DU TEMPÉRAMENT EROTIQUE OU GÉNITAL DANS LES DEUX SEXES
Quoique ordinairement cette espèce de tempérament ne soit point comprise dans la doctrine générale des tempéraments, nous avons cependant cru devoir consacrer un chapitre particulier à l'examen d'un état idiosyncrasique de l'homme, que nous appelons tempérament erotique, et dont il est inutile de donner une plus ample définition.
Nous n'en esquisserons ici que les traits les plus saillants et les plus faciles à saisir, et surtout les plus propres à conduire à des conséquences pratiques. Nous devons en cette matière être bref, et surtout ne pas perdre de vue le grave et auguste caractère des personnes pour lesquelles nous écrivons. Cette considération nous im pose donc l'obligation d'une décence sévère dans le langage, et la nécessité d'élaguer une foule de détails, que l'on ne peut tolérer que dans les seuls écrits des médecins et des physiologistes.
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Ce tempérament ne présente guère d'attributs physiques propres, spécifiques, évidents etsaisissables à la première vue ; on peut toutefois regarder comme tels le regard cynique et la bouche lippue, qui sont les traits principaux de la physionomie du satyre de la fable. Peut-être aussi y a-t-il des caractères plus certains, comme ceux tirés des tempéraments sanguins et nerveux. Ainsi le tempérament sanguin-nerveux, plus une grande sensibilité et une prédominance organique du système sexuel, sont souvent la cause immédiat e et prochaine du tempérament erotique. Il se décèle ordinairement par l'explosion de toutes les sensations et de tous les penchants qui ne paraissent avoir d'autre objet que l'amour physique, ou d'autre but que la génération.
Le tempérament erotique se manifeste quelquefois dans toute sa violence, chez certains individus d'ailleurs fort recommandables par la sévérité et l'austérité de leurs mœurs. On ne détruit pas à volonté les lois de l'organisme. Sa grande fréquence dans les cités populeuses et chezles peuples corrompus, prouve sans doute combien contribuent à son développement les habitudes vicieuses d'une vie désœuvrée et dissolue. Ce tempérament partiel est très fréquent chez les crétins (êtres dégradés du Valais et autres cantons de la Suisse) si tristement remarquables par des penchants extraordinaires à la lubricité. C'est aussi ce tempérament insolite et anormal qui prédispose si éminemment aux névroses fatales du système générateur connues sous le nom de saiyriasis dans l'homme et de fureur utérine ou nymphomanie chez la femme. On a même rencontré les exemples singuliers d'un développement précoce de l'appareil génital, et l'on a trouvé des enfants devenus déjà hommes par leurs attributs virils et leur apparence d'aptitude à la génération, tant est grande la puissance de la prépondérance organique dans l'économie humaine! Mais ces
déviations et ces aberrations sont très peu communes, et nous ne devons les mentionner ici que comme des cas rares et exceptionnels.
« L'érotomanie, dit le célèbre Esquirol, diffère essentiellement de la nymphomanie et du satyriasis. Dans ceux-ci, le mal vient des organes reproducteurs, dont l'irritation réagit sur le cerveau; dans l'érotomanie, l'amour est dans la tête. La nymphomane et le satyriaque sont victimes d'un désordre physique ; les érotomaniaques sont le jouet de leur imagination. L'érotomanie est à la nymphomanie et au satyriasis ce que les affections vives mais honnêtes du cœur sont au libertinage effréné... » Nous ne pouvons partager en tout point l'opinion de ce savant ; nous ne pouvons croire que les affections du cœur chez les érotomaniaques soient des affections honnêtes ; nous pensons qu'elles sont plutôt de véritables passions, plus ou moins déréglées, parce que les affections honnêtes, légitimes, permises, qui ont un but louable, sont douces, calmes et pacifiques, ne troublent pas la raison, et ne rendent pas les personnes folles. Or les affections du cœur qualifiées d'honnêtes par Esquirol, sont turbulentes , désordonnées, et font perdre la raison; donc ce sont de vraies passions erotiques, déshonnêtes et déréglées, et elles partent par conséquent d'une source impure, comme le prouvent manifestement les exemples cités par Esquirol lui-même. (Dict. des sciences mècl., t. XIII.) L'amour honnête et chaste, qui est le fruit de mœurs pures et chrétiennes, est modéré et réglé par la piété et conçu dans un but juste et légitime ; il est donc distinct de toute passion déréglée, et ne trouble jamais la raison, ni ne porte atteinte au franc-arbitre de l'homme. Les païens avaient regardé l'érotomanie comme une vengeance de Cupidon et de sa mère. Gallien accuse l'amour d'être le principe et la cause des plus grands désordres physiques et moraux. Nous ne voulons point
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invoquer, contre les désordres de l'amour physique, les témoignages des Pères de l'Église et des moralistes chrétiens. Les philosophes, les poètes, les orateurs, les médecins eux-mêmes de tous les âges, se sont élevés contre les maux innombrables causés par la funeste passion de l'amour. Nous ne citerons qu'une seule autorité non suspecte d'ascétisme, celle d'un médecin philosophe, du docteur Virey.
