‹ La Théologie dogmatiqueChapitre 69 sur 88 · III. La grâce élevante dans les actes de transition · texte numérisé non relu

III. La grâce élevante dans les actes de transition

L'élévation, la transfiguration intérieure des facultés naturelles pour l'exercice des actes surnaturels est admise par tous Jes théologiens autorisés, quand il s'agit des actes où cette élévation peut être supposée sous forme d'aptitude permanente, avant la position des actes. De même, ils sont unanimes pour considérer cette forme d'élévation , sinon comme la seule concevable, du moins comme ordinaire et normale pour la pleine possession de la vie surnaturelle dans l'état d'adoption divine. Il y a, au contraire, du moins dans l'homme tel qu'il est actuellement, et, selon plusieurs théologiens, il y avait dans le premier homme et dans les anges, des actes surnaturels qui devaient frayer le passage à la possession permanente de la force divine ou à l'introduction de cette force dans l'âme, par conséquent qui sont une disposition, un prélude à la possession permanente, laquelle est subordonnée à Texercice de ces actes. Le concile de Trente les appelle motus adjuslitiam,{\vàib\i\}'à\Qm), par opposition à /rwci'MSjt^sr^'ïitt'; et l'ancienne scolastique : motus ou prœparatio ad gratiam (habitualem) par opposition à opéra ex vel in gratta fada, et tous deux, d'après les Pères, conversio (prima) ad Bemn.

Une difficulté particulière se présente à propos de ces actes : on se demande comment l'influence de Dieu peut être appelée, en ce qui les concerne, une influence intime,. une influence qui les vivifie et les transfigure.

770. — Il est certain que cette influence, se rapportant ici à des actes de transition, doit être en elle-même quelque

chose d'intermédiaire entre l'influence purement motrice que Dieu exerce sur les actes même naturels, et l'influence qu'il exerce en conférant et en conservant l'aptitude des vertus pour les actes surnaturels. Saint Bonaventure ^ l'appelle donum gratis datum, quod est quasi médium inter habitus virtntum et naturalem libertatem voluntatis. Voyez aussi Gilles de Rome 2. D'une part, en eff'et, l'exercice de tels actes exige plus qu'une motion purement générale, sans élévation ni enrichissement des puissances de reo^xii-, car il y a, selon le dogme, des actes surnaturels qui, dans le sens rigoureux du mot, doivent provenir de l'inspiration du Saint-Esprit. Il faut donc, ici du moins, un mouvement d'une espèce particulière, motio specîalis, chez les anciens scolastiques, ou motio gratuita, ce qui n'était nié que par les nominalistes (et, selon eux, par Scot).

D'autre part, cette élévation, avant le consentement de l'âme à l'excitation actuelle par laquelle Dieu la sollicite à ces actes, ne doit, ainsi que cette excitation même, se concevoir que comme un élément intégrant dans le mouvement transitoire, ou dans le secours actuel de Dieu destiné à produire l'acte hic et nunc. Elle a donc, sur ce point, de l'analogie avec l'élévation que reçoit un instrument au moment où il est employé par la main de l'artiste. Les théologiens, en eff'et, distinguent généralement entre l'influence (inspiratio, vivificatio) du Saint-Esprit tantum moventis, et l'influence du Saint Esprit inhabitantis. Mais ils ne sont plus d'accord quand il s'agit de préciser en détail cette influence divine.

DÉVELOPPEMENTS

771. — Plusieurs, surtout parmi les molinistes, quand ils ne vont pas, comme Ripalda et Lessius, jusqu'à transporter l'élévation intérieure dans les actes inspirés et indé- 1 libérés, considèrent l'élévation comme une « assistance extrinsèque; » mais ils l'appellent aussi, à cause de la .oré- Isence intime de Dieu dans la créature, assistance « intrinjsèque et intime, » c'est-à-dire une simple cohabitation ou

' In II, dist. xiviii, art. 11, quœst. 1.

* In II, dist. XXVII, qutest. i, art. m, et dub. lat. 2.

inhabitation de la vertu divine. Ils la prennent donc pour l'analogue ou pour une forme particulière du concours simultané requis pour tous les actes de la créature (voy. ci-dessus n. 58) , pour un concours simultané et surnaturel, lequel, tout en faisant plus que le concours naturel, ne change et n'afîecte pas plus que celui-ci les facultés de l'esprit *.

