernant la nature et l'importance de la grâce habituelle comme état surnaturel. Dans cet état, la créature est élevée à la participation de la nature divine, d'une part, par une adoption, un accueil amoureux du côté de Dieu ; d'autre part, par une condescendance de Dieu vers sa créature, ou par la présence de i'Esprit- Saint qui réside en elle, et qui fait qu'elle r.articipe à l'excellence, à la sainteté et à la gloire du Très-Haut. Il est vrai que par sa nature elle est déjà apte et appelée à un certain degré de félicité et de moralité, mais ce degré est bien moindre que celui où elle est élevée par la grâce.
DÉVELOPPEMENTS
644. ~ On peut dire, sans doute, de quelques-unes des propositions censurées de Baius qu'elles ont été surtout condamnées à cause de l'aigreur et de l'impertinence avec lesquelles Baius critique et maltraite la doctrine des scolastiques. D'où il suit que la doctrine critiquée par lui ne peut pas de prime abord et en vertu de la censure être considérée comme sanctionnée par l'Eglise, mais seulement comme protégée par elle. Cependant la doctrine contenue
* Cette antithèse n'est pas dans'^Baius même, mais dans la Bulle, qui Ta formulée contre lui.
dans ces sortes de propositions de Baius découle essentiellement d'"^ principes qu'il énonce en termes absolus dans d'autres assertions condamnées par l'Eglise. Il suit donc de la condamnation absolue de ces dernières propositions que l'Eglise a voulu, en condamnant les premières, protéger non-s-iulement une doctrine tolérée par elle, mais encore sa propre doctrine.
On a prétendu le contraire, surtout au sujet des propositions 23, 34, 36, qui traitent du caractère surnaturel de l'amour de charité, parce que Baius ne le nie pas purement et simplement dans toutes ces propositions, mais qu'il se contente de le traiter « d'absurdité, de vertige, » etc. Or, c'est précisément au sujet de ces propositions qu'il ne peut y avoir de doute sur la manière dont il faut entendre la censure de l'Eglise. La bulle Auctorem fidei déclare en effet qu'elle a déjà condamné dans Baius et Quesnel, et cela non-seulement comme scandaleuse, mais comme fausse et erronée, cette doctrine que la « justice intérieure » cum impuisu in Demn per amorem charitatis correspond « aux exigences innées de la nature humaine. »
645. — Baius prétendait avoir puisé sa doctrine dans saint Augustin, et sur plusieurs points il avait eu pour devancier, parmi les théologiens scolastiques, l'augustin Grégoire de Rimini, qui se targuait, lui aussi, de réformer la scolastique en remontant à la doctrine de l'Eglise primitive et à saint Augustin. De là vient que dans le cours des 17« et 18« siècles, pendant les querelles du jansénisme, plusieurs augustins, qui s'appelaient les « augustiniens par excellence, » ainsi que quelques autres théologiens, enseignaient, comme étant de saint Augustin, une doctrine analogue à celle de Baius, et qui les a souvent fait accuser de baianisme. Ils cro3^aient établir entre eux et Baius une distinction suffisante en disant que l'Eglise avait simplement condamné dans Baius la doctrine que voici : la grâce habituelle, c'est-à-dire, selon eux, la charité habituelle et les autres vertus qui concourent au salut sont dues à la créature et sont même une propriété naturelle; mais elle n'a pas condamné cette doctrine que Dieu devait à la nature ou se devait à lui-même, débita decentiœ, débita pravidentiœ ardinatœ, de l'aider au moins par une influence actuelle à mener
une vie cligne de la vie éternelle, qui est sa fin naturelle, par conséquent à acquérir l'amour actuel de charité. Dieu se doit à lui-même de le faire, s'il ne veut p*^* lr'9P.3r tomber la créature dans le dernier excès de la miL- -rc ^
Or, nous avons vu le peu d'importance que Baius attache à la charité habituelle (il la nie plutôt complèteiiient qu'il n'en fait une propriété de la nature) ainsi qu'à la « propriété naturelle; » nous avons vu que son unique objet est de faire admettre un debitum adjutorii Spiritiis sancti pour atteindre à la vie éternelle. En tout cas, le «, tempérament » des augustiniens, comme ils l'appelaient eux-mêmes (et c'est une remarque qui a rarement été faite), s'accorde pour la lettre et pour le sens avec le « tempérament, » plus fort encore à certains égards, ou, pour mieux dire, avec l'explication plus précise que Jansénius a jointe à la doctrine de Baius (voy. ci-dessus, n. 638) ^.
