DES TEMPÉRAMENTS
mériter qu'on lui conservât une place à part dans cet exposé.]
D'ailleurs l'âge, le genre de vie, la qualité des aliments, les habitudes, les professions, la culture de l'esprit, les études, la direction des idées, les affections morales, les passions, les excès de tous les genres, surtout les climats où l'on se trouve, les lieux qu'on habite, et une foule d'autres circonstances peuvent puissamment influer sur les tempéraments et les changer ou les modifier de mille manières. De là vient que, chez les peuples les plus civilisés, on trouve tant de tempéraments peu dessinés ou fort mal caractérisés.
Il arrive même quelquefois que le tempérament change complètement ; on cite par exemple le fameux J.-J. Rousseau. Cet homme, ajoute-t-on, fut dans sa jeunesse d'un tempéramant lymphatico-sanguin, et finit par offrir à un très haut degré tous les attributs du tempérament nerveux et même mélancolique, par suite de la fausse direction de ses idées et des tribulations nombreuses que lui attirèrent ses sombres rêveries ou plutôt ses dangereuses erreurs.
Les tempéraments les plus sujets à subir ces sortes fle changements sont le nerveux, le lymphatique et le lymphatique-sanguin ou le sanguin-lymphatique , c'est-à-dire ceux qui donnent le moins de fermeté et de constance au caractère de l'individu.
Nous avons dit que les climats exerçaient une grande influence sur le tempérament humain ; c'est ce qu'on remarque particulièrement au sujet du tempérament bilieux qui est en général celui des habitants des pays méridionaux, comme le tempérament sanguin est l'apanage des peuples du nord, et le lymphatique celui des régions froides et humides, telles que la Hollande, etc. Quant aux autres, comme le nerveux et le mélancolique, ils sont le plus souvent le ré-
sultat de l'éducation, des positions sociales ou d'un excès de civilisation.
[La théorie de l'influence des milieux trouve ici sans doute son application. Mais, gardons-nous d'en exagérer la portée, ainsi que l'ont fait nombre de travaux philosophiques récents. Rappelons-nous que si les milieux et l'éducation peuvent beaucoup modifier le tempérament et le caractère physique, il est cependant des éléments qui résistent à ces influences et maintiennent, malgré elles, la spontanéité de l'économie vivante. Rappelons-nous surtout que le domaine spirituel leur échappe plus encore, bien qu'il ait souvent à compter avec elles.]
§ ifT. — DU TEMPÉRAMENT NERVEUX.
Attributs physiques. [Le tempérament nerveux consiste dans la prédominance du système dont il porte le nom, de ses aptitudes et de ses fonctions. Ce système étant celui qui domine et règle l'action des autres organes, on conçoit combien il importe de lui conserver un bon équilibre. Mais on comprend aussi par là, combien facilement son activité peut excéder la mesure, et quelle perturbation ses exagérations jettent dans toute l'économie, depuis la vie supérieure de l'intelligence jusqu'à la vie %des relations simplement animales.
Le système nerveux, dans son appareil le plus simple, consiste en trois éléments distincts : un qui reçoit les impressions et les transmet au centre de perception, le centre de perception lui-même, et enfin celui qui transmet les décisions des centres à la périphérie, pour en effectuer l'exécution. Les éléments centripètes et centrifuges sont les cordons nerveux,
Or, quand les impressions sont ressenties trop vivement à la périphérie, quand elles sont perçues avec trop d'activité par les centres, et quand les impulsions
sont communiquées trop vivement à la périphérie (les trois faits sont souvent connexes), le tempérament est dit nerveux à l'excès, et l'on comprend à quels dangersil expose.] Les sujets qui en sont doués sont maigres, secs, vifs, alertes, presque toujours en mouvement. Ils ont les cheveux bruns ou noirs, la barbe précoce et bien fournie. Ils offrent une mobilité musculaire singulière, et sont par là plus disposés aux mouvements spasmodiques et convulsifs. Enfin ils montrent une sensibilité physique très vive, qu'exaltent ordinairement encore et la mollesse de l'éducation et les habitudes d'une vie sédentaire.
Attributs moraux. — Facultés intellectuelles, morales et affectives; caractère, goûts, inclinations, passions, vices et vertus. — On remarque chez les personnes nerveuses une vivacité extraordinaire dans les sensations, une imagination brillante et féconde, un esprit vif et pénétrant. Ce tempérament est le plus propre à la culture des hautes sciences philosophiques, aux spéculations et aux méditations métaphysiques, aux mathématiques transcendantes, etc. On trouve chez les sujets nerveux la sensibilité, l'impressionnabilité et la susceptibilité au plus haut degré d'exaltation, et tout cela le plus souvent s'allie à une grande, une excessive mobilité. Ce dernier attribut leur est aussi naturel que la sensibilité, ce qui fait qu'ils sont souvent incapables de ces grands travaux, qui demandent une contention d'esprit à la fois vive et persévérante. Leur extrême mobilité les distrait et les trouble facilement, ce qui a fait dire à Pascal (dans ses Pensées) que « l'esprit du plus grand homme du monde n'est pas si indépendant, qu'il ne soit sujet à être troublé par le moindre tintamarre qui se fait autour de lui. Il ne faut pas le bruit d'un canon pour empêcher ses pensées, il ne faut que le bruit d'une girouette ou d'une poulie. Ne vous étonnez donc pas s'il ne raisonne pas bien à présent; une mouche bourdonne à ses
oreilles, c'en est assez pour le rendre incapable de bon conseil. Si vous voulez qu'il puisse trouver la vérité, chassez cet animal qui tient sa raison en échec et trouble cette puissante intelligence qui gouverne les villes et les royaumes. »
La variabilité et la promptitude des déterminations et des jugements se font particulièrement remarquer chez les femmes nerveuses, dont les volontés, quoique absolues , sont certes bien mobiles et bien changeantes.