« L'on a calculé, dit-il, que les maladies des organes pulmonaires, comme la phthisie tuberculeuse ou autre, les affections catarrhales, l'asthme, etc., enlèvent plus du sixième ' de la population de nos contrées. Parmi ces nombreuses victimes le sexe féminin entre pour un tiers de plus que les hommes. Cette mortalité sévit principalement entre vingt et cinquante ans, c'est-à-dire pendant l'époque de la plus grande vigueur génitale, dont les abus deviennent d'autant plus meurtriers, qu'ils sont plus animés par ces affections de l'appareil pulmonaire. Or, si ces maladies n'attaquent nullement au même degré les nations sauvages et chastes, dans les climats analogues aux nôtres, si elles épargnent les animaux même domestiques parmi nous, si tout au contraire on voit ces maux s'aggraver avec la perte des mœurs et par le luxe de notre civilisation, ne devons-nous pas reconnaître que la dissipation du sperme dès la tendre jeunesse et l'agacement nerveux qui en résulte, sont la ruine et la peste du genre humain? N'est-il pas manifeste que ces affections de la poitrine poussent cruellement aux voluptés et suscitent même des pollutions funestes, comme elles ont commencé par l'effet de l'onanisme ? C'est donc l'amour qui traîne à la mort.
« Au contraire, par la chasteté toute l'organisation est raffermie ; notre âme conserve le feu sacré delà pudeur comme celui de Vcsta, un ardent enthousiasme
1 On pourrait dire aujourd'hui : presque un tiers.
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pour de mâles pensées comme pour des actions vives, étincelantes : tant que nous préférons l'honneur à l'utilité, en faisant taire les ignobles intérêts devant l'amour de la gloire, alors elle brille longtemps de l'éclat de la jeunesse ; jusque sous les glaces de l'âge, elle cultive l'énergie vitale ; elle est riche d'espérance, et se flatte, dans l'avenir même, de chimères ou d'affections romanesques. Tels sont particulièrement les caractères qui ont conservé l'innocence dans leurs amours Leurs longues années ne sont point désormais dépouillées de verdure et de fraîcheur; une sève abondante circule encore dans l'économie, malgré leurs vieux jours ; ils tiennent de la nature immortelle : Cruda Deo viridisque senectus.
