‹ La Théologie dogmatiqueChapitre 58 sur 88 · IV. — III. DOGMATIQUE · texte numérisé non relu

IV. — III. DOGMATIQUE

la créature et tout à fait intime. La créature y est Tobjet d'une bienveillance et d'une affection particulière; elle est admise dans la familiarité de Dieu et devient l'héritière et l'associée de sa propre félicité. La filiation divine doit d'autant plus avoir cette importance qu'elle se présente non-seulement avec les caractères de l'amitié la plus confidentielle, mais avec les attributs de l'époux et de l'épouse.

DÉVELOPPEMENTS

662. — Voici en quels termes saint Jean (i, 2) annonce le don ;ie la filiation divine comme but de l'incarnation : Et dédit eis potestatem fllios Dei fieri, his... qui ex Deo nati sunt, et il ajoute (I Joan. m, 1, 2) : Videte qualem charitatem dédit nobis Pater, ut filii ^jus nominemur et sinius... Carissimi, nimc filii Dei sumus, et nonduni apparuit quid erimus. Scimus quo~ niam quiim apparuerit similes ei erimus, quoniam videbimus eiim sicuti est.

Saint Paul parle expressément, à quatre reprises, de « l'adoption des enfants » (utoôeaia), et comme ce mot est l'expression technique dont les hommes se servent pour désigner l'adoption d'un étranger, d'un sujet ou d'un serviteur, il est devenu par l'usage fréquent qu'en a fait saint Paul, l'expression technique de la société divine à laquelle l'homme est appelé de fait. Or, ce terme ne serait pas plus justifié dans la bouche de Dieu que dans celle d'un père de famille, s'il désignait seulement la suppression d'une inimitié entre le père et son enfant par nature ou son serviteur. Elle signifie donc nécessairement que celui qui n'était pas enfant par nature le devient par la grâce. Tel est le sens de ces passages, Eph., i, 5 et suiv. : Benedictus Deus e% Pater Domini nostri Jesu Christi^ qui benedixit nos in omni benedictione spirituali in cœlestibus in Christo... qui prœdestinavit nos in adoptionem filiorum per Jesum Christum in ipsum (sîç auTov,c.-à-d. ut conjungat sibi ipsi) secundum propositum voluntatis suœ (xax' suSoxiav Tou bekri[).at.Toç auToî» — SBCundum beneplaci. tum voluntatis suœ), in Jaudem gloriœ gratiœ suœ, in qua gratificavit (IxapiTwcye — gratos, gratiosos, amabiles reddidit) nos in dilecto Filio suo. Gai., iv, -i : Ubi venit plenitudo temporis, misit Deus Filium suum, factum ex muliere, factum sub lege^ ut eos

qui sub lege erant redimeret, ut adoptionem filiortim reciperemus. Quouiam autem estis filii, misit Deus Spiritum Filii sui in corda vestra clamantem : Abba, Pater. Itaqtie jam non est servm, sed filins: quodsi fiîius, et hœres per Deum.

Le passage suivant est tout-à-fait parallèle à ce dernier : Rovi., VIII, 14-17 : Quicumque enim Spiritu Dei aguntur, ii sunt filii Dei. Aon enim accepistis spiritum servitutis iterum,in timoré, sed accepistis Spiritum adoptionis, in quo clamamus : Abba, Pater. Ipse enim Spiritus reddit testimonium spiritui nostro, qiiod sumus filii Dei. Si autem filii, et hœredes, hœredes qiiidem Dei, cohœredes autem Chris ti.

Il est vrai que l'Apôtre, dans ces deux derniers endroits, ne met pas l'adoption en contraste direct avec les rapports purement naturels de l'homme à Dieu, mais avec les rapports qui existaient sous la loi ancienne; il n'oppose pas l'amour filial à l'amour d'un bon serviteur, mais à la crainte d'un esclave qui cède à la force, ou plutôt (d'après Gai., iv, 1-8) d'un enfant non encore élevé. Cependant l'emploi de ce mot affectueux : abba, pater, indique non-seulement un amour véritable, mais un amour spécifiquement filial. De plus, en joignant la qualité d'héritier à celle d'enfant, en parlant de la liberté des enfants de Dieu (IXsuôepia, libertas a servitute), et notamment de la « liberté de la gloire des enfants de Dieu » (Rom., viii, 21), saint Paul détermine l'adoption dans le sens absolument juridique; il en fait une société avec Dieu que la créature ne peut pas naturellement exiger.