Après la bulle Auctorem fidei, qui enseigne la gratuité absolue de « l'impulsion vers Dieu par l'amour de charité, » ces échappatoires ne sont plus admissibles. Du reste, la grâce habituelle elle-même n'a pas beaucoup de valeur pour ces théologiens, puisque, selon eux, elle ne saurait être donnée pour rendre digne de la vie éternelle la créature qui en est déjà digne par elle-même, et qu'ainsi elle n'a que la valeur d'une bonne disposition habituelle. Il n'y a qu'un cas où l'on pourrait dire que la doctrine des augustiniens n'est pas formellement condamnée .: il faudrait qu'ils crussent sérieusement que l'homme peut, sans l'amour de charité; être bon de quelque manière et produire quelque bien, encore qu'il ne soit pas parfaitement bon.
646. — Du reste, le moyen le plus simple d'en finir avec tous les subterfuges sur le sens de la doctrine que l'Eglise a formulée contre Baius, nous est fourni dans un commentaire authentique donné par Grégoire XIII à l'occasion de la confirmation de la première bulle contre Baius. On peut en effet considérer comme tel le document dressé en 1585, par la faculté de Louvain (rédigé par Lensseus), sur l'ordre du nonce apostolique, et intitulé : Doctrinœ ejtis, quam certo-
* Voy. Berti, De theol. dise, addit. ad lib. XII, cap. m.
* Voy. aussi Berti, Apologia, disput. II, cap. ii, § 6, et cap. m, § 1 et 2.
runi nrticulornm âamnatio postulare visa est, brevis et, quoad fieri potuit, ordinata et cohœrens explicatio (réimprimé en appendice dans Opéra Baii; Cologne, 1696, pg. 161). On y montre aussi, en termes excellents, que la doctiine de saint Augustin a été mal reproduite dans les propositions de Baius. En voici quelques extraits, cap. ii-iii, ad prop. 21- 24, n. 26 : « Neque id verum arbitramur « humanae naturse » sublimationem et exaltationem in divinse naturae consor- » tium debitam fuisse primse conditionis integritati, proin- » deque naturalem dicendam fuisse, non supernaturalem ; » » tantum abest ut « absurdam » censeamus « illorum esse )> sententiam, qui hominem asserunt dono quodam super- » na^urali et gratuito, supra naturse suœ conditionem fuisse » initio exaltatum, ut fide, spe et charitate Deum superna- » turaliter coleret, » aut « a vanis et otiosis hominibus » secundum philosopliorum insipientiam excogitatum esse » quod dicitur hominem sic ab initio constitutum, ut per » dona De! naturas superadiata fuerit largitate Conditoris » subMmatus et in Dei filium adoptatus. » Neque enim » tantum honoris et gloriœaut hiimanœ naturœ ratio postidabat, y> aut simp/icis cujuspiam innocentiœ reqiiirebat integritas : » quasi videlicet aut non potuerit esse homo, nisi tam » (livina esset sapientia praeditus ; aut nequiverit esse » rectus atque ab omni vitio liber, nisi tam praeclaris esset » animi dotibus exornatus, tantaeque similitudinis ac socie- » tatis excellentia suo Conditori propinquus.
» Itaque supra eum sen^uni quem habere naturaliter de » suo Conditore potuit, quia mente ac ratione praeditus » erat, supraque eum afFectum quo de naturse viribus in » suum benefactorem valuit assurgere, sapientiae divinioris » infusuni est iumen, quo illustrata mens hominis non » cognitione modo sublimiore, verum etiam praestantiore » dilectione suo Conditori tanquam parenti et amico, velut » unus eum eo spiritus, arctissimo societatib vinculo junge- » retur. Ad eum vero linem ultimum, qui in Dei clara » visione positus est, quo niliil homini contingere possit » aut sublimius ad gloriam, aut efflcacius ad exuberans et » inamissibile gaudium, quando suis natura viribus eniti » aut pertingere pctuisset, nisi magna dignatione Dei et » munilica planeque liberali ejus benignitate eo fuisset des-
» tinata, ordinata et evecta ? Nam et servili conditione » facere hominem potuit, qui pro suis obsequiis aliam nul- » lam mercedem exspectaret ; ac tametsi non potuisset » alicujus su9e felicitatis fine frustrari, longe minoris tamen » beatitudinis inseri potuit appetitus, ut sublimiori illa » nulla molestia careret.