« Considérez au contraire ces hommes que le monde appelle souvent sages et expérimentés, parce qu'ils ne voient plus la société que dans sa dégradation, ou dépouillée de toutes ses qualités honorables et généreuses. C'est là, dit-on, le positif et la réalité; ils placent avant tout le gain et l'argent. Calculant froidement et le bien et le mal, ils savent au juste ce que rapportent le crime et la vertu. Ils se plient parfaitement aux temps, aux circonstances ; regardant comme duperie les sentiments moraux de l'amour, ils ne sourient qu'à la puissance matérielle des jouissances et de la fortune. Indifférents à tout, comme des vieillards, ils n'éprouvent plus qu'avec tiédeur et dégoût toute volupté qui ne rapporte aucun profit direct ; pesant tout au poids de l'or, ils marchandent le cœur humain et l'innocence, comme si toute vertu était à prix, tant les sordides intérêts se sont incrustés dans ces entrailles énervées et abâtardies. »
C'est au tempérament erotique qu'un nombre infini d'individus doivent les excès et les désordres les plus déplorables, dont ils sont trop souvent les tristes et malheureuses victimes. Chez eux, une mauvaise éducation et une fausse direction dans les idées et
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dans les affections ont laissé la volonté infirme et esclave el l'àme subordonnée à l'empire des sens. Enfin, indépendamment d'une organisation fatale et malheureuse, il est encore une foule de causes physiques ou morales, capables de favoriser le développement du tempérament ou du sens génital, comme un genre de vie peu réglé, une alimentation succulente, stimulante et incendiaire, l'oisiveté, l'abus des boissons alcooliques, certaines irritations dartreuses, prurigineuses ou autres fixées sur les organes génitaux ; la lecture des livres erotiques et romanesques, de productions chevaleresques et aventureuses; la fréquentation des spectacles et des bals; les concerts, les grandes réunions, les assemblées, les compagnies séduisantes et mondaines, etc.
.Maintenant, que faire pour contre-balancer cette pente fâcheuse au vice, et cette loi fatale de la chair qui étouffe l'esprit par son poids accablant?La meilleure médecine ici est une sage prophylaxie tirée des préceptes moraux et hygiéniques. Sans doute avant tout, il faut s'appliquer à inspirer la crainte de Dieu et l'amour de la vertu et des devoirs, et puis recommander particulièrement la fuite des occasions, des causes et des prédispositions éloignées et prochaines ci-dessus exposées ; la pratique de la tempérance et d'une exacte sobriété; le travail manuel, l'exercice corporel, une occupation matérielle ou mécanique incessante, la fatigue, quelquefois même lâchasse, qui, dans certains cas, a produit les meilleurs et les plus étonnants effets. Diane, comme on sait, est l'ennemie naturelle de Vénus. Un exercice violent étouffe le< sentiments erotiques, en faisant naître des sensations plus impérieuses encore, comme un besoin excessif d'alimentation , c'est-à-dire une faim insatiable, avec une propension irrésistible au repos physique.
Le célibat , sans l'emploi de presque tous ces
moyens, est moralement impossible chez les individus des deux sexes auxquels est fatalement dévolu, d'une manière native ou adventice, un tempérament erotique ou génital.
[Il ne faut pas oublier que la culture trop exclusive d'une des facultés de l'âme ne saurait y rétablir l'équilibre. Développer à l'excès le travail physique ou l'exercice intellectuel, comme dérivation à l'entraînement génital, ne peut être que d'un secours momentané. Ce qu'il faut, pour prévenir une réaction et une sorte de choc en retour, c'est de cultiver, en même temps que l'intelligence, l'énergie morale; c'est de dépenser l'énergie physique au moyen d'une gymnastique bien ordonnée. Et c'est seulement par l'exercice simultané de tous les modes de l'activité humaine, que l'on peut espérer enrayer un mouvement passionnel aussi entraînant que celui que provoque le sens génital.]
Attributs physiques. — [Le tempérament mélancolique peut être considéré comme une variante du tempéramentnerveux,dans lequel, avec prédominance des aptitudes affectives, on constate une dépression des puissances actives de ce système. Sous ce dernier rapport, les mélancoliques se rapprochent des sujets à tempérament bilieux; et, suivant la plupart des auteurs, les nerfs y sont pour autant que la bile].
On y remarque une stature élevée, un corps maigre, grêle et sec, une figure pâle ou jaunâtre, allongée, amaigrie, anguleuse et osseuse; le regard est sombre, inquiet et triste, les yeux enfoncés, bruns ou noirs, les cheveux également noirs ; les veines sont grosses et très apparentes. Tous les mouvements des mélancoliques sont lents et compassés; ils marchent courbés et à petits pas, etc.