Le même Apôtre {Phil., ii, 7) représente la nature humaine en Jésus-Christ sous la « forme de l'esclave, » et le Sauveur (Jean, xv, 14-15) caractérise l'amitié de Dieu, qui est identique à l'adoption et le contraire de l'esclavage, par la familiarité qu'elle établit et par l'abondance des biens qu'elle communique : Jam non dicam vos servos,. quia serras nescit qiiid faciat Dominas ejus. Vos autem dixi amicos, quia omnia quœ audivi a Pâtre meo revelavi vobis. Enfin le rapport avec Dieu de la créature privilégiée se présente comme un rapport d'époux, et l'Apôtre en explique l'intimité et la réalité en disant que l'âme unie à Dieu forme un seul esprit avec lui, de même que l'homme et la femme ne forment qu'un seul corps : Erunt duo in carne una; quiadhœret Domino^ unus spiritus est (I Cor., vi, 16-17).

663. — IV. L'Ecriture sainte explique encore plus nettement la réalité et le caractère surnaturel de l'adoption divine en les dépeignant, sous les formes les plus diverses, comme une participation à la société du Fils de Dieu par nature, à l'amour, à la vie, à la gloire, à la béatitude, en un mot aux privilèges qui appartiennent à lui seul, et non à la créature, en vertu de sa génération divine et de son unité essentielle avec le Père, et dont la communication imi^lique entre Dieu et la créature une unité bomblable à celle qui existe entre le Père et le Fils. Il est impossible de marquer avec plus de précision et de force que notre destination surpasse toutes les ressources et prétentions naturelles de la créature. Or, c'est précisément sous cette forme que notre destination a été énoncée dans les évangiles par la bouche même du Fils de Dieu.

664. — Voici le principal passage relatif à notre sujet, Jean, xvii, 20 et saiv. : Rogo... ut omnes unum sint, sicut tu Pater, in me, et ego in te, ut et ipsi in nobis unum sint... Et ego claritatem quam dedisti mihi, dedi eis, ut sint unum, sicut et nos unum sumus : ego in eis et tu in me,, ut sint consummati in unum et cognoscat m,undm quia tu me misisti, et dilexisti eos, sicut et me dilexisti. Pater, quos dedisti mihi, volo ut, uhi sum ego, et illi sint mecum et videant claritatem meam, quam dedisti mihi, quia dilexisti me ante constitutionem mundi... Et notum feci eis nomen tuum et notum faciam, ut dilectio, qua dilexisti me, in ipsis sit., et ego in ipsis.

Il est évident^ par ce passage, 1** que l'amour paternel que Dieu nous témoigne comme à ses enfants est un prolongement, une transmission, une effusion de cet amour sublime que Dieu porte à son Fils unique (voyez ci-dessus Eph., I, 3 et suiv. : Qua gratificavit nos in dilecto Filio suo). — 2° Grâce à cet amour, la créature entre avec Dieu dans un rapport d'unité analogue à celui qui existe entre le Fils et le Père, et voilà pourquoi le Sauveur dit que son Père est aussi notre Père {Jean, xx, 17 : Vado ad Patrem meum et Patrem vestrum) et qu'il appelle les hommes ses frères (Eébr., II, 11 : Non confunditur fratres eos vocare). Nous sommes donc admis dans la propre famille de Dieu en qua-

lité de membres (I Jean, i, 3 : ut societatem, xoivwviav, habeamus Cl! :' ■' -tre et Filio ejus).

3« Comme gage et comme sceau de cette société étroite avec le Père et le Fils, lo Sauveur promet dans le même discours de nous envoyer le Saint-Esprit, qui est le sceau et le gage éternel de l'unité du Père et du Fils. L'Apôtre le déclare notamment quand il dit (II Cor., i, 22) : Qui unxit nos Deiis, qui et signavit nos et dcdit pignus Spiritus in cordibus noslris, et quand il représente, GaL, iv, 5 (voy. ci-dessus n. 060) renvoi de « l'Esprit du Fils » comme une conséquence de notre adoption. En général la « communication, la copossession du Saint-Esprit » (II Cor., xiii, 13), xotvwvia, est l'expression qui caractérise le mieux notre société, xotvwvia, avec le Père et le Fils, dans I Jean, j, 3.