Les sujets nerveux ont les passions très vives et très mobiles, ressentent profondément et douloureusement les moindres reproches, et sont, par conséquent, très sensibles aux injures et aux mauvais traitements, dont ils gardent un amer souvenir. Leur grande sensibilité et leur caractère mobile les mettent dans l'impérieuse nécessité de chercher toujours et partout des sensations et des émotions nouvelles; la monotonie leur est en toutes choses insupportable ; ils aiment tous les genres de plaisirs et généralement tout ce qui peut leur procurer des émotions et des sensations agréables et variées. Ils sont en général d'un commerce facile et agréable tant que l'on n'excite pas leur sensibilité, c'est-à-dire leur facile disposition à s'offenser des paroles, des discours ou des actions d'autrui, particulièrement en ce qui peut les concerner. Ils sont d'ailleurs très délicats sur le point d'honneur, sensibles à l'amitié, aux bienfaits, et surtout à la louange. Ainsi n'irritez pas, n'effarouchez pas leur sensiblerie, et vous vivrez en paix avec eux.
A combien de dangers n'expose pas un tempérament nerveux pur, pour peu qu'il ait acquis de développement et de prépondérance dans l'économie ! Un excès de sensibilité nerveuse est réellement souvent une source fatale d'amertume capable d'empoisonner toute la vie de l'homme. Cette sensibilité, précoce chez les jeunes sujets de l'un et de l'autre sexe, est
souvent le principe et l'occasion d'habitudes funestes et meurtrières, lesquelles non seulement détruisent la vie dans sa source, mais paralysent encore ou empêchent de naître les nobles attributs qui constituent l'homme, c'est-à-dire les facultés intellectuelles et morales. (Voyezplus loin ce que nous disons sur ce point.) On ne saurait jamais assez dire combien il est important de former l'esprit et le cœur des jeunes gens auxquels est fatalement dévolu un ^tempérament nerveux. Si l'imagination vient à dominer, si le jugement ne se forme pas ou se fausse, vous n'aurez que des esprits indociles, faux, orgueilleux, avec une sensibilité exaltée, pervertie par le délire impérieux ou extravagant des passions. La folle de la maison, l'imagination, étant devenue la maîtresse, entraînera le cœur dans une commune et inévitable ruine. Dès lors, plus d'affections calmes, plus de désirs sincères, plus d'élans purs vers la vertu, parce que le cœur ne recevant plus rien de l'esprit, plus d'éléments pour ses désirs et ses affections, se refroidit, se dessèche et s'atrophie en quelque sorte, faute d'aliment nécessaire. De là un déluge de maux imminents et d'une immense gravité. En vain voudra-t-on s'opposer à ce travers intellectuel, ou plutôt à cette perturbation morale, par les fastueux enseignements de la philosophie humaine : vain labeur, inutiles efforts ! On ne remédiera efficacement à cette déviation ou à cet état d'aliénation du cœur, que par la thérapeutique des principes religieux et par la puissance d'une éducation chrétienne. Là est toute la médecine de ces âmes profondément malades, et hors de là il n'est pour elles plus d'avenir, plus de vie, plus de salut. Enfin, après les avoir fait entrer dans la voie de la vérité et de la vertu, il faut sans cesse se rappeler leur excessive sensibilité nerveuse, les ménager avec prudence et discrétion, user à l'égard de ces personnes si susceptibles sous tous les rapports, d'une grande indulgence,
et condescendre charitablement à celles de leurs exigences qui ne dépassent pas les bornes de la raison et de la sagesse chrétienne. Abstenez-vous donc de déprécier à leurs yeux ia dévotion sensible ; ce langage sévère pourrait rebuter facilement ces sortes de personnes, qui ne peuvent vivre sans sentir vivement et profondément, et qui ne sont pas douées d'un caractère ferme et constant comme les bilieux ; il faut au contraire chercher d'abord à les attirer à la vertu et à la piété, par le sentiment plutôt que par des raisonnements secs et austères. Vous n'avez point affaire à d'impassibles et froids philosophes, mais à des âmes brûlantes et sensibles. Leur sensibilité sera pour vous le meilleur levier pour remuer leurs molles âmes ; car, avant tout, il faut qu'elles sentent. Quand l'impression de la foi, de la religion et surtout de l'amour de Dieu aura attendri et préparé convenablement les cœurs, alors vous les porterez plus facilement aux affections vives et pures et aux résolutions fortes et généreuses , et puis vous inclinerez plus aisément aussi la volonté à les convertir en actes, qui pourront s'élever peut-être jusqu'à l'héroïsme de la vertu et au sommet de la perfection.
