‹ La Théologie dogmatiqueChapitre 59 sur 88 · La naissance en Dieu est décrite par saint Jean · texte numérisé non relu

La naissance en Dieu est décrite par saint Jean

dès le prologue de son Evangile : Df^dit eis potestatem filios Bel fieriy lus qui credunt in nom ne ejus, neqiie ex voluntaie viri, sed e.r Deo nati sunt. Ici, Vex Deo nasci apparaît comme la condition requise pour devenir enfant de Dieu. Ailleurs, Jean, III, 21, nisi quis renafus fuerit ex Spiritu sancto, non pofest introire in regnum Dei, Jésus-Christ dépeint lui-même la naissance en Dieu sous la forme d'une nouvelle naissance dans le Saint-Esprit, et il en fait la condition de l'héritage de Dieu. Que cette renaissance ne doive pas s'entendre dans le sens moral d'un pur changement de dispositions, cela est surabondamment démontré par la réponse du Sauveur à Nicodème. Celui-ci ayant demandé comment un homme pouvait naître une seconde fois, le Sauveur ne lui répondit point par une explication morale, mais en lui signalant le travail mystérieux opéré par le Saint-Esprit.

Saint Jean, dans sa première épitre, revient souvent à cette renaissance en Dieu, et il la met en corrélation avec ridée d'une génération en Dieu, d'une semence divine déposée dans l'homme, v, 1 : Omnis qui crédit quoniam Jésus est Christ us, ex Deo natits est, et omnis qui diligit eum qui genui- (id est Deum), diligit et eum qui natus est ex eo (id est proxinnim); m, 9 : Omnis qui natus est ex Deo non Çacit peccatum. Il est probable aussi qu'il a en vue cette génération quand il dit, ibid., m, 1, qu'e^i vertu de l'amour du Père nous ne sommes pas seulement appelés ses enfants, mais le sommes réellement. La même pensée se présente chez les autres apôtres :

Pierre, i, 3 : Qui regeneravit nos in spem vivam per resurrectionem Jesu Christi ex moriuis, in hœredifatem incorruptibilem ; I, 23 : renaU (grec dvayeYswTi.usvoi, regenerati) 7ion ex semine corrup'ibili, sed incorruptibili per verbum Dei vivi et permanents in œternum. ; Jacq., i, 18 : Vohm'arie genuit nos verbo veritatis. ut simus inifium aliquod creaturœ ejus (àTiapx"^ t^^^^v xTia'tj.aTwv). Saint Paul appelle le baptême; Tit., m, 5 : lavacrum regenerationis et renovationis Spiritus sancti... ui justificati gratia ipsius hœredes simus secundum spem vitœ œternœ. j Saint Paul dit aussi que cette rénovation de no?re être par I une génération en Dieu, étant quelque chose d'entièrement !■ nouveau qui n'était pas compris dans la création de la nature, j! sans être une génération ex substantia Dei, est elle-même

une création; Eph.^ ii, 10 : Gracia esiis salvati per fidem, et hoc non ex vobis; Dei enini donum est; non exoperibus, ne guis glorietur. Ipsius enim sumus factura, creati in Chrisîo Jesu in operibus boni (ad opéra bona), guœ prœparavit Deus, ut in mis ainbulemus. Gai., vi, 15 : In Christo Jesu neque circumcisio aliquid valet, neque prœputium. sed nova creatura; et II Cor., v, 17 : Si qua ergo in Christo nov^f. creatura, vetera transierunt; ecce facta sunt omnia nova.