4^ Un autre efîet de l'union avec le Père et le Fils indiqué par le Sauveur, c'est que nous serons associés à la gloire qu'il a reçue du Père ; nous serons là où il est luimême, dans le sein et dans la demeure de son Père {Jean, XIV, 2), afin de participer ainsi à son autorité, de nous asseoir à s.i table, en un mot de jouir de sa félicité (Luc, XXII, 28-31 : Et ego disponam vobis, sicut disposuit mihi Pater, regnujn, ut edatis et bibatis in regno meo, et sedeatis super thronos judicantes duodecim tribus Israël).

5" L'idée que nous participerons à tous ces avantages, saint Paul achève de l'expliquer en disant que nous serons cohéritiers du Fils (voy. ci-dessus n. 660), et il dépeint l'excellence de cette hérédité en ajoutant que le propre Esprit de Dieu est le gage de l'héritage promis {Eph., i, 13-12 : In quo (Christo) credentes signatl estis Spiritu promissionis sancto, qui est pignus (arrha — àppa^wv) hœreditatis nostrœ.

16" Le Sauveur déclare en particulier que l'union avec le Père, dont il est l'intermédiaire, consiste dans une unité, une communauté de vie extrêmement étroite, analogue à celle t qui existe entre la vigne et les branches {Jean, xv, 1 et f suiv.); que de même qu'il vit par son Père, nous devons yivre par lui {Jean, vi, 58). Cela signifie évidemment que la vie qu'il nous communique est de même espèce que celle qu'il reçoit du Père. Aussi saint Paul ne craint pas de dire, au sujet de cette intimité de vie {Gai., ii, 20) : Vivo ego, jam non ego, vivit vero in me Cfiristus. Il fait encore allusion à cette

unité quand il représente l'Esprit de Dieu, sous les formes les plus diverses, comme le principe de la vie des enfants de Dieu, et en quelque sorte comme 1eir^ Ame.

665. — li va de soi que cette unité de ia citiciLare avec Dieu ne doit pas se prendre ici dans le sens d'unité de nature, de substance, mais dans le sens d'unité morale, d'anité de relations (evwcrtç cytiixi). Mais il est évident aussi qu'on ne doit pas la restreindre à une unité quelconque de sentiments; elle forme, contrairement à celle-ci, une unité naturelle {unitas naturalis, êWatç cpuatxT]). qui établit une ressemblance de vie, et, conformément à cette ressemblance, des relations étroites entre la nature de Dieu, principe et objet de la vie surnaturelle, et la créature.

C'est ainsi en effet qu'elle est très souvent désignée par les Pères, et c'est également de ce point de vue qu'il faut déterminer l'unité d'amour entre le père et l'enfant. L'amour paternel de Dieu n'est pas une simple complaisance dans la bonté morale de la créature: c'est une complaisance qui produit la société la plus étroite et la plus réelle, et l'amour filial de la créature est précisément une vie appuyée sur cette société. Que cette union ne soit pas une pure conformité de sentiments, l'Apôtre nous le montre encore quand il dit que l'union spirituelle des enfants de Dieu, n'est pas une simple amitié, mais qu'elle correspond à « l'unité de la chair » dans le mariage (I Cor., vi, 17).

666. — V. L'excellence et la vérité de l'adoption divine des enfants se révèlent surtout dans une circonstance qui la distingue essentiellement de la seule adoption qui soit possible parmi les hommes. Comme l'adoption divine n'a pas pour objet d'établir une société de vie purement extérieure, une conformité lointaine avec la vie de Dieu, mais de transformer au dedans la vie de la créature, et de la rendre semblable à la vie divine, elle est accompagnée, selon la doctrine de l'Ecriture sainte, d'une véritable naissance en Dieu, qui rend les enfants adoptifs intérieurement conformes à son Fils par nature et les transfigure en son image.

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