RÉFLEXIONS PRÉLIMINAIRES
sur certaines parties du corps, ne provoquer aucune douleur,mais s'accompagner au contraire d'une satisfaction qui tient de la délectation vénérienne, et peut même aller jusqu'à provoquer l'orgasme ou la pollution.
Ce sont là des perversions de la sensibilité qu'il faut connaître ; car, bien qu'elles soient rares, elles peuvent induire en erreur, relativement à l'opportunité de certaines pratiques de pénitence, qui iraient ainsi à l'encontre du but qu'on se propose en les conseillant ou en les permettant.
D'autres divisions peuvent être admises encore dans cette étude, selon que la luxure est directe, autrement dit, provoquée par un acte immédiat, facile par conséquent à apprécier, selon qu'elle est indirecte, c'est-à-dire que l'on s'expose à la commettre, en se mettant dans les conditions qui peuvent y donner lieu. Tel est par exemple l'excès dans l'usage des satisfactions sensuelles, celles de la table surtout, les lectures, les images et les spectales dangereux. A ce sujet, je ne saurais mieux faire que de reproduire le jugement qu'en a porté saint Alphonse : Cum pollutio non sitvolita, eo gradu mala erit, quo mala est ipsa causa. Les distinctions ci-dessus établies, permettront, je pense, de distinguer suffisamment le degré de malice dont il est ici parlé.]
[La pollution consommée est celle qui aboutit à l'éjaculation de la liqueur spermatique. Or, il est une espèce de souillure manuelle, qui se borne à provoquer et parfois à entretenir la sensation vénérienne et l'ébranlemeut nerveux qui en résulte, sans aller jusqu'à déterminer le spasme etl'éjaculation. L'excitation portée sur les organes génitaux externes est perçue par les centres nerveux comme sensation spéciale, mais elle reste limitée à ce degré où elle ne se transforme pas encore en réaction spasmodique. C'est là sans doute un grand désordre, et si la faute en ellemême est moins grave que dans l'onanisme consommé,
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elle est au moins aussi dangereuse. Celui-ci méconnaît en effet la fin naturelle de la fonction génératrice, il la détourne de son but et perd, sans aucun fruit que la jouissance, l'agent fécondateur qu'elle a charge de produire. Mais l'onanisme sec entretient le système nerveux dans un état d'excitation permanente. La production du spasme et de l'évacuation critique provoquent au milieu de l'état d'éréthisme, une détente naturelle, comme celle qui résulte habituellement de la satiété et de la résolution qui l'accompagne ; et quand cette détente ne se produit pas, le sujet peut perpétrer indéfiniment ses tristes pratiques, sans interruption et sans répit.
Cette masturbation sans pollution est la seule possible chez les enfants impubères et chez les eunuques. Nous verrons aussi que c'est peut-être la seule que les femmes puissent exercer. ]
Nous avons dit au commencement de ce chapitre, que la corruption commence souvent au berceau. Il semble que la fréquence de la masturbation soit en raison directe du développement du système nerveux. Et où l'exaltation nerveuse se fait-elle plus remarquer que chez les enfants de l'un et de l'autre sexe? On peut donc avancer, en thèse générale, que la prédominance de l'action du système nerveux sur celle des autres parties ou systèmes de l'organisme humain est la cause prédisposante la plus puissante et la plus active de l'onanisme dans les jeunes sujets. Ce n'est jamais la stimulation qu'exerce le sperme sur les organes génitaux, qui excite les enfants ou les sujets impubères, à se procurer les honteux et criminels plaisirs de la masturbation, puisque leur impuberté les rend incapables de toute sécrétion séminale.
11 arrive quelquefois que, par une disposition particulière du système nerveux ou par une sorte d'idiosyncrasie organique spéciale, les organes génitaux deviennent, sans cause déterminante appréciable, un centre et un foyer de sensibilité insolite et anormale, qui trop souvent devient lui-même l'occasion et le signal de l'explosion de la passion la plus terrible et la plus funeste. L'on sent assez que dans cet état d'excitation anormale, le moindre attouchement fait par hasard , ou déterminé par une impulsion instinctive ou machinale, peut très facilement conduire à une affreuse et dévorante passion.
