B. La sublimité interne de la vie surnaturelle
* Voyez Faure, Annot. in Enchir. S. August., in cap. vu et viii, et in
Il «. CXXII.
* Voyez mon ouvrage Natur und Gnade^ p. 188-192.
apparaît plus clairement, encore en ce que cette vie n'est pas seulement une aspiration vers la vie éternelle, mais son commencement, sa préparation, son anticipation. Et il en est ainsi parce qu'on y atteint déjà à une élévation, à une union avec Dieu tel qu'il est en lui-même, à une participation de la vie spécifiquement divine, dont la réalisation parfaite est réservée à la vie éternelle.
C'est à ce point de vue, qui domine surtout dans la scolastique, qu'il faut de préférence envisager les actes de vertus qu'on nomme actes des vertus théologales; ils ont à ce titre un rapport parti^'uiier à Dieu leur objet, leur but et leur principe surnaturel, en même temps qu'ils forment le noyau et la substance de toute la vie surnaturelle. Et de fait, ce n'est pas seulement leur vouloir surnaturel qui permet de conclure leur contenu surnaturel ; c'est encore, et cela d'une manière immédiate, la manière particulière dont ils saisissent leur objet surnaturel, et se reposent en lui; ils prouvent en tout évidence qu'ils sont essentiellement supérieurs à la nature et à ses actes, et qu'ils contiennent une participation à la vie divine. Il suffit pour cela de concevoir la foi théologique comme une connaissance surnaturelle, et la charité théologique (charitas) comme un vouloir parfaitement surnaturel ; car l'espérance tire précisément son caractère surnaturel de la foi et de la charité, et elle vise plutôt à une union surnaturelle avec Dieu qu'elle n'exprime une union présente.
736. — On peut dire de la foi et de la charité que leur caractère surnaturel consiste en ce qu'elles saisissent et embrassent Dieu tel qu'il est en lui-même et dans son excellence, d'une manière aussi immédiate, quoique obscure, que dans la vie éternelle; par conséquent que le pouvoir de le saisir et de l'embrasser ne peut provenir que d'une influence divine qui agrandit essentiellement la capacité de l'esprit créé. En d'autres termes : dans la foi et dans la charité, quand elles sont exercées comme vertus théologales, Dieu n'est pas seulement, d'une manière quelconque, matériellement, l'objet de la connaissance et du vouloir; il l'est encore formellement comme dans la vie éternelle; il l'est tel qu'il existe en lui-même, et non tel qu'il se révèle par la créature. Et Dieu, tel qu'il est en lui-même, n'est
pas un objet formel quelconque (objectum formale quod); il est l'objet formel dans le sens le plus rigoureux {objectum formale quo); il détermine et il meut objectivement la connaissance et le vouloir ; la volonté se tourne vers lui à cause de lui-même, et non pas d'une façon telle quelle : elle s'attache à lui formellement et étroitement; cet objet est par lui-même et en lui-même la chose la plus prochaine et la plus intime qui détermine la connaissance et le vouloir de la créature; il les pénètre et les remplit tellement, qu'il entre en eux avec sa force et ^on excellence propre.
Or, pour qu'il en soit ainsi, il faut que Dieu, par son influence sur les facultés de l'esprit, les assimile à sa connaissance et à son amour, de la même manière que cela a lieu dans la lumière de la gloire.
Chaque créature, en ce qui concerne sa connaissance et son amour naturels, est à elle-même l'objet le plus prochain et le centre de sa sphère vitale; c'est de là qu'elle se répand sur les autres objets. Ainsi, pour que la nature créée puisse étendre à Dieu sa connaissance et son amour, non-seulement comme au principe de son existence, mais comme à l'objet direct et intime, comme au point de départ de sa vie, il faut qu'elle soit transportée dans la sphère de la vie divine elle-même et que Dieu, en lui communiquant sa force vitale, la rende capable de saisir sa }tropre nature.
737. — Nous avons montré ailleurs (livre II, n» 781) que ces éléments se rencontrent dans la foi théoiogique et qu'ils lia distinguent non-seulement de toute connaissance natu- Irelle, mais encore de la foi positive en Dieu qui est possible là la nature. Nous ne nous occuperons ici que de l'amour théologique.
738. — Le rapport surnaturel à Dieu de l'amour théoloa^ique dans ie sens exposé ci-dessus, peut être envisagé dans ane double direction,, suivant qu'on le compare a) avec
'amour que Dieu lui-même a pour son être propre en tant |ue bien suprême, ou b) avec l'amour mutuel des trois personnes divines, et qu'on le conçoit comme une participation lu Saint-Esprit, soit dans le sens des Pères grecs, soit dans « sens des Pères latins. (Toy. ci-dessus, livre II, n*^ 939 et -uivants).
f 739. — n. Dans la première direction, le rapport surna-