» At nunc iiominem Deus tanto honore et gloria coronare » dignatus est, ut non servus tantum esset, sed et filius, » nec vulgarem sibi ânem haberet propositum, sed eum quo » excellentior bonisque ad felicitatem pertinentibus cumu- » latior ne fingi quidem posset. Eam autem institutionls » liumanse dignitatem, etsi non improbanda quadam ratione » possemus dicere naturalem, tum quia cum ipsa natura » exorta est, quomodo et lisec cominunis originis vitia natu- » ralia esse dicuntur, ûum quia naturse liuman^ apprime » conveniunt eamque et perflciunt et exornant : rectissime » tamen supernaturalem quoque dixerimus dicendamque » arbitramur, quod humanse naturae longe exsuperans facul- » tateni, singulari beneficio et virtute Conditoris ei super- » addita sit; quo factum est ut utroque sermone veteres » uterentur, et quam sanctus Léo Pontifex naturalem » hominis appellavit dignitatem, Athanasius et eum secu- » tus Cyrilius supernaturalem dixerit.
» Ex quibus non difflcuiter inteiiigi potest ipsam seter- » nam vitam, quae Angeio et liomini in perseverantiae suae » praemium promissa fait, non tantum mercedem justitise, » sed et gratiam dici debuisse. Quemadmodum enim jam » post liominis lapsum vita aeterna ab Apostolo dicta est » gratia, propterea quod, interprète D. Augustino, justitia^ » cui redditur^ magno divinae gratiae beneficio tribu.'jtur; » ita etiam integro homini vita îBterna futura fuerat gratia, » quod ea divini consortii fîliationisque dignitas, ex qua » jure quodam tantse lisereditatis capessendge pollebat » (juxta id quod ab x^postolo Pauio expressum est : Si filii » et hœredes), plane gratuito, sicuti antea dictum est, » indebitoque divinae erga hominem dignationis beneficio » homini, cum crearetur, fuerit attributa... Itaque nisi et » hominem Deus ea personse qualifate exornasset, qua » cœlesti regno dignus esset, et hoc ei sua liberalitate in » justitise praemium promisisset, nulla ejus meriti potuisset
» constare ratio, cui vita seterna justitiae lege deberetur;
» non eniiii ob boni operis naturam seterna vita bene ope-
» ranti est débita, sed sic konorabitur, qiiem rex votuerit
» honorare. »
647. — II. En ce qui est du surnaturel relatif dans l'homme, Baius disait : Tous les maux, tous les défauts qui sont contraires à la nature, qui troublent de quelque manière son bon ordre et empêchent son entière félicite, Dieu devait les écarter de l'homme innocent; autrement l'homme serai mauvais et malheureux sans qu'il y eût de sa faute. Et voici notamment ce qu'il écrivait, au chapitre iv, De prima hominis JHstificatione : « La parfaite soumission des instincts sensibles et des mouvements du corps à l'esprit fait partie de l'intégrité absolument nécessaire au premier homme. » T^a bulle de Pie V lui attribue en outre cette proposition que « l'immortalité n'était pas un bienfait de la grâce. »
648. — - Relativement à l'immortalité, cette doctrine est expressément condamnée *. Baius soutient en outre que « tous » les dons qui existaient dans le premier homme et qui .ont été perdus depuis. Dieu était obligé de les lui accorder. Cette doctrine a été censurée dans la proposition 55 : Deiis non potnisset ah initio îalem creare hominem qualis nunc nascitnr. Le mot qualis évidemment ne se rapporte pas à la culpab.lité de l'état actuel et à la position de l'homme résultant de cet état, mais à la constitution de la nature avec laquelle l'homme naît maintenant en suite du péché, c'est-cà-dire du premier péché, et non des péchés des autres parents (notammont des vices invétérés et qui passent aux enfants); car la proposition qui est ici condamnée ne serait pas réi)réhens:ble, parce qu'elle ne serait pas fausse, si Dieu avait dû nécessairement conférer à l'homme encore innocent un seul des dons qui se sont perdus dans Adam. Sur l'exemption de la concupiscence, la proposition subsiste d'autant mieux que c'est précisément à son sujet que Baius l'a énoncée.