Mais, indépendamment de cette concentration nerveuse et de cette sensibilité précoce anormalement développée, il existe malheureusement une autre cause fréquente de ces aberrations sensitives locales ; ce sont des attouchements étrangers, exercés par les mains criminelles d'êtres passionnés ou grossiers, aux soins desquels d'innocentes créatures sont aveuglément confiées, pour leur malheur. Ces agents de corruption de l'enfance, ce sont le plus souvent ce qu'on appelle les bonnes, ou de jeunes servantes, ou quelquefois des nourrices qui révèlent aux petits enfants de l'un et de l'autre sexe le funeste secret de l'onanisme *. Et soyez sûr que l'enfant ne manquera pas d'exploiter un jour son affreuse découverte. C'est donc ici un point très imprortant et très grave, sur lequel il faut instamment appeler la vigilante sollicitude des moralistes, des chefs de famille et de tous les supérieurs quelconques.
Le docteur Doussin-Dubreuil rapporte qu'un enfant contracta spontanément l'habitude de la masturbation dès l'âge de cinq ans, et que, malgré tout ce que l'on put faire, il mourut à l'âge de seize ans, après
1 Quelquefois aussi dans le but de faire taire les enfants ou d'apaiser leurs cris.
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avoir perdu tout à fait la raison. M. le docteur Deslandes, dans son important ouvrage sur l'onanisme, parle d'un enfant déjà masturbateur à l'âge de dix-huit mois. « Un jeune homme de Montpellier, dit Tissot, étudiant en médecine, mourut par l'excès de ces sortes de débauches. L'idée de son crime avait tellement frappé son esprit, qu'il mourut dans une espèce de désespoir, croyant voir l'enfer ouvert à ses côtés, prêt à le recevoir. Un enfant de cette ville, âgé de six à sept ans, instruit, je crois, par une servante, se pollua si souvent, que la fièvre lente qui survint l'enleva bientôt. Sa fureur pour cet acte était si grande, qu'on ne put l'empêcher jusqu'aux derniers jours de sa vie. Lorsqu'on lui représentait qu'il hâtait sa mort, il se consolait en disant qu'il irait plus tôt trouver son père, mort depuis quelques mois. » Voici un fait d'un sujet qui devint masturbateur un peu plus tard, à dix ans. « Je ne connaissais aucunement le vice de l'onanisme avant l'âge de dix ans ; ce fut alors qu'un des camarades du collège où l'on m'avait placé, m'en instruisit. Je ne saurais vous dire le nombre de fois que je m'y suis livré jusqu'à l'âge de quinze ans; alors seulement mes yeux se sont dessillés pour me faire apercevoir toute l'énormité de ma faute. J'en ai actuellement dix-huit; mais quoiqu'il y ait déjà trois ans que je n'y suis plus retombé, je n'en suis pas moins affligé de pollutions fréquentes, qui souvent ont lieu malgré moi, pendant cinq à six nuits de suite... Je ne jouis jamais d'un sommeil tranquille; toute la journée je suis plus triste que de coutume. J'ai changé quatre fois de pension, et partout j'ai vu ce genre de libertinage porté à l'excès; dans celle où j'ai terminé mes études, nous nous réunissions souvent au nombre de douze ou de quinze, pour faire ce triste manège. » (Doussin-Dubreuil).