Pour sauver l'intimité de l'élévation, endommagée par là, plusieurs admettent dans la faculté naturelle un changement qui affecte non pas la qualité, mais le mode, et qui fait de la cohabitation et de Tinhabitation de la vertu divine une « application intrinsèque 2. »

Plusieurs thomistes, au contraire, considèrent l'élévation, dans le cas présent, comme une forme spéciale de la prémotion physique nécessaire pour tous les actes de la créature, et spécialement pour les actes vitaux (voy. ci-dessus n. 59), par conséquent comme une prémotion surnaturelle qui affecte audedans, de la même manière que la prémotion naturelle, les facultés natives, en les mouvant du dedans au dehors, sans y produire cependant une qualité nouvelle. Mais elle se distingue de la prémotion naturelle en ce qu'elle n'est pas seulement un mouvement ad exercitium actus; elle donne encore aux facultés l'aptitude d'exercer l'acte, ou elle confère l'acte premier, et prend ainsi la place de la forme ou qualité qui constitue naturellement l'acte premier. Elle est donc éminemment motio virtuosa 3.

Saint Thomas parait aussi en plusieurs endroits, par exemple I-II, quœst, c, art. 11, d après la dernière raison qui vient d'être indiquée (n. 757), n'exiger la qualité interne que pour que la volonté pose les actes surnaturels par sa propre inclination, et par conséquent connaturaliter et delectabiliter.

D'après cette manière de voir, l'élévation se présente plus ou moins comme une pure « application de la vertu divine, » pour former une compensation ou un équivalent de la vertu

* Voy. Suarez, De grat., hb. III, cap. xvii-xix; De auxil., lib, III, cap. ivv; Tanner, in I-II, Dispict. vi, De grat., qusest. m, dub. x.

» C'est ainsi que l'appellent quelques modernes, surtout Palmieri, Tract, de grat., thés, x et xx.

' Voy. Joann. a S. Thom. et Phil. a S. Trinit., loc. cit., De grat., disp. i, dub. IV.

infuse, ce qui empêche l'application absolue de la loi de formation ou de transfiguration interne. Plusieurs autres thomistes (surtout Bannez, Gonnet, Goudin), enseignent au contraire, en développant rigoureusement les principes ci-dessus énoncés de saint Thomas, que même dans les actes surnaturels exercés pendant la phase de transition, rélévation interne des puissances de l'âme doit consister dans une forme, dans une qualité interne qui les vivifie et les transfigure, et que cette qualité, conférée d'une manière durable, constitue l'aptitude de la vertu. On doit donc la considérer comme un préliminaire, un avant-coureur de l'aptitude à la vertu, de même qu'en psychologie on distingue les dispositions passagères des inclinations enracinées, et que la scolastique distingue la disposition, en tant que « qualité » facile à mouvoir, et « l'aptitude » proprement dite.

Cette qualité toutefois n'a qu'une existence passagère (esse fluidum, par opposition à la stabilité de l'aptitude), tant que l'esprit qui en est afifecté ne consent pas au mouvement qui l'accompagne, et par conséquent ne fait pas usage de la grâce qui lui est accordée en cette qualité. Mais dès qu'il y consent, elle passe pour définitivement accordée, elle devient la propriété durable de l'esprit et, par conséquent, une aptitude proprement dite. En d'autres termes, elle est comme une étincelle qui tombe sur un objet inflammable, mais qui s'éteint de suite quand cet objet ne prend pas feu.

Une opinion mitoyenne distingue les actes irréfléchis qui adhèrent davantage à l'esprit, et les actes libres que l'esprit pose hors de lui-même et qui exigent pour cela, de préférence aux autres, une élévation interne des facultés. Mais elle prétend que ces derniers actes s'accomplissent par une infusion de l'aptitude, et de telle sorte que l'aptitude se présente au moment où la volonté se décide à poser l'acte sous l'attrait de la grâce actuelle. L'aptitude n'est donc pas le principe de cette décision même, mais le principe de l'acte où elle tend. Voyez Greg. Val., in I-II, disp. viii, quœst. III, p. 4, sub fin.; qiiœst. v, p. 42, § 4.

772. — Ces questions sur la nature de l'influence élevante qui introduit là grâce dans le sens de stahis elevationiSy

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