[En mettant ainsi à profit les aptitudes sensibles de ces personnes, on se propose tout d'abord de déplacer l'objet de leurs impressions sensibles et de changer le cours de leurs aspirations ; mais s'arrêter à ce but serait s'exposer à n'obtenir qu'un mince résultat. Il faut ensuite combattre l'exagération affective ellemême, en développant la volonté ; c'est-à-dire en provoquant à l'action. L'exercice physique ne saurait être dédaigné. Une gymnastique prudente, en développant le jeu régulier des organes, peut ramener un peu plus d'harmonie dans les fonctions des systèmes organiques, et concourir à la culture de la volonté. C'est alors que deviendront possibles les fortes déterminations et les généreux sacrifices.]
Le tempérament nerveux est propre à un très grand nombre de femmes et d'enfants, comme nous le verrons ci-après. Ce tempérament, qui est moins une constitution naturelle de l'organisme qu'un état factice et adventice, étend aujourd'hui immensément son empire et s'enracine profondément dans l'espèce humaine, surtout depuis près d'un siècle, c'est-à-dire depuis que tant de perturbations sociales et tant de bouleversements politiques ont ébranlé et secoué violemment l'Europe, ou plutôt le monde entier. A cela on peut ajouter une autre cause également puissante, l'extension démesurée d'un luxe effréné et d'une civilisation excessive, qui jette l'homme aussi loin que possible des sages lois de la nature.
[L'affaiblissement des autres systèmes organiques est sans doute en partie la cause de cette prédominance du système nerveux. Mais ne doit-on pas l'attribuer plus encore à la multiplication toujours croissante des influences affectives physiques et morales, sous la sollicitation desquelles les nerfs demeurent comme en un état de vibration permanente ? C'est ainsi que l'agglomération des populations dans les centres urbains développe ce tempérament, et par la mauvaise hygiène à laquelle il les condamne, et par la multiplicité des perceptions sensibles qu'il leur impose, sans compter celles qu'il les entraîne à rechercher].
Un philosophe célèbre, Pascal, nous présente au moral tous les traits d'un tempérament nerveux au plus haut degré; néanmoins vers la fin, ce tempérament s'est empreint d'une forte teinte mélancolique. Richerand cite encore, comme exemple du tempérament nerveux, Voltaire et Frédéric. Nous pourrions en rapporter des milliers d'autres : nous n'en mentionnerons qu'un seul fort connu, c'est M. de Lamennais. Mais il faut faire observer que le tempérament de ce dernier, éminemment nerveux dans l'origine, s'est
allié à un puissant élément bilieux (voyez les caractères moraux du tempérament bilieux), et il est plus que probable qu'il finira aussi par une forte teinte mélancolique.
Tempérament nervoso-sanguin.
Cette combinaison est un partage assez flatteur pour une foule de personnes. Ce tempérament mixte est très commun, dans les sommités sociales, parmi les hommes de lettres, les savants, les poètes, etc. Il est peut-être plus ordinaire chez les femmes que chez les hommes. On le reconnaît facilement à une figure plus fleurie et plus rose, à des formes plus rondes et à un léger embonpoint, que l'on ne rencontre guère dans le tempérament nerveux pur. De plus, la sensibilité et les sensations sont un peu tempérées dans leur extrême vivacité ; l'humeur est plus gaie et plus enjouée, et le caractère plus franc et plus jovial que dans les nerveux purs.
Au reste chez les hommes de ce tempérament mixte l'attrait pour le plaisir est immense, et la difficulté pour la vertu à proportion. (Voyez les sanguins purs.)
Tempérament nervoso-bilieux.
On peut considérer ce tempérament mixte comme un diminutif du tempérament mélancolique, mais qui est infiniment préférable à ce dernier, parce que le caractère de rudesse, d'âpreté et d'obstination est tempéré dans le bilieux par une sensibilité douce, quoique vive, mais qui n'a rien de triste, de fâcheux et de sauvage, rien en un mot des attributs sinistres du tempérament mélancolique. Il y a ici plus de ressource pour la vertu que chez le bilieux pur. (Voyez les tempéraments bilieux et nerveux purs.)
Tempérament nervoso-lymphatique.
Cette variété , ou ce tempérament mixte, qui tient à la fois du nerveux et du lymphatique, est commun chez les hommes vifs et spirituels d'une complexion faible, qui sont maigres ou chargés d'un embonpoint factice ou adventice. L'intelligence est bien développée à raison de l'élément nerveux. On observe très fréquemment cette combinaison chez les femmes. C'est un tempérament heureux, calme, pacifique, et selon nous c'est le plus propre à la vertu. Il n'offre point l'apathie, l'indolence et la paresse des lymphatiques, ni l'excessive sensibilité, l'extrême mobilité et la pétulance du tempérament nerveux. Les passions sont très-modérées ; on les combat avec avantage et sans grande peine. Il y a un juste balancement et unepondération réciproque, qui forme selon nous,ilfautle répéter, le tempérament parfaitement tempéré et équilibré dans de justes proportions organiques et physiologiques. De là aussi une équipondérance parfaite dans le moral, égalité d'humeur et de caractère, calme imperturbable de l'âme, mais sans torpeur et sans apathie. Le sentiment est même vif, mais doux ; le cœur est très sensible aux impressions de la vertu et de la religion; l'esprit vif et pénétrant saisit promptement les vérités ; le cœur forme les affections pieuses et saintes, que la volonté réduit en actes de vertu de tous les genres.