DÉVELOPPEMENTS
6^9- — Nous n'invoquons pas ici, comme d'autres le font, la proposition 26 : Integritas primœ eondilionis non fuit inde-
* Prop. Lxxviii, et surtout plus tard dans la Bulle Aucturem fidei, n. 17.
hita hiimanœ naturœ exaltatio, sed naturalis ejiis conditio; car Baius comprend (^.ans Vintegritas débita iloc. cit., cap. iv), non-seulement l'exemption de la concupiscence, mais aussi la sainteté. La proposition est donc déjà fausse par cela seul que la sainteté apparaît comme une chose due. Contre la conclusion qui résulte de la proposition 55, on ne peut rien alléguer de raisonnable. On dit il est vrai que Baius (De peccato origin., cap. v) soutient la nécessité de l'exemption de la concupiscence par cette raison que la concupiscence serait un péché formel. Mais la bulle condamne la proposit on en termes absolus, parce qu'elle énonce une impossibilité générale, et non pas une impossibilité motivée de telle ou telle manière. Baius remarque lui-même (loc. cit.) que si Dieu créait l'homme avec la concupiscence, non-seulement celle-ci ne serait pas un péché, mais ne serait pas même un mal. De plus, selon lui, la concupiscence n'est pas absolument un péché; mais seulement en tant que « l'homme » non contrarium gerit mentis affectum.
Il est également superflu d'objecter que cette proposition est condamnée en vue de la proposition 26 (ci-dessus), comme si l'impossibilité avait signifie dans la pensée de Baius que l'exemption de la concupiscence fait partie de la substance de l'être de l'homme : la proposition 26 montre évidemment le contraire. Il est également inutile d'alléguer ici le « tempéramment » de Berti sur l'impossibilité secundum potentiam ordinatam vel decentiam créât oris, parce que Jansénius l'avait déjà employé pour expliquer Baius, et que les augusiiniens eux-m.êmes l'appuyaient sur cette raison de Baius que si l'homme n'était pas exempt de la concupiscence, non bene esse posset maloqne carere. De là cette déclaration du concile provincial de Cologne (an. 1860, Part, i, cap. xv) : A veritaie catholica illos aberrare asserimus qui docent Dei sapieniiam et bonVatem exegisse xit hominis gratiam sanctificantem, iminuaUatem a concupiscentia au' immortalitateni corporis conferret. Il faut reconnaître, au surplus, que la « gratuité de l'exemption de la concupiscence » n'est pas spécialement accentuée dans la condamnation de Baius; d'où vient qu'elle n'est pas aussi définitivement admise par plusieurs théologiens catholiques éminents, entre autres par Estius, que la gratuité des autres dons. Ainsi l'arche-
vêque de Vienne dans son Baianismus redivivus, publié en 1744, pour combattre la tendance de Belleli-Berti, y attache moins d'importance, et la bulle Auctorem phi (prop. 16 et 17) est conçue de manière à ne pas frapper directement les jansénistes sous ce rapport.
650. — Voici en quels termes la Déclaration de Loiivain dont il est parlé ci-dessus explique les deux propositions 55 et 78 : « Cum autem explicatum sit qualem quantumque » Deus hominem suae gratise beneficio prima ejus condi- » tione reddiderit : non magnum Jam fuerit concipere qua- » lem alioqui, hoc est quanto inferiori gradu sorteque » minore facere eumdem potuisset. Talis enim fieri potuit » qualis nunc nascitur, non quod peccator aut vitiosus » pravusque, qualis modo nascitur, institui a Deo potuerit, » sed quia corpore quidem fragili et mortali, quod necesse » esset temporum lapsu veterascere, inflrmari ac emori, » animo vero tardo, hebeti atque ad percipiendum verita- » tem difficile facili autem ad errorem et in voluptatem seu » oblectamenta sensuum pendulo pronoque. Tametsi enim » mori nunc pœna peccati sit, neque naturse necessitate, » quod pelagiani Yolebant, in hominum genus irrepserit, » sed ob transgressionis culpam, quae vitari ab homine » integro potuisset, inflicta sit : potuit tamen sic hominum » natura institui, ut ea in parte nihil distaret a pécore, et » esset ei mortis molestia nullo praecedente peccato suby> eunda.
» Verum quoniam gratuito Dei beneficio immortalis » creatus est, tantoque prse ceteris animantibus honore » donatus, ut posset, si vellet, nunquam mori, jure nunc ad » suae culpai reprehensionem audit : « Homo, cum in honor^ » esset, non intellexit; comparatiis est jumentis insipientibus et » similis factus est illis. » Itaque mortalitas, per quam mori » necesse est, nunc quidem hominis est pœna damnati, » propter non conservatam primse condltioiiis dignitatem, » quae, si ita Conditori visum esset, natura esse instituti » potuisset ; ignorantia quoque difflcultas, quemadmodum » Augustinus ait, etiamsi essent primordia hominis natu- » ralia, nec sic culpandus Deus esset. »