DE L ANGLE FACIAL
Ce dernier pourra bien être fort saillant en avant, mais il sera étroit sur les côtés ou sans élévation. Cette réflexion s'applique également à certains individus hydrocéphaliques.
[Ces réserves relatives à la mensuration du crâne n'empêchent pas que les résultats qu'elle donne, joints à ceux que procurent de leur côté l'ethnologie et l'archéologie, n'aient une haute valeur dans l'appréciation hiérarchique des groupes humains.
Mais les résultats, par ce qu'ils ont de négatif, prouvent encore combien est sans valeur cette crâniologie sentimentale qui, sous le nom de phrénologie, a usurpé les apparences d'une science sans en avoir les fondements.]
Nous terminons ce paragraphe par une courte citation qui résume tous les jugements portés contre la phrénologie :
« La phrénologie ne nous a jamais paru digne d'une discussion sérieuse : comme système psychologique, c'est une conception contradictoire ; comme théorie anatomico-physiologique, c'est une hypothèse complètement dénuée de preuves... Il est notamment remarquable qu'aucun des zoologistes français de ce siècle, qui ont si profondément étudié l'organisation des êtres vivants et la haute physiologie, ne s'en soit occupé ; Cuvier n'en a jamais parlé qu'avec dédain. MM. de Blainville, Geoffroy Saint-Hilaire, Serre, Flourens, Dutrochet, Duméril, tous les physiologistes enfin dont le nom est connu en Europe, y sont restés étrangers. En Angleterre il en est de même; sauf M. G. Combes, homme d'esprit et de talent, qui a été dans ce pays le champion officiel de la phrénologie comme M. Broussais en France, on ne trouverait personne à citer. En Allemagne, berceau de l'organologie, cette prétendue science n'est guère connue que de nom. » (Extrait de la Gazette médicale de Paris, 1836.)
[On objectera peut-être à ces conclusions les résultats récemment acquis et groupés sous le nom de doctrine des localisations cérébrales. Il résulte en effet d'expériences et d'observations récentes, que le cerveau peut se décomposer en parties, dont chacune répond à l'exercice d'une fonction déterminée ; de telle sorte que l'excitation d'un de ces points provoque l'exercice d'une fonction spéciale, et que la destruction de ce point est suivie de la suppression de cette fonction.
C'est dans les circonvolutions qui se dessinent à la surface du cerveau, que paraissent se conserver les acquisitions et les représentations de l'esprit. On a délimité d'une façon assez précise le centre qui régit la parole, ceux qui gouvernent les mouvements de la face et des membres ; et, en suivant le système nerveux central, depuis le cerveau jusqu'à la moelle, on rencontre les différents centres qui président aux diverses fonctions de l'économie. Ce sont, de haut en bas, ceux dont relèvent les sens spéciaux, celui des sensations et des mouvements instinctifs (protubérance annulaire), le nœud vital ou centre des phénomènes de respiration et de circulation (bulbe) ; enfin ceux dont relèvent les actes organiques ou la nutrition.
Les matérialistes, en général, de même que la plupart des physiologistes, ont cru trouver là un argument en faveur des théories qu'on oppose au spiritualisme chrétien. Quelques spiritualist.es eux-mêmes se sont émus aussi de ces localisations fonctionnelles ; ils ont paru craindre que la détermination locale des aptitudes les moins matérielles, dans des parties organiques déterminées, ne fît regarder ces aptitudes comme de simples propriétés de ces organes. Il leur semblait que la nature spirituelle du principe d'action était mieux démontrée, par l'obscurité des moyens à l'aide desquels les organes obéissent à ce principe.
LOCALISATIONS CÉRÉBRALES. i
Or, rien ne justifie de telles inductions. Est-ce que l'ignorant qui entend jouer les orgues est moins disposé à croire à l'organiste et à son talent, quand une fois il a vu tous les tuyaux de l'instrument, quand il en a compté les touches et les pédales? Il en est de même du cerveau et de l'âme qui en joue. La vie résulte de ce jeu ; mais elle est aussi inexplicable par la seule présence du cerveau que par les seules aptitudes de l'esprit, tandis qu'elle se conçoit fort bien comme résultant du concours de ces deux éléments.
De même qu'on peut se demander si les facultés intellectuelles sont plus développées, parce que le cerveau est plus volumineux, ou bien si le cerveau se développe davantage, parce que les facultés intellectuelles sont plus exercées ; de même encore, on peut se demander si les centres nerveux sont la cause de l'activité intellectuelle ou vice versa. Il n'est pas, il est vrai, dans notre personne, d'acte quel qu'il soit, qui ne s'accompagne d'une modification matérielle de nos organes ; l'acte le plus purement intellectuel entraîne une usure des éléments du cerveau, dont on a pu reconnaître et mesurer expérimentalement les déchets. Mais ceci ne prouve pas davantage contre l'immatérialité du principe d'action qui met en jeu la substance nerveuse et provoque cette usure.
La doctrine des localisations cérébrales n'implique rien de plus en ce sens. Qu'il y ait dans le cerveau un centre législateur de la parole, qu'il y en ait un qui régisse les mouvements de la face, un autre pour les mouvements des membres, cela n'implique pas que ce soient là des centres psycho-moteurs, comme on les a nommés, c'est-à-dire des centres capables de produire à la fois l'idée et le mouvement. Il n'est pas jusqu'à la moelle épinière, dans laquelle on se soit plu à trouver des actes de conscience, lorsqu'on a vu des animaux décapités conserver encore la faculté d'exercer des mouvements complexes de défense ou de fuite, en
présence d'excitations périphériques. Mais on a observé aussi (Onimus) que ces aptitudes se perdent vite et que la moelle séparée de l'encéphale perd rapidement le souvenir des actes qu'elle avait appris à exercer et qn'elle exerçait par habitude, et enfin qu'elle cesse bientôt de pouvoir les commander. De même, lorsqu'on vient à détruire un quelconque des prétendus centres psycho-moteurs, le mouvement qu'il commande n'est supprimé ni d'une façon absolue, ni d'une façon irrémissible ; il arrive même souvent que le mouvement devient susceptible de se reproduire, alors que le centre nerveux auquel il semblait correspondre est et demeure supprimé.
De telles localisations ne prouvent donc rien contre l'existence et contre l'immatérialité du principe d'action qui met en jeu les éléments du système nerveux.
Ainsi comprises, les localisations cérébrales, c'està-dire l'attribution à certains départements du cerveau, d'aptitudes spéciales aux perceptions sensibles et aux déterminations motrices, n'apportent aucun appui à la phrénologie. Ni par les faits sur lesquels elles reposent, ni par les hypothèses qu'elles justifient, ces données n'impliquent nullement une conséquence matérialiste. Que les centres nerveux soient indispensables à la manifestation de l'activité intellectuelle, cela n'entraîne pas du tout comme conséquence que cette activité soit essentiellement nerveuse de sa nature et dans son principe. Que les actes nerveux s'accompagnent de modifications organiques, que le travail intellectuel entraîne une certaine usure de la substance nerveuse, c'est un fait qui paraît être exact, mais qui n'entraîne pas non plus d'autre conséquence. Il n'est rien dans tout ceci qui contredise sérieusement l'existence du principe spirituel de l'intelligence humaine.]
DES TEMPERAMENTS. U