Attributs moraux. — Facultés intellectuelles, morales et affectives; caractère, goûts, passions, vices et vertus. Les mélancoliques ont l'imagination extrêmement vive, mais lugubre et fort exaltée, avec une force de mémoire singulière. Leurs idées sont le fruit de leurs méditations continuelles, mais elles sont toutes rembrunies, sombres , extraordinaires , chimériques ou extravagantes. Leurs sensations sont très vives, profondément et douloureusement ressenties; ils sont d'une sensibilité exquise ou d'une dureté stoïque ; en un mot, ce tempérament offre les plus grandes et les plus singulières aberrations de sensibilité ou d'affectibilité. Le caractère du mélancolique est presque toujours soupçonneux, méfiant, difficile, inquiet, rêveur, taciturne, fantasque, morose, misanthrope ; il ne se plaît que dans la solitude, pour s'y livrer avec liberté à ses éternelles méditations; il fuit les hommes, et souvent, par humeur misanthropique , déteste la société sans sujet raisonnable, et choque tout le monde, hors ses amis, auxquels il est fidèle. Il froisse tous les intérêts, est opiniâtre, intraitable, d'un commerce âpre et dur, ou plutôt insupportable. Le mélancolique est très vindicatif, et souvent il nourrit dans son cœur ulcéré des haines profondes. Aussi on le déteste et on le fuit. Ses passions sont en général véhémentes, explosives et souvent dangereuses; mais il sait les dissimuler et les concentrer. Il poursuit ses idées ou ses projets avec une persévérance, une patience , une ténacité , une opiniâtreté sans égales ; et si les passions de ce tempérament extraordinaire, en quelque sorte accidentelles, ne sont pas refrénées à temps par des principes religieux et une bonne éducation, elles produiront des hommes dangereux et insupportables à la société, ou des êtres bizarres, fantasques et visionnaires, ou même des chefs de partis, de factions ou de sectes, des hérésiarques, des tyrans ou des fauteurs de troubles, et de
toutes les entreprises qui surpassent en audace et en témérité la portée ordinaire des autres hommes ; car ils sont assez souvent doués de talents et de grands moyens d'action sur leurs semblables. Leur langage est plein de force, de feu et d'imagination; c'est celui d'hommes persuadés. Aussi quelquefois ils se montrent comme des hommes inspirés, et de là résulte souvent du fanatisme de plus d'un genre ; ils examinent, ils scrutent, ils pèsent tout ; les moindres choses sont pour eux des événements; ils se repaissent de chimères ou se forgent des aventures sinistres et dramatiques, qui les troublent et les rendent malheureux; enfin ils sont très disposés à l'hypochondrie et même au suicide, comme nous en avons vu trop d'exemples.
Les caractères de Tibère et de Louis XI ne laissent rien à désirer pour la détermination morale du tempérament mélancolique. « Lisez, dit Richerand, dans les Mémoires de Philippe de Gommines et dans les Annales de Tacite, l'histoire de ces deux tyrans craintifs, perfides, défiants, soupçonneux, cherchant la solitude par instinct, et la souillant par tous les actes de l'atrocité la plus barbare et de la débauche la plus effrénée. La méfiance et la timidité, jointes à tous les dérèglements de l'imagination, forment le caractère moral de ce tempérament. Le morceau dans lequel Tacite peint la conduite artificieuse de Tibère, lorsqu'il refuse l'empire qui lui est offert après la mort d'Auguste, peut en être donné comme le tableau le plus parfait. » Versœ inde ad Tiberum preces, etc. (Tac, Ann. lib. I.)
On cite encore comme exemple du tempérament mélancolique, au moins quant au moral, le Tasse, J.-J. Rousseau, Zimmermann, Gilbert, etc.
D'après tout ce qui précède, il est aisé de voir que le vice, ou plutôt les vices dominants du mélancolique sont un orgueil secret, profondément concentré et dissimulé , la jalousie , l'envie, la haine, le désir de la
vengeance, une tristesse profonde qui porte au désespoir et même quelcpiefois au suicide, un attachement excessif à ses propres idées sans déférer au sentiment de personne, une opiniâtreté presque invincible à poursuivre des chimères, au préjudice de ses devoirs positifs et réels.
Nul autre peut-être que le mélancolique n'a autant d'efforts à faire pour pratiquer la vertu, bien qu'il soit généralement exempt des vices grossiers de la chair et des plaisirs ou des excès de la table. Mais, si l'on est assez heureux pour lui inspirer l'amour de la vertu, sa fermeté et sa ténacité pourront le maintenir dans la voie droite, l'y affermir et même l'y rendre presque inébranlable, pourvu que vous ayez soin de ne pas le laisser dévier ni à droite ni à gauche. Vouloir exiger d'un homme de ce caractère un très haut degré de vertu, ce serait peut-être l'exposer à un très dangereux écueil et à d'interminables scrupules, dont peutêtre vous ne le guéririez jamais, et qui enfin lui feraient perdre ou rejeter toute pratique de religion ou de piété, en supposant toutefois qu'ils ne le conduiraient pas au désespoir, à la folie ou au suicide.
Nous le répétons : établissez et maintenez le mélancolique dans un degré de vertu ordinaire, et avec l'aide de Dieu vous le sauverez ; mais un point essentiel à observer, c'est de le distraire de ses rêveries et de ses mortelles tristesses, afin de le rendre inaccessible aux scrupules, auxquels les mélancoliques sont fort sujets, quand ils s'adonnent à la piété. Si vous rencontrez un esprit d'une trempe solide , c'est-à-dire un esprit bien fait et juste et un jugement droit et sain, quoique souvent emporté et ballotté par les bourrasques d'une imagination fougueuse, vous pouvez, en bridant celle-ci, diriger et pousser sans crainte votre homme vers le but de la perfection et même d'une haute perfection ; mais, encore une fois,
préservcz-lc avec soin des scrupules. (Voyez le tempérament bilieux, p. 30.)
Tempérament mixte, mélancolique-sanguin et sanguin-mélancolique, suivant la prédominance organique ou fonctionnelle.
On reconnaît cette variété, qui est très rare , à une physionomie très expressive, à un regard à la fois vif, doux et attachant. Le teint est peu coloré, le corps offre peu d'embonpoint; on ne rencontre pas ici la vivacité et l'impétuosité qui caractérisent le tempérament sanguin pur, mais plutôt une certaine lenteur compassée, une sorte de timidité et d'hésitation dans la démarche Les sensations sont vives, profondes et durables, l'imagination brillante et exaltée, l'attention très soutenue et la mémoire très puissante. On remarque aussi une certaine hésitation dans la conduite morale, dans les déterminations et les relations sociales, un peu de rudesse quelquefois dans les procédés, ou, d'autres fois, des démarches irréfléchies, précipitées ou fausses, par suite des erreurs de jugement auxquelles ces sortes de sujets sont exposés, à cause de leur aptitude singulière à réaliser les informes et bizarres produits de leur ardente et fougueuse imagination. Du resfe leurs passions ou leurs affections sont moins expansives et moins vives , mais plus constantes qne celles des sanguins purs, ils sont aussi moins enclins aux plaisirs des sens ou de la chair ; enfin il y a chez eux plus de ressource pour la vertu, et ils sont plus fermes et plus constants dans le bien, que les hommes d'un tempérament sanguin pur.
Tempérament mélancolique-bilieux.
Cette variété, ou plutôt cet état en quelque sorte maladif, n'est que l'exagération très prononcée des
tempéraments bilieux et mélancolique. 11 est souvent le résultat des longues souffrances, soit physiques soit morales, des profonds chagrins ou des travaux excessifs de l'esprit, ou enfin d'une piété ou d'une dévotion peu éclairée, fausse ou mal entendue.
Cette espèce do tempérament pathologique rond l'homme rude et austère à l'excès envers lui-même, et également dur etfarouchc à l'égard des autres. Cette condition étrange et anormale peut facilement conduire au dernier degré de misanthropie, amener un désordre, une perturbation mentale ou une lésion affective, et avoir pour résultat final l'homicide ou le suicide.
Il est donc très important de surveiller de près ces sortes de personnes, et de les traiter avec beaucoup de prudence, de patience et de charité, ce que l'on ne pourra faire avec succès, qu'après avoir gagné entièrement leur confiance. Et'à cet effet, il faudra s'appliquer à s'insinuer peu à peu dans leur esprit et dans leur cœur, à s'identifier en quelque sorte avec eux; et ainsi, par cette conduite de douceur et de charité, on gagnera leur affection et leur confiance, on dominera tout leur être moral et intellectuel, et on leur sauvera à la fois l'âme, l'esprit et le corps.