Quoique le mot de « nouvelle naissance » pris en luimême, puisse s'entendre d'une rénovation purement relative et morale de la vie de l'esprit, d'un amendement dans les mœurs, cependant la plupart des textes ne parlent que de la fondation d'un être et d'une vie supérieurs par une influence particulière d'eu haut; d'où vient que l'homme est appelé à la dignité et à l'héritage des enfants de Dieu. Il faut donc sous ce rapport les prendre aussi rigoureusement qu'il est possible sans détruire la différence entre créateur et créature. Ainsi l'expression : « être engendré de Dieu » doit être exclue simplement dans le sens d'une génération de la substance de Dieu, mais non dans le sens d'une communication de la vie divine par la force de Dieu et en vertu de la présence intime (inhabitatio) de la substance divine dans la créature.

On doit d'autant plus l'entendre ainsi que l'union avec Dieu à laquelle nous sommes appelés par l'adoption étant imitée de l'union qui existe entre Dieu le Père et son Fils par nature, elle ne peut se réaliser qu'autant que Dieu nous communique son être et sa vie divine. L'excellence et la vérité de cette génération en Dieu deviennent parfaitement clairs quand on voit saint Paul le dépeindre comme une < conformité à l'image du Fils de Dieu par nature, en tant qu'il est le premier né, » Rom., viii, 29 : Quos prœscivit, et prœdestinavit conformes (au[j.[j.opçou<;) fieri imaginis Filii sui, ut sit ipse primogenitus in multis fratribus; et II Cor., m, 18 : Nos vero omncs revelata facie gloriaui Domini spéculantes (xaTOTUTpti^oV-evoi — velut in speciilo reddentes (ou contemplantes) ineamdemimaginemtransformarnura claritatein claritatem tanquam (quippe) a Domini S plritu Ailleurs, Gai., iv, 19, saint Paul parle dans un sens analogue d'une formation de Jésus- Christ en nous (fllioli, quos iterum parturio, donec formetiir.

lAopçwWi, Christus in vobis, et il répète souvent qut^, nous nous revêtons de Jésus-Christ (que nous prenons sa ressemblance), surtout dans Gai., Uh 26 et suiv. : Omnes filii Dei estis per ftdem qiiœ est in ChristoJesu; quicumque enini in Christo baptizati estis, Christum induistis. Cf. Rom., xiii, 14 : Indiiimini Dominum Jestun Christum.

C'est sans doute aussi dans le sens de ces passages qu'il faut entendre ces mots : Revêtez-vous de l'homme nouveau (de Jésus-Christ le nouvel Adam, par opposition à l'ancien), £ph.. iv, 24: Coloss., m, 10, bien que ce dernier endroit, à cause de renovatnr, qai ne convient pas à Jésus- Christ, semble plutôt indiquer que le novus homo qui secunduni Deum creaius est injustitia et sanctitate veritatis, ei qui renovatur in agnitionem secundiim imaginem ejtis qui creavit illam, doit se prendre dans le sens de nova creatura, dont il parle Eph., ii, 10; Galat., vi, 15; II Cor., v, 17 (voyez cidessus).

668. — VI. De mènie que l'élévation à la dignité d'enf.mt adoptif de Dieu et à la société de son Fis implique une nouvelle naissance en Dieu ; de même l'héritage des enfants consiste non dans la possession et la jouissance de biens extérieurs et finis, mais dans la transformation complète de leur vie intime, en sorte qu'ils deviennent participants, qu'ils jouissent du bien souverain qui constitue la propre félicité de Dieu et l'héritage naturel de son Fils. Car la ressemblance divine, à laquelle sont appelés les enfants de Dieu, et la vie éternelle, dont le germe, encore caché maintenant, est l'adoption de Dieu, consiste uniquement à voir Dieu immédiatement, « tel qu'il est en lui-même, face à face. » Or, cette vision, d'après l'Ecriture sainte, est absolument impossible à la créature abandonnée à elle-même; elle n'appartient en propre qu'au Fils de Dieu par nature, « parce qu'il est dans le sein du Père. » C'est donc à elle que se rapportent notamment les passages déjà cités, où il est dit que nous participerons à la gloire du Fils de Dieu, que nous nous assolerons à sa table et siégerons sur son trône.

DÉVELOPPEMENTS

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