Voici enfin un dernier mais terrible tableau, qui présente presque toutes les misères et toutes les tur-
pitudes do la masturbation accumulées sur un seul individu :
« L. D***, horloger, avait été sage et avait joui d'une bonne santé jusqu'à l'âge de dix-sept ans; à cette époque, il se livra à la masturbation, et la consommation de l'acte était toujours précédée et accompagnée d'une légère perte de connaissance et d'un mouvement convulsif dans les muscles extenseurs de la tète, qui la retiraient fortement en arrière, pendant que le cou se gonflait extraordinairement. Une s'était pas écoulé un an, qu'il commença à sentir une grande faiblesse après chaque acte ; cet avis ne fut pas suffisant pour le retirer du bourbier; son âme, déjà toute livrée à ces infamies, n'était plus capable d'autres idées, et les réitérations de son crime devinrent tous les jours plus fréquentes, jusqu'à ce qu'il se trouvât dans un état qui lui fit craindre la mort. Sage trop tard, le mal avait déjà fait tant de progrès, qu'il ne pouvait être guéri ; et les parties génitales étaient devenues si irritables et si faibles qu'il n'était plus besoin d'un nouvel acte de la part de cet infortuné, pour provoquer un écoulement spermatique. . .
Le spasme, qu'il n'éprouvait auparavant que dans le temps de la consommation de l'acte et qui cessait en même temps, était devenu habituel, et l'attaquait souvent sans aucune cause apparente et d'une façon violente ; pendant tout le temps de l'accès, qui durait quelquefois quinze heures et jamais moins de huit, il éprouvait dans toute la partie postérieure du cou des douleurs si intenses, qu'il poussait ordinairement, non pas des cris, mais des hurlements, et il lui était impossible pendant tout ce temps-là, d'avaler rien de liquide ou de solide. Sa voix était devenue enrouée; mais je n'ai pas remarqué qu'elle le fût davantage dans le temps de l'accès. Il perdit totalement ses forces; obligé de renoncer à sa profession, incapable de
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tout, accablé do misère, il languit presque sans secours pendant quelques mois; d'autant plus à plaindre qu'un reste de mémoire, qui ne tarda pas à s'évanouir, ne servait qu'à lui rappeler sans cesse les causes de son malheur et à l'augmenter de toute l'horreur du remords. J'appris son état, je me rendis chez lui ; je trouvai moins un être vivant qu'un cadavre gisant sur la paille, maigre, pâle, sale, répandant une odeur infecte, presque incapable d'aucun mouvement. Il perdait souvent par le nez un sang pâle et aqueux; une bave lui sortait continuellement de la bouche ; attaqué de la diarrhée, il rendait ses excréments dans son lit sans s'en apercevoir; le flux spermatique était continuel; ses yeux, chassieux, troublés, éteints, n'avaient plus la faculté de se mouvoir; le pouls était extrêmement petit, vite et fréquent, la respiration très gênée, la maigreur excessive, excepté aux pieds, qui commençaient à devenir œdémateux. Le désordre de l'esprit n'était pas moindre; sans idées, sans mémoire, incapable de lier deux phrases, sans réflexions, sans inquiétude sur son sort, sans autre sentiment que celui de la douleur qui revenait, avec tous les accès, au moins tous les trois jours. Être bien au-dessous de la brute, spectacle dont on ne peut concevoir l'horreur, l'on avait peine à reconnaître qu'il avait appartenu autrefois à l'espèce humaine. Je parvins assez promptement, à l'aide de remèdes fortifiants, à détruire ces violents accès spasmodiques, qui ne le rappelaient si cruellement au sentiment que par les douleurs; content de l'avoir soulagé à cet égard, je discontinuai des remèdes qui ne pouvaient pas améliorer son état. Il mourut au bout de quelques semaines, en juin 1757, œdémateux par tout le corps. » (Tissot.)
Nous allons maintenant tracer le portrait de la dégradation physique et morale du masturbateur.
Dégradation physique du masturbateur.