Si enfin, à ce tempérament mixte nerveux-lymphatique, il se joint encore une teinte du tempérament sanguin, on aura une combinaison nouvelle qu'un très grand nombre de physiologistes regardent comme le tempérament le plus parfait que l'on puisse désirer. Il constitue, selon eux, l'homme le plus achevé au physique comme au moral, puisque cette perfection est le résultat de la combinaison des trois principaux systèmes organiques dans les proportions les plus
exactes. C'est le tempérament de la plupart des femmes des classes opulentes et aisées de nos modernes cités; c'est le tempérament des gens du grand monde, de la haute société, des amateurs du siècle, qui cherchent à plaire ou à briller dans une éblouissante assemblée, à régenter et à dominer dans un salon, comme dit la Bruyère, ou enfin, à faire promptement leur fortune.
Ce tempérament est le produit de l'activité prédominante du système vasculaire ou sanguin.
Attributs physiques. Caractères principaux : une taille avantageuse et bien prise, une physionomie animée, le teint vermeil, des yeux vifs et brillants; les membres sont souples et agiles, les mouvements libres et lestes. Les formes douces et gracieuses, mais bien exprimées, et les chairs fermes et compactes, forment un état mitoyen entre l'obésité et la maigreur; les cheveux sont d'un blond tirant sur le châtain, etc.
Attributs moraux. — Facultés intellectuelles, morales et affectives; caractères, goûts, passions, vices et vertus. Chez les sanguins les sensations sont très vives ; les fonctions intellellectuelles s'exécutent avec aisance et liberté; la mémoire est heureuse, l'imagination vive et brillante. La conception est prompte ; ils saisissent facilement ce qu'on leur enseigne, mais ils passent rapidement d'une idée à une autre, offrent peu de constance et de fixité dans leurs conceptions ou leurs idées, sont impropres aux profondes et longues méditations et aux sciences d'observation, parce qu'ils sont trop pressés de tirer des conclusions et de former des jugements définitifs. Ils sont plus propres aux travaux d'imagination. D'une réflexion peu suivie et
d'une attention peu soutenue, ils" se hasardent à raisonner sur tout, effleurent toutes les questions sans en approfondir aucune. Rarement l'homme sanguin acquiert de lerudition, car il manque de patience dans les investigations scientifiques; rarement aussi il devient un esprit supérieur, parce que sa puissance intellectuelle, d'une trempe ordinaire, n'est pas faite pour les longues et fortes méditations abstraites ; il lui est difficile de s'élever dans les hautes régions de la philosophie.
Vivacité, amabilité, générosité, franchise, bienveillance , cordialité, dévoûment, voilà le caractère moral de l'homme à tempérament sanguin. Il est bon, obligeant, complaisant, doux, humain, compatissant, affectueux , courageux. Son allure est franche et ouverte, ses manières faciles et enjouées ; d'un abord aisé, d'un commerce agréable; mais dans sa jovialité insouciante, il est en général fort léger et très inconstant : on peut même dire que la légèreté jointe à l'inconstance est un de ses principaux attributs. Ses goûts dominants ce sont tous les plaisirs des sens, et principalement les voluptés charnelles, les plaisirs de la table, les spectacles, les bals, les jeux, la gymnastique, la chasse, les parties de plaisir, l'amour excessif et le soin recherché de sa personne, de la toilette, la vanité, l'étude des modes, la coquetterie, les expéditions lointaines , la guerre , les promenades , les voyages, et surtout la variété et le changement dans tous les plaisirs.
Les vices dominants de l'homme sanguin, ce sont l'intempérance et l'incontinence. L'homme de ce tempérament étant l'homme du plaisir, et résumant tous les plaisirs en sa personne, il est l'ennemi né de la pénitence, des austérités et de la mortification chrétienne , et sous ce rapport, il faut peut-être moins exiger des hommes sanguins que de ceux d'un autre tempérament, comme par exemple des lymphatiques.
Leurs appétits sont vifs et impérieux. Sans cesse dominés par la loi de leur organisme, et presque irrésistiblement poussés et impulsionnés par la fougue de leur tempérament et des passions qu'il favorise, ils seront incessamment ramenés à leurs plaisirs et exposés à succomber aux vices qui en sont les fruits amers. Comptez en général fort peu sur toutes leurs promesses et leurs protestations d'abnégation et de fidélité, à moins toutefois que vous ne soyez parvenu à leur inspirer de l'amour pour la beauté de la vertu, ou du moins à les faire plier peu à peu aux habitudes des vertus morales ou, aux pratiques hygiéniques, comme la tempérance, la modération dans les plaisirs honnêtes, le travail manuel, l'exercice prolongé du corps. Exigez d'abord de ces sortes de personnes des vertus plus analogues à leur nature, a leur caractère et à leur goût, comme des actes de générosité, de dévoûment au service du prochain, des offices de charité, de bienfaisance, l'aumône, suivant les circonstances, et puis peu à peu vous retrancherez le luxe ou la superfluité de la table ; et pour cela rien de mieux que d'exercer fortement le corps par le travail manuel, afin de dissiper ou de prévenir l'exubérance nutritive, d'émousser le sentiment de la volupté ou d'amortir Y aiguillon de la chair, et d'habituer le corps à une nourriture simple et frugale.
