‹ La Théologie dogmatiqueChapitre 63 sur 88 · En faveur de cette gratuité on peut alléguer toute · texte numérisé non relu

En faveur de cette gratuité on peut alléguer toute

la doctrine scripturaire et traditionnelle rapportée ci-dessus, § 162 et 163, à propos de l'adoption des enfants de Dieu. La vision béatiflque forme le noyau, le résumé de tous les biens de l'adoption; dès qu'elle serait due à la nature, l'idée de l'adoption divine manquerait de fimdement. Quant aux difficultés que présente sur ce point la doctrine de saint Augustin, elles se résolvent par les principes expost^'s § 161 et n. 684. — Voyez surtout P inaida, contra Baium, lib. I, disp. viii, sect. 7-8.

Théologiquement, la gratuité absolue résulte de sa liaison, indiquée dans la thèse précédente, avec l'élévation des forces de la nature, nécessaire pour la vision. Une autre raison plus sérieuse, c'est qu'il y aurait une sorte de blasphème contre Dieu, un attentat contre sa majesté, à admettre que la créature possède des droits naturels à l'héritage du Fils de Dieu, à l'obtention du bien souverain qui est la jiropriété de Dieu même, à être initiée à son plus secret mystère. Ce serait dire que le Dieu infini est incapable, par une libéralité gratuite, de donner à ses créatures quelque chose de meilleur que ce qu'elles peuvent naturellement prétendre, qu'il n'a pas même la puissance et la liberté qu'un roi de la terre possède vis-à-vis de ses sujets, un père de famille à l'égard de ses serviteurs.

712. — IV. Il semble à première vue que la liaison intime de la gratuité (III) avec l'élévation de la nature au-dessus de ses forces, ait été niée par cette doctrine passablement générale de l'ancienne scolastique : que si la vision béatifique est une fin surnaturelle quoad assecutionem, elle est une fin naturelle quoad appetitum. Les jansénistes ont efiective- ■- ment invoque cet argument. Or, voici le sens véritable de cette dernière expression :

1'' Les scolastiques voulaient dire par là, en termes « généraux, » que la nature a d'elle-même a) un désir inné, — naturel, de la vision dans le sens de susceptibilité {capacitas); b) qu'elle peut et qu'elle doit envisager celte vision comme un bien souverainement désirable, qu'étant donnée la possibilité de l'obtenir, elle le désire instinctivement quand elle y pense, ou du moins qu'elle peut et doit le désirer par un acte de la volonté {appetitu eiicito), par con-

séquent que Dieu, en nous destinant à la vision, non-seulement ne fait rien de contraire à notre nature, mais prévient ses désirs.

2'' Ils voulaient faire ressortir, en particulier, que la vision est précisément ce but tinal de la créature raisonnable qui e^t a) la seule, la dernière et suprême consommation (la fin dernière, en un mot), dont cette créature soit capable et au-delà de laquelle il ne lui reste plus rien à désirer, ei surtout b) que la vision est le but dans la direction duquel la créature doit chercher toute perfection, toute démarchevers Dieu par la connaissance et l'amour. C'est là, en effet, que se terminent toutes ses aspirations : connaissance directe de Dieu et union avec lui.

Enfin, et plus spécialement encore, 3^ l'ancienne scolastique voulait établir que l'homme, en refusant cette destination quand Dieu la lui présentait, agissait contre le vœu le plus ardent de sa nature; caria créature raisonnable aspire généralement à connaître le principe suprême de toutes choses de la manière la plus parfaite possible, et la tendance de l'image de Dieu dans la créature raisonnable est de connaître avec toute la perfection désirable son principe et son idéal, de lui être unie et assimilée par cette connaissance et de retourner à lui. Or, l'un et l'autre n'ont lieu d'une manière parfaite que lorsque l'esprit voit dans son essence même le principe de toutes choses et son propre principe.

Ainsi, du côté de Dieu, on n'entendait point, en enseignant cette doctrine du désir naturel, que Dieu dût nécessairement appeler la créature à sa vision, mais seulement que cette vocation convenait à la nature. Du côté de la créature, au contraire, on voulait montrer qu'il y a une nécessité, fondée dans la nature, de tendre à ce but, d'autant plus que l'inclination hypothétique entraînait, étant donnée la possibilité, un besoin et un désir naturels d'y aspirer.

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