Ce qui frappe au premier aspect dans l'onanisme, c'esl un état de langueur, de faiblesse etde maigreur. On voit une figure pâle, amaigrie, flasque, quelquefois comme plombée, ou plus ou moins livide; un cercle bleuâtre autour des yeux, qui sont enfoncés, ternes et abattus ; une physionomie sans feu, sans expression, triste, honteuse ; le regard éteint, les yeux larmoyants, sales; la voix faible, voilée, enrouée ; toux sèche, oppression, essoufflement et fatigue au moindre mouvement; palpitations, diminution de la vue, maux de tête, vertiges , tremblements, crampes douloureuses; mouvements convulsifs, comme épileptiques et môme assez souvent, l'épilepsie véritable ; douleurs générales danslesmembresou fixées derrièrela tête, à l'épine dorsale, à la poitrine, au ventre; une grande faiblesse dans les reins, quelquefois un engourdissement presque universel, d'autres fois une fièvre lente, hectique, consomptive; dérangement dans les fonctions digestives, digestion nulle ou très difficile, nausées, vomissements, perte de l'appétit, ou appétit vif avec maigreur toujours croissante, lassitude que le repos ne dissipe pas. Quelquefois la taille se dérange, le corps se courbe, se voûte, et souvent on voit toutes les apparences de la phthisie pulmonaire, ou les caractères de la caducité, réunis aux habitudes et aux prétentions de la jeunesse.
[La dégradation physique du masturbateur se manifeste encore pour le médecin par une déchéance
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véritable de ses fonctions nutritives. Par exemple, le blessé qui s'adonne à ces tristes pratiques, ainsi qu'à tous les excès vénériens, voit ses plaies devenir languissantes, perdre plus ou moins leur aptitude à se réparer ; il devient impuissant à guérir ses blessures ou ses plaies. C'est un fait d'observation que l'on trouve encore signalé dans un récent travail du docteur Poncet; un de nos maîtres le caractérisait en disant qu'il préférait voir ses malades et surtout ses convalescents, manquer de bien des soins, plutôt que de voir ces soins donnés par une personne susceptible de réveiller leurs passions et d'exciter en eux des désirs sexuels.]
Dégradation morale du masturbateur.
Les jeunes gens victimes de cette malheureuse et honteuse passion perdent plus ou moins la mémoire, l'intelligence; deviennent stupides, sots, imbéciles, sombres, tristes, mélancoliques, hypocondriaques, timides, indolents, lâches, paresseux ; ils montrent une grande inégalité dans le caractère, de l'indifférence ou même de l'aversion pour les jeux et les plaisirs légitimes et honnêtes ; ils recherchent la solitude, paraissent préoccupés, dans un silence niais et stupide ; sont incapables d'études et d'application d'esprit, et, pour tout dire en un mot, ils sont d'une nullité complète.
« Le masturbateur, dit un médecin allemand, Gottlieb-Wogel, en vient insensiblement à perdre tout ce qu'il avait reçu de facultés morales ; il acquiert un extérieur hébété, sot, lascif, embarrassé, triste, mou ; il devient paresseux, ennemi et incapable de toute fonction intellectuelle ; toute présence d'esprit lui est interdite; il est décontenancé, troublé, inquiet aussitôt qu'il se trouve en compagnie ; il est au dépourvu et même aux abois, s'il lui faut seulement répondre à un
enfant ; son âme affaiblie succombe sous la moindre tâche. Sa mémoire s'altérant de plus en plus, il ne peut comprendre les choses les plus communes ni lier ensemble les idées les plus simples; les plus grands moyens et les plus sublimes talents se trouvent bientôt anéantis ; des connaissances précédemment acquises s'oblitèrent, l'intelligence la plus exquise devient nulle et ne donne plus aucun produit ; toute vivacité, toute fierté, toutes les qualités de l'âme par lesquelles ces malheureux subjuguaient ou attiraient ci-devant leurs semblables, les abandonnent et ne leur laissent plus d'autre partage que le mépris; le pouvoir de l'imagination a pris fin pour eux ; il n'y a plus aucun plaisir qui les flatte ; mais en revanche tout ce qui est peine et malheur sur le reste du globe, semble leur être propre. L'inquiétude, la crainte, l'épouvante, qui sont leurs seules affections, bannissent toute sensation agréable de leur esprit. Les dernières crises de la mélancolie et les plus affreuses suggestions du désespoir finissent ordinairement par avancer la mort de ces infortunés ; ou bien ils tombent dans une entière apathie, et, ravalés au-dessous des animaux qui ont le moins d'instinct, ils ne conservent de leur espèce que la figure. Il arrive môme très souvent que la folie et la frénésie la plus complète sont ce qui se manifeste d'abord.