On trouve les traits physiques du tempérament sanguin dans les belles statues de l'Antinous et de l'Apollon du Belvédère; les vies d'Alcibiade et de Marc-Antoine en offrent les caractères moraux. Voici comment Plutarque, suivant l'observation de Pinel, fait, en peintre habile, le portrait de Marc-Antoine : « Explosion la plus violente des sens à l'époque de la puberté, liaisons intimes avec les hommes les plus corrompus ; prodigalité immense en festins et en débauches; vaines précautions de ses parents de le faire voyager en Grèce, siège brillant des sciences et des
beaux-arts; tiédeur et dégoût pour les jouissances pures de l'entendement, et asservissement aux passions les plus avilissantes; barbe noire et épaisse, nez aquilin, front large, visage coloré, habitude du corps athlétique et digne d'un prétendu descendant d'Hercule ; affectation de tirer vanité de cette origine ; attrait puissant pour la licence et le tumulte des camps; humeur joviale et pleine de jactance; valeur bouillante dans un jour de combat; mais inconstante mobilité et écarts fréquents de la carrière de l'ambition et de la gloire; enfin le sacrifice éclatant et sans cesse renouvelé de la conquête du monde, aux orgies de la voluptueuse Gléopâtre et à la dépravation des mœurs asiatiques. » Personne, dit Richerand, ne présente le type plus parfait du tempérament sanguin que le maréchal duc de Richelieu, « cet homme aimable par excellence, heureux et brave à la guerre, inconstant et léger jusqu'à la fin de sa longue et brillante carrière. » D'après le même physiologiste, on peut encore citer, comme des hommes sanguins, Henri IV, Louis XIV, Regnard et Mirabeau.
Le tempérament sanguin, comme tous les autres, ne se manifeste dans toute sa force que dans la jeunesse et la virilité ; on ne l'aperçoit point avant la puberté, où il n'est que faiblement ébauché, et il s'efface à peu près complètement dans la vieillesse. Il existe plus rarement pur chez la femme que chez l'homme ; dans la femme, il est ordinairement uni au tempérament lymphatique et nerveux , comme nous le verrons ci-après.
On l'observe le plus ordinairement dans les latitudes tempérées, comme la France, l'Allemagne, l'Angleterre. On le rencontre très rarement dans les pays chauds, comme le midi de la France, l'Italie, l'Espagne, l'Afrique, etc. Dans la plupart de ces régions chaudes, on ne voit guère que le tempérament bilieux pur, ou combiné avec le nerveux. On ne le remarque pas
davantage dans les climats froids et aux régions polaires, à moins que ces pays ne soient habituellement secs. Le régime animal est plus propre au développement du tempérament sanguin, que tout autre genre d'alimentation, comme on l'observe chez les Anglais. Le tempérament sanguin est aussi celui qui domine en France, le Midi pourtant excepté.
Tempérament sanguin-musculaire ou athlétique,
Lorsqu'au tempérament sanguin se joint un grand développement du système musculaire, il en résulte une variété de tempérament: sanguin connue sous le nom de tempérament athlétique ou musculaire, lequel offre pour caractère essentiel la vigueur et la force physiques. L'homme doué de cette variété de tempérament sanguin a la tête petite, le cou renfoncé, la poitrine et les épaules larges, les bras vigoureux, un tronc robuste et les saillies musculaires très prononcées sous la peau. L'athlète est courageux plutôt par instinct que par réflexion ; et lorsqu'il est une fois sorti de son flegme habituel, le vif sentiment de ses forces le rend terrible et comme indomptable; il cherche a écraser tout ce qui lui résiste ; c'est la force brute et aveugle personnifiée. Ces attributs physiques nous sont représentés par la belle statue de l'Hercule Parnèse. On retrouve encore ces caractères athlétiques dans les portefaix, chez certains laboureurs et chez les ouvriers vigoureux qui mènent une vie fortement exercée en plein air. Le moral de ces individus est bien moins développé que celui des sujets sanguins. Leurs sensations et leur sensibilité sont aussi moins vives, et leurs f-ucultés intellectuelles n'ont qu'une étendue et une acfivité fort médiocres. Aussi leurs passions sont moins vives et leurs vices plus grossiers que ceux des sanguins purs. On rencontrera plutôt chez eux des désordres crapuleux , la débauche de bas
DU TEMPÉRAMENT LYMPHATIQUE. 2o
étage, l'ivrognerie, des querelles, des rixes, etc. Le point capital est de les guérir de l'ivrognerie, et, ce qui est plus facile, de les en préserver. Quant aux autres passions des sens ou vices de la chair, la sensibilité et l'impressionnabilité étant évidemment moins vives dans les hommes à tempérament athlétique, on éprouvera aussi moins de résistance et de difficulté dans l'emploi des moyens qu'on leur opposera. En outre, les hommes de ce tempérament, plus apathiques, se prêteront aussi plus aisément aux mortifications et à la pratique des austérités, et par conséquent, on les formera plus promptement et plus facilement à la vertu, que les hommes purement sanguins.
Ce tempérament est caractérisé par une taille assez avantageuse, un corps souvent assez volumineux et replet, des chairs molles et une peau lâche, décolorée, blanche et froide, surtout aux extrémités; des formes très arrondies, les muscles peu saillants et faibles, les mouvements lents, tardifs et mesurés, le visage ou pâle ou légèrement rosé, mais assez plein ; la physionomie est tranquille, sans ou avec peu d'expression, et souvent assez insignifiante ; les yeux sont bleus, ternes, le regard sans feu, les cheveux blonds cendrés, roux ou rouges, ou sans couleur et plats; la barbe est blonde ou rousse, molle, fort légère, très peu fournie, tardive, et souvent elle ne se développe que longtemps après la puberté.
Attributs moraux. — Facultés intellectuelles morales et affectives, caractère, goûts, passions, vices et vertus. Les facultés intellectuelles sont médiocrement développées, l'intelligence est faible, la mémoire infidèle, l'imagination froide, les sensations peu vives : cepen-
dant le jugement est droit et sûr. Les affections des lymphatiques sont paisibles et douces, mais sans vivacité et sans énergie. Un esprit de sagesse et de prudence leur donne un caractère excellent et sûr, une conduite pacifique et modérée, des goûts et des opinions qui sympathisent aisément avec ceux d'autrui. Ils sont naturellement amis du repos, tant du corps que de l'esprit, montrent peu de penchant pour les travaux qui demandent beaucoup d'activité, de hardiesse et de grands efforts. Le dolcefar niente fait leurs plus chères délices. Leur naturel les porte puissamment à l'indolence et à la paresse. Ils sont calmes, doux, humains, compatissants, affables, simples, sans malice, sans ruse, sans duplicité, ennemis du tumulte et des disputes ; ils s'émeuvent difficilement. Ils sont froids, insouciants, lents, apathiques, c'est-à-dire peu sensibles, peu irritables et peu impressionnables. Les passions turbulentes et furieuses ne sont point dans leur nature. On connaît le mot de César sur Antoine et Dolabella, ainsi que sur Brutus et Cassius, quand on lui parlait de leurs projets sinistres à son égard. On accusait les deux premiers : Je ne crains rien des hommes à embonpoint et à belle chevelure (les lymphatiques), je redoute bien plus ces hommes au teint jaunâtre et à la face maigre (les bilieux). Il parlait de ses assassins mêmes. Toutes les passions des lymphatiques sont très modérées; « et de cette modération dans les désirs, dit un physiologiste moderne, naissent dans bien des occasions, ces vertus de tempérament, vertus dont, pour le dire en passant, les possesseurs devraient moins s'enorgueillir. » La patience et même la longanimité sont un de leurs principaux attributs. Si les lymphatiques sont peu portés aux plaisirs de la chair, ils aiment encore assez ceux de la table, et surtout ils s'adonnent volontiers aux boissons fermentées, et particulièrement à la bière et au genièvre (liqueur faite avec la graine du genévrier), à l'usage du tabac,
qu'ils fument dans les estaminets, les tabagies, comme on le voit dans la Hollande, la Flandre, la Belgique, et dans les tavernes de Londres, tous lieux généralement fréquentés par les gros buveurs de bière et les fumeurs de tabac, lesquels sont presque tous des hommes lymphatiques et poli/sarques.
(( Les individus qui présentent ce tempérament, (Richerand), auquel les anciens donnaient le nom de piiuiteux , et que nous nommons lymphatique parce qu'il dépend réellement de l'excès de développement de ce système, ont pour la plupart un penchant insurmontable à la paresse, répugnent aux travaux de l'esprit comme à l'exercice du corps ; aussi ne doit-on pas s'étonner de n'en point rencontrer parmi les hommes illustres de Plutarque. Peu propres aux affaires, ils n'ont jamais exercé un grand empire sur leurs semblables; ils n'ont jamais bouleversé la surface du globe par des négociations ou par des conquêtes. L'un des amis de Cicéron, Pomponius Atticus, dont Cornélius nous a transmis l'histoire, se conciliant tous les partis qui détruisirent la république romaine, dans les guerres civiles de César et de Pompée, nous en offre le modèle. Parmi les modernes, l'indifférent Michel Montaigne, dont toutes les passions furent si modérées qu'il raisonnait sur tout, même sur le sentiment, était vraiment pituiteux. Mais chez lui, la prédominance du système lymphatique n'était pas portée si loin, qu'il ne s'y joignît une assez grande susceptibilité nerveuse. »
Voici comment s'exprime un autre physiologiste trop célèbre (Cabanis) : « Leurs idées, leurs sentiments, leurs vertus, leurs vices ont un caractère de médiocrité qui, malgré l'indolence naturelle de ces individus, les rend extrêmement propres aux affaires de la vie; de sorte que, sans se donner beaucoup de mouvement pour rechercher les hommes, ils en deviennent bientôt naturellement les guides, les conseils
et finissent souvent par les gouverner, avec une autorité que des qualités plus brillantes ou plus prononcées donnent quelquefois, mais ne permettent guère de conserver longtemps. »
Leur passion dominante est la paresse. 11 faut donc chez eux combattre ce vice sans relâche, ou plutôt s'appliquer à le prévenir, en les tenant sans cesse en haleine par une vie active, dont tous les moments soient remplis et utilement employés. L'essentiel est donc de leur faire éviter l'oisiveté et le désœuvrement, sans quoi vous les verrez bientôt livrés et abandonnés au vice, à la paresse, à la bonne chère, à la boisson, et très probablement à l'onanisme; car leur caractère timide et indolent les portera plutôt aux désordres solitaires, auxquels ils sont toujours à même de se livrer aisément. Le principe de ce vice détestable ne sera pas chez eux un excès de sensibilité, comme chez un grand nombre d'autres sujets plus ou moins nerveux, mais le seul fait du désœuvrement joint à la bonne chère et à la boisson.
On les formera assez facilement à la vertu, mais à des vertus qui ne demandent pas de ces grands sacrifices, dont leur flegme apathique les rend incapables. Bien qu'ils soient très patients, les grands travaux qui demandent beaucoup d'activité et de courage les effraient et les rebutent facilement. Leur humeur paisible, leurs mœurs volontiers pures et douces et leur esprit de modération feront des lymphatiques des hommes vertueux, de bons citoyens qui rempliront exactement tous les devoirs de la vie civile et sociale, et constitueront par conséquent de fidèles et bons chrétiens.
On trouvera le type de ce tempérament dans les pays froids et humides, comme par exemple dans la Hollande, qui est la terre classique des lymphatiques. « Tels sont, dit M. le docteur Virey, à divers degrés d'intensité, les habitants des territoires humides et
froids, des vallons creux, encaissés entre de hautes montagnes, les peuples des pays bas, fangeux ou marécageux, respirant un air nébuleux, stagnant, et qui subsistent au milieu d'épais brouillards avec des aliments farineux ou pâteux, le laitage et le beurre, le lard, les racines, la pomme de terre, les polenta et autres matières de lente et pénible digestion, en buvant des eaux croupissantes ou de la bière, du quass, etc. »
Tempérament lymphatique - sanguin ou sanguinlympnatique, suivant la prédominance organique ou fonctionnelle.
Cette variété ou ce tempérament mixte paraît être, avec le tempérament lymphatique nerveux, le (tins ordinaire aujourd'hui en Europe. Les individus qui en sont doués tiennent plus ou moins du sanguin ou du lymphatique. Ils ont plus d'embonpoint et les formes plus arrondies que les sanguins purs ; leur physionomie est aussi plus fleurie, plus douce et plus animée que le visage pâle et terne des lymphatiques purs ,• ils ont également les cheveux moins blonds et plutôt châtains.
L'intelligence des sanguins lymphatiques est médiocre; ils sont incapables de beaucoup d'application, leurs passions sont douces et modérées ; ils montrent beaucoup d'égalité dans le caractère , une gaîté franche, un goût pur; en un mot, ils sont spirituels, enjoués, très aimables, fort recherchés dans la société et d'un commerce en général très agréable. Ils aiment assez les plaisirs, mais avec plus de sagesse et de modération que les sanguins purs. Cependant, malgré ces qualités naturelles, une éducation négligée ou mal dirigée peut faire fausser leur caractère, le rendre froid et égoïste, et former en un mot, des sanguinslymphatiques, des sujets superficiels et médiocres,
tant sous le rapport intellectuel que moral. Mais, à part cette déviation, le moraliste prudent et éclairé les formera plus aisément à la vertu que les sanguins purs, parce que toutes leurs passions sont en général plus modérées , et empreintes d'un caractère de flexibilité qu'elles tiennent de l'élément lymphatique.
Attributs physiques. La taille est médiocre, la charpente forte, il y a maigreur ou très peu d'embonpoint ; les formes sont bien marquées et rudes ou durement exprimées, les chairs fermes ; les muscles vigoureux et saillants, les veines très apparentes, le visage sec, le teint jaunâtre sur un fond plus ou moins brun, les yeux vifs et étincelants et quelquefois nuancés de jaune, les cheveux noirs, parfois crépus, et tombant dé bonne heure. La prédominance du système hépatique ou du foie, qui est l'organe sécréteur de la bile, imprime son cachet à tout l'organisme, et de là, la dénomination de tempérament bilieux.
Attributs moraux. — Facultés intellectuelles, morales et affectives, caractères , passions, goûts, vices et vertus. L'homme bilieux est doué d'une grande capacité de conception, montre beaucoup d'imagination, un jugement solide et réfléchi, et généralement il a plus d'e génie que d'esprit. Ainsi il est propre aux sciences et aux méditations fortes et abstraites. Son caractère est ferme et inflexible, ses passions sont fortes et énergiques , plutôt égoïstes et concentrantes qu'affectueuses et expansives : mais sa passion dominante c'est l'ambition, comme l'amour chez le sanguin. Pour la satisfaire, il ne recule devant aucun sacrifice, aucun obstacle n'arrête son courage infatigable : il conçoit les projets les plus hardis, et montre dans leur exécution une activité, une constance et une audace à
toute épreuve : Justum et tmacem proposili virum, etc. Aucun revers ne rebute son invincible persévérance, qui est souvent couronnée de succès. Les bilieux sont naturellementjaloux, défiants, prévoyants, dissimulés, taciturnes, d'un abord sec et brusque, d'un commerce difficile et dur ; ils montrent volontiers de la rudesse dans leurs manières et de l'âpreté clans leurs procédés. Ils sont vifs, actifs, impérieux, fougueux, emportés, très irascibles, entêtés et opiniâtres, et généralement on les craint plus qu'on ne les aime. C'est parmi les hommes de ce tempérament que l'on trouve ceux qui ont gouverné ou bouleversé le monde, des usurpateurs ou des conquérants fameux, ou d'audacieux scélérats, c'est-à-dire des hommes qui se sont signalés par de grands exploits ou par de grands crimes, et qui ont été l'admiration ou la terreur de la terre. Tels ont été Alexandre, Jules César, Brutus, Mahomet, Charles XII, le czar Pierre, Cromwell, le cardinal de Richelieu, et par-dessus tous Napoléon, qui fut éminemment bilieux. « Observez, dit Richerand , cet homme qui, né d'une famille obscure, végète longtemps dans les rangs inférieurs ; de grandes secousses agitent et bouleversent les empires; acteur d'abord secondaire de ces grandes révolutions qui doivent en changer la destinée, l'ambitieux cache tous ses desseins, et, par degrés, s'élève au souverain pouvoir, employant aie conserver la même adresse qu'il mit à s'en rendre maître. C'est en deux mots l'histoire de Cromwell et celle de tous les usurpateurs. »
D'après tout ce qui précède, il est facile de reconnaître que les passions dominantes de l'homme bilieux sont l'amour de la gloire et de la célébrité, c'est-à-dire l'ambition et l'orgueil, auxquels on peut joindre la colère, qui est, si on peut le dire, comme sa passion domestique. Quand une fois ces vices sont entrés dans le cœur de l'homme bilieux, il est bien difficile de les en extirper. Il faut aussi faire de la pro-
phylaxie, comme chez les sujets sanguins; c'est-à-dire qu'il faut chercher à prévenir ces graves désordres par de bons avis et Lde salutaires pratiques ; d'autant plus que les bilieux sont capables de beaucoup de vertu, par leur courage et leur constance. Avant tout, il faut s'appliquer à leur inspirer l'amour de la vertu, et, dès qu'une fois ils en ont goûté les charmes secrets et délicieux, aucun sacrifice ne leur coûtera; ils ambitionneront la vertu, comme leur tempérament, leur caractère et leur génie les auraient portés à ambitionner les honneurs et la gloire ; il ne s'agit donc que de leur faire changer l'objet de leur affection. Quelquefois même il sera peut-être nécessaire de refréner leur vive impatience et leur indiscrète ferveur; ils voudraient parfois, dans leurs projets ou leurs rêves utopiques, arriver à la perfection, avant de connaître le chemin qui y conduit et les moyens qui en assurent la vraie possession ; et par là, ils sont d'autant plus exposés à tomber dans l'illusion et à entrer dans de fausses routes, qu'étant naturellement très impérieux et entiers, ils sont fort attachés à leur sentiment. Au reste, il est certain que leur caractère sombre, taciturne, dissimulé, déliant et soupçonneux les rend très difficiles à conduire, parce que tous ces défauts cachent toujours chez eux, un germe secret et vivant d'orgueil et d'ambition.
Enfin si, Dieu aidant, on est assez heureux pour faire entrer les bilieux instruits et lettrés dans la sainte voie de l'humilité chrétienne [grande opusl), ils peuvent en fort peu de temps parvenir à un haut degré de vertu et de sainteté, et devenir même très propres à conduire leurs semblables dans le chemin de la perfection.
On observe particulièrement le tempérament bilieux dans les pays chauds, dans le midi de la France, en Espagne, en Portugal, etc., chez les Provençaux, les Languedociens, les Espagnols, etc.
DU TEMl'ÉHAMENT BILIEUX, 33
Tempérament bilieux-sanguin ou sanguin-bilieux suivant la prédominance organique ou fonction nelle.
Il arrive souvent, soit par une disposition innée, or ganique, soit par l'influence du régime, du genre de vie, des habitudes et surtout du climat, que le système hépatique acquiert, chez certains individus primitivement et naturellement sanguins, une prédominance d'organisation ou d'action très remarquable. Or, l'influence que le foie exerce sur toute l'économie par ses fonctions et ses rapports sympathiques, modifiera et contre-balancera nécessairement plus ou moins les mouvements organiques et les saillies prédominantes du tempérament sanguin ; et réciproquement et par des causes analogues, le tempérament sanguin peut imprimer au tempérament bilieux ses propres caractères. Ainsi, d'après ces lois physiologiques, cette association synergique de deux systèmes d'organes différents tourne à l'avantage de l'individu. Ces deux tempéraments se modifient, se modèrent et se tempèrent réciproquement l'un par l'autre.
On reconnaît le tempérament bilieux-sanguin à un coloris moins vif et moins rouge de la figure, à une physionomie un peu dure, à une légère teinte brunâtre ou foncée de la peau, aux cheveux plus noirs. Les formes sont plus rudement exprimées et les muscles plus saillants. Les sensations sont vives, l'intelligence très développée, le jugement solide, la mémoire heureuse, l'imagination vive ; en un mot, on observe toutes les qualités de l'esprit du bilieux pur, mais plus douces, plus calmes, plus polies et plus attiques. L'esprit, conservant toute sa vigueur, a perdu son âpreté et sa rudesse : il est très propre à l'étude des sciences exactes, au maniement des grandes affaires, aux combinaisons de la politique,
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aux négociations diplomatiques, etc. On trouve dans le caractère du bilieux-sanguin la fermeté et la constance jointes à la douceur et à l'aménité. Les passions en général, quoique fortes, énergiques, sont tempérées par la politesse et par le charme des formes sociales. L'amour des plaisirs sensuels et charnels est moins vif et moins impérieux, la tempérance moins difficile; la raison, au moins la raison philosophique, domine davantage les exigences et les désirs de la chair; en somme il y a plus de ressource pour la vertu. Et certes, sous tous les rapports, ce tempérament combiné ou mixte est préférable au sanguin ou au bilieux pur. Il en est à peu près de même pour tous les tempéraments" combinés ou mixtes.