‹ La Théologie dogmatiqueChapitre 56 sur 88 · C. Il s'est formé de nos jours, parmi les théolo · texte numérisé non relu

C. Il s'est formé de nos jours, parmi les théolo

giens même catholiques, soit par une ignorance complète des décisions rendues contre Baius, soit par suite des malentendus qui existaient autrefois touchant ces décisions, il s'est formé relativement au sunaturel, des vues qui, chez un grand nombre, ressemblent complètement à celles de Baius, et qui, chez la plupart, tiennent le milieu entre le baianisme et le pélagianisme. Ces derniers, contrairement aux pélagiens, admettaient l'existence, et, avec Baius, le debitum, l'origine naturelle des dons relativement surnaturels; ils l'admettaient même plus résolument que Baius (surtout en ce qui concerne l'exemption de la concupiscence).

Par contre, ils niaient avec Baius le surnaturel absolu, c'est-à-dire l'adoption à la vie éternelle, le consortium, divines naturœ qui y correspond, et une vie religieuse et morale supérieure, essentiellement différente de la vie purement naturelle. Ils croyaient aussi avec Baius que l'homme est enfant de Dieu par nature, du moins ils appelaient « filiation » le rapport naturel de l'homme à Dieu, et ils voyaient dans le but effectif de l'homme sa destination naturelle.

Mais tandis que Baius, partant de la fin de l'homme, fait essentiellement dépendre d'une influence du Saint-Esprit la vie morale qui conduit à la vie éternelle; tandis que, rejetant la double vie morale^ il considère les forces essentiellement religieuses et morales de la nature comme mortes ou du moins absolument inertes, la nouvelle doctrine dont il s*agit part de la notion d'une nature spirituelle essentiellement vivante, juste en soi et diamétralement contraire à celle de Baius. Selon elle, la vie qui se développe avec le secours de Dieu est celle-là même par laquelle l'homme, quand il n'a point de péché, peut mériter la vie éternelle.

De même donc que la conception de Baius, en soi et dans ses conséquences, correspondait à celle de l'ancien protestantisme théologique mystique, suivant lequel le christianisme a pour objet de combler le vide absolu de la nature, de couvrir sa malice fondamentale et d'y opposer un contrepoids; de même cette dernière se rapprochait du protestantisme rationaliste et naturaliste, aux yeux duquel le christianisme tout entier n'est qu'une institution destinée à

subvenir à Thomme naturel comme être raisonnable, et entraîne la rémission obligatoire des péchés.

Dans le siècle dernier, malgré l'opposition flagrante q^ii existe entre les deux erreurs relativement aux forces naturelles de l'homme, le passage de l'ancienne erreur à la nouvelle s'accomplit presque involontairement et sans qu'on s'en aperçut, parce ;^ue les propositions de Baius et de Jansénius sur les forces naturelles de l'état primitif pouvaient aussi bien, plus facilement même, s'entendre dans le sens de forces essentielles, et que l'idée d'une destination essentielle sans forces essentielles est une absurdité insoutenable. De là ce phénomène remarquable qu'en ce point comme en une foule d'autres, le jansénisme et le rationalisme ont longtemps vécu en paix, notamment pendant la période joséphiste.

DÉVELOPPEMENTS

652. — La théorie du surnaturel telle queTentend le rationalisme moderne a été surtout préparée par Stattler, puis développée dans ses suites logiques par Hermès, Gunther, Hirscher et Kuhn (ce dernier toutefois se rapprochait davantage des idées de Baius et il revint plus tard sur ses pas). Pendant plusieurs années elle régna presque exclusivement dans la théologie allemande, jusqu'à ce queKleutgen, le premier, la combattit solidement et sous toutes ses faces {Théolog., t. II). C'est elle que nous aurons surtout en vue dans la suite de notre exposition, d'autant plus qu'en la combattant nous nous occuperons directement de la notion du surnaturel, en tant qu'il s'élève au-dessus du bien de la nature, et que cette théorie repose sur ce principe, exacte en lui-même, que la nature contient en soi, nécessairement, une disposition active, religieuse et morale, pour le surnaturel.

653. — C'est en ce sens qu'une décision avait été préparée pour le concile du Vatican. Jusqu'ici, voici la seule déclaration qui ait été faite dans la prmière constitution, à propos de la nécessité absolue et non pas seulement morale,

'. de la révélation surnaturelle, ch. ii : « Revelatio absolute » necessaria dicenda est, quia Deus infinita bonitate sua » ordinavit hominem ad finem super naturalem, ad partiel-

» panda scilicet bona divina, q[i3dh\ima.n2d mentis intelligentiam » superant. » Le canon 3 de ce chapitre, dans le but évident de protéger ce qui est supposé admis, condamne ainsi ceux qui nient la possibilité d'un perfectionnement surnaturel de l'homme : « Si quis dixerit hominem ad cogiiitio- » nem et perfectionem, quse naturalem superet, divinitus » evehi non posse, sed ex seipso ad omnis tamdem veri » et boni possessionem jugi profectu pertingere posse, ana- » thema sit. »

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