[Sous l'influence de l'onanisme, l'homme, absorbé d'abord parla sensation, perd peu à peu toute activité intellectuelle et toute puissance d'action; il tombe au rang des êtres purement sensibles, ce qui est le propre de l'animalité , jusqu'à ce que, la sensibilité s'émoussant à son tour, il s'abaisse encore physiologiquement au rang des êtres vivants les plus inférieurs et se condamne à une vie purement végétative.]
Selon le docteur Franck, les masturbateurs sont non seulement à charge à la société, mais même dangereux. Aussi ce médecin célèbre invite-t-il les gou-
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vernements à faire exercer sur eux la surveillance la plus active.
« Il est à ma connaissance, dans une certaine ville, ajoute Gottlieb-Wogel, un célibataire âgé de vingtcinq ans, que la masturbation a d'abord rendu fou furieux, mais qui depuis longtemps, est dans l'état de l'imbécillité la plus absolue. Ce malheureux ne profère jamais une parole ; il se laisse traiter comme s'il était entièrement privé de vie ; il ferme les yeux dès qu'il voit quelqu'un; il a la plus grande partie du jour la tête penchée en avant, et se tient assis en cette attitude sur une chaise. Son unique occupation est de se frotter le pouce et l'index l'un contre l'autre, ou de déchirer une carte en je ne sais combien de petits morceaux. Son visage est pâle, défait, allongé; mais, malgré cette situation déplorable, il ne passe ni jour ni nuit sans se livrer à la masturbation. » (Citation de Doussin-Dubreuil.)
Enfin, pour achever ce triste et noir tableau, nous ajouterons que le masturbateur, après avoir plus ou moins traversé ces diverses phases, finit par tomber dans un marasme affreux et dans une décrépitude dégoûtante. Considérez maintenant cet être abruti et dégradé ; voyez- le courbé sous le poids du crime et de l'infamie, traînant dans l'ombre un reste de vie matérielle et animale. Le malheureux ! il a péché contre Dieu, contre la nature et contre lui-même. Il a violé les lois du Créateur, défiguré l'image de Dieu dans sa personne, et l'a changée en celle de la bête, imago bestice. Il s'est même ravalé au-dessous de la brute, et comme elle, il ne regarde plus que la terre; son regard hébété et stupide ne peut plus s'élever jusqu'au ciel.
Tous les onanistes sans doute ne sont pas aussi rigoureusement traités et ne meurent pas des suites de leurs criminels excès; on peut même dire qu'il n'y a que le petit nombre qui y succombe. Cependant
dans ce petit nombre pourront se trouver tôt ou tard les masturbateurs qui persévéreront dans leur funeste habitude. « Il y a, dit M. le docteur Deslandes, des circonstances inconnues, occultes, insaisissables, qui font que l'on supporte inégalement l'abus des plaisirs. Ces remarques sont d'une haute importance, et méritent d'être bien comprises. Il est clair que devant elles, il n'y a plus de sécurité possible pour le masturbateur; en vain il chercherait des encouragements en se comparant à d'autres ou à soi-même, en se disant d'un camarade : s'il avait eu ma constitution, s'il eût été aussi fort que moi, sa santé serait encore bonne, il n'aurait pas succombé ; ou en se disant encore : pourquoi craindrais-je ce que j'ai déjà fait impunément? Ce langage ne lui est plus possible, du moment qu'il sait que rien n'indique d'une manière certaine qu'on vaille mieux ou autant qu'un autre, même qu'on vaille ce qu'on valait. Il n'y a donc pas moyen de se faire illusion par des comparaisons rassurantes, quand on est bien pénétré de la vérité de ces considérations ; aussi est-ce parce qu'une foule de jeunes gens les ignorent, parce qu'ils s'estiment meilleurs que ceux-ci et aussi bons, qu'il y en a tant qui éprouvent le regret de s'être abusés. » [Onanisme, par M. Deslandes, p. 54, 1835.)
Quoi qu'il en soit, toujours est-il qu'il n'en est aucun qui n'offre quelques-uns des traits du tableau que nous venons d'esquisser. Tous sont donc déjà punis, tous subissent un châtiment proportionné à leurs désordres ou plutôt à leurs crimes, et ceux qui en réchappent s'en ressentent plus ou moins le reste de leurs jours ; leur tempérament est aussi assez souvent plus ou moins ruiné ou débilité, et ils ne fourniront jamais une longue carrière, en supposant qu'une maladie chronique grave, dont peut-être ils devront le germe à l'onanisme, ou une maladie aiguë à laquelle ils résisteront bien moins que d'autres, ne tranche pas
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le fll de leurs jours au milieu de leur course. Ils pourront aussi devenir très facilement les premières victimes, dans les épidémies graves, à raison de leurs mauvais antécédents et de la détérioration de leur complexion. Souvent enfin, ils demeurent sujets à des pollutions nocturnes ou diurnes, qui les énervent, les rendent impuissants, tristes, moroses, mélancoliques, hypocondriaques, en un mot, répandent sur toute leur vie un grand fonds d'amertume, ou empoisonnent le reste de leurs tristes jours.
Mais afin que l'on ne nous accuse pas d'avoir trop exagéré les dangers causés par l'onanisme, ou d'en avoir tracé un tableau trop chargé, nous allons rapporter quelques passages sur les tristes suites du libertinage, extraits des livres des plus grands maîtres de l'art et que l'on peut regarder avec raison comme les docteurs et les pères de la médecine :
Hippocrate, le père et le prince de la médecine, dit que « les libidineux n'ont pas de fièvre, et quoiqu'ils mangent bien, ils maigrissent et se consument. Ils croient sentir des fourmis descendre de la tête le long de l'épine. Toutes les fois qu'ils vont à la selle ou qu'ils urinent, ils perdent abondamment une liqueur séminale très liquide : ils sont inhabiles à la génération, et ils sont souvent occupés de l'acte vénérien dans leurs songes. Les promenades, surtout dans les routes pénibles, les essoufflent les affaiblissent, leur procurent des pesanteurs de tête et des bruits d'oreilles; enfin une fièvre aiguë termine leurs jours. » (Consomption dorsale.) {De Mordis, lib. II, c. xLix,Foës, p. 479.)
« Les jeunes gens prennent et l'air et les infirmités des vieillards ; ils deviennent pâles, efféminés, engourdis, paresseux, lâches, stupides et même imbéciles; leurs corps se courbent, leurs jambes ne peuvent plus les porter; ils ont un dégoût général ; ils sont inhabiles
atout; plusieurs tombent dans la paralysie. » Arétée, de Sigfiis et Causis morb., lib. II, c. v.)
» Les émissions fréquentes de semence relâchent, dessèchent, affaiblissent, énervent et produisent une foule de maux : des apoplexies, des léthargies, des épilepsies, des assoupissements, des pertes de vue, des tremblements, des paralysies, des spasmes, et toutes les espèces de gouttes les plus douloureuses. » (Lomnius, Comment. deSanit. tuend., p. m. 37. Citations de Tissot.)
« La trop grande perte de semence, dit Boerhaave, produit la lassitude, la débilité, l'immobilité, des convulsions, la maigreur, le dessèchement, des douleurs dans les membranes du cerveau; émousse les sens et surtout la vue; donne lieu à la consomption dorsale, à l'indolence et à diverses maladies qui ont de la liaison avec celle-ci. « (Instit., p. 766.) — Après de longues pollutions nocturnes, suivant Hoffmann, nonseulement les forces se perdent, le corps maigrit, le visage pâlit, mais de plus la mémoire s'affaiblit, une sensation continuelle de froid saisit tous les membres, la vue s'obscurcit, la voix devient rauque,- tout le corps se détruit peu à peu ; le sommeil troublé par des rêves inquiétants ne répare point, et l'on éprouve des douleurs semblables à celles qu'on ressent après qu'on a été meurtri par des coups. » (Consuït.)
« Les jeunes gens de l'un et de l'autre sexe qui se livrent à la lascivité, ruinent leur santé en dissipant des forces qui étaient destinées à amener leur corps à son point de plus grande vigueur; enfin ils tombent dans la consomption. » (Ludwig, Inst. physiol.)
« Une trop grande dissipation de semence affaiblit le ressort de toutes les parties solides ; de là naissent la faiblesse, la paresse, l'inertie, lesphthisies,les consomptions dorsales, l'engourdissement et la dépravation des sens, la stupidité, la folie, les évanouisse-
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ments, les convulsions. » (Kloekhof, de Morb. anim. ah infirm. med. cereb.)
« Cette abominable pratique, il serait difficile de la peindre avec des couleurs aussi affreuses qu'elle le mérite ; pratique à laquelle les jeunes gens se livrent sans connaître toute l'énormité du crime et tous les maux qui en sont les suites déplorables. L'âme se ressent de tous les maux du corps, mais surtout de ceux qui naissent de cette cause meurtrière. La plus noire mélancolie, l'indifférence pour tous les plaisirs honnêtes, le sentiment de leur misère, le désespoir d'en être les artisans volontaires, la nécessité de renoncer au bonheur du mariage sont les idées bourrelantes qui contraignent ces malheureux à se séparer du monde, fort heureux si elles ne les portent pas à terminer eux-mêmes leur triste existence. » (Levis, A practical Essai upon the tabès dorsalis; citation de Tissot.)
Camper, célèbre auteur allemand , s'exprime ainsi :
« Toutes les suites funestes qui accompagnent le vice de l'impudicité en général s'attachent encore plus particulièrement et d'une manière immédiate à ces écarts honteux qu'on nomme onanisme. On n'a pas besoin de grandes réflexions pour se convaincre combien ce vice est contraire aux vues de la nature. La constitution de notre corps et le développement encore imparfait de ses organes dans un âge peu avancé, ne permettent pas de douter du mal irréparable que ce vice traîne après lui. Dès lors la nature ne fait plus rien pour le perfectionnement du corps ; elle abandonne son ouvrage, qui languit et dépérit. Les aliments que le corps prend pour sa conservation, n'étant point digérés convenablement , ne fournissent plus de sucs restaurateurs , mais produisent des humeurs viciées qui engendrent mille maladies et deviennent même un nouveau stimulant pour ce vice honteux.
« Aussi la santé, ce bien inestimable sans lequel il
no peut exister de bonheur, est bientôt détruite. Je n'ai jamais pu voir, sans indignation, des enfants mutiler de gaîté de cœur de jeunes arbrisseaux qui venaient de s'élancer pleins de vigueur du sein maternel de la terre; mais mon cœur, s'est brisé lorsque j'ai vu de jeunes enfants, se mutilant de leurs propres mains, détruire ainsi le plus bel ornement de la création. »
Enfin nous terminerons ces citations par un extrait de YOnania anglais, rapporté par Tissot. Le voici :
« Toutes les facultés intellectuelles s'affaiblissent ; la mémoire se perd, les idées s'obscurcissent , les malades tombent même quelquefois dans une légère démence : ils ont sans cesse une espèce d'inquiétude intérieure, une angoisse continuelle, un reproche de leur conscience si vif, qu'ils versent des larmes. Ils sont sujets à des vertiges ; tous leurs sens, mais surtout la vue et l'ouïe, s'affaiblissent; leur sommeil, s'ils peuvent dormir, est troublé par des rêves fâcheux.
« Les forces du corps manquent entièrement; l'accroissement de ceux qui se livrent à ces abominations avant qu'il soit fini, est considérablement dérangé. Les uns ne dorment point du tout, les autres sont dans un assoupissement presque continuel. Presque tous deviennent hypocondriaques ou hystériques, et sont accablés de tous les accidents qui accompagnent ces fâcheuses maladies : tristesse, soupirs, larmes, palpitations, suffocations, défaillances. On en a vu cracher des matières calcaires. La toux, la fièvre lente, .la consomption sont les châtiments que d'autres trouvent dans leurs propres crimes.
« Les douleurs les plus vives sont encore l'objet des plaintes des malades; l'un se plaint delà tête, l'autre delà poitrine, de l'estomac, des intestins, de douleurs rhumatismales , quelquefois d'un engourdissement douloureux dans toutes les parties de leur corps, dès qu'on les comprime le plus légèrement.
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[Toutes les névroses qui consistent dans l'exagération des aptitudes sensibles et celles qui tiennent à la perversion de ces mêmes aptitudes, résultent naturellement de l'onanisme ; névralgies externes et viscérales, hystérie, hypocondrie, lypémanie et tous les genres de folie d'origine affective. L'ébranlement nerveux qui résulte de ces actes vicieux, amène souvent aussi des maladies convulsives, telles que des phénomènes épileptiques, par exemple. Enfin, comme conséquence plus éloignée de semblables perturbations, on voit encore se produire les maladies organiques des centres nerveux, et en particulier les maladies de la moelle. Il en résulte des tremblements, des paralysies, des contractures, qui conduisent peu à peu les malheureux atteints de ce mal, aux infirmités les plus sordides, et les amènent, par une dégradation successive et plus ou moins lente, à la fin pitoyable qui les attend.]
Il ne faut pas s'attendre à rencontrer jamais tous ces traits réunis sur le même individu : il suffit d'en trouver plusieurs. En général, les masturbateurs offrent un faciès qui leur est propre et que l'on ne peut guère méconnaître, avec un peu d'expérience et d'habitude. Leur figure est pâle et amaigrie; ils ont les yeux cernés, enfoncés; leur physionomie est sombre, triste et honteuse; leur regard inquiet, morne, morose et éteint, etc. Cependant, malgré ces caractères, qui sont les plus saillants, on pourrait, faute de tact ou d'habitude, ne pas les reconnaître quelquefois. Il importe donc beaucoup au moraliste et au confesseur, aussi bien qu'au médecin, d'obtenir adroitement leur aveu ; et pour cela, il ne faut pas paraître douter sur le point principal, ou sur le fond de la chose. Il ne faut interroger que sur les circonstances ou sur les choses accessoires. Ainsi on pourrait dire, mais avec autorité et avec le ton de la certitude et de la conviction : Je ne doute pas que quelque camarade ou quelque
polisson ne vous ait enseigné le mal, c'est-à-dire la mauvaise habitude dont vous êtes victime et que vous n'auriez jamais contractée sans cela. A quel âge l'avez- vous commencée? et combien de fois faites-vous cet acte détestable par jour ou par semaine ? Vingt fois ? cinquante fois ? On pourra dire un nombre considérable, invraisemblable même et au-dessus du véritable, afin d'enhardir le masturbateur à en avouer de suite un nombre moindre.
Maintenant, comment guérir cette horrible, cette immense plaie sociale ? Notre sujet ne demande pas que nous entrions dans le détail sur ce point; nous n'apprendrions rien aux moralistes et aux confesseurs, rien de plus que ce qu'ils connaissent déjà. Nous ne pourrions offrir que des aperçus moraux ; car pour l'objet hygiénique ou médical, nous les renvoyons aux auteurs spéciaux, aux auteurs de physiologie philosophique, d'hygiène et de médecine. Nous nous bornons donc au résumé ou à l'aperçu général suivant.
Les meilleurs moyens devraient être purement spirituels et moraux : la crainte de Dieu, les menaces formidables, les saintes terreurs de la religion, la vue de l'énormité du crime et le châtiment terrible qui l'attend, etc. Voilà sans doute les moyens qui sont, ou du moins qui devraient être les plus efficaces, si on les considère en eux-mêmes et dans leur application aux personnes instruites dans la religion, et qui n'ont pas encore perdu la foi ; mais malheureusement, dans ce temps de décadence générale de la foi, l'expérience prouve trop souvent leur insuffisance. Il faut donc aujourd'hui, à des hommes tout plongés dans la matière, dominés par l'empire des sens et presque absolument incapables des impressions religieuses, il faut, dis-je, aux hommes de ce caractère, des moyens sensibles, actuels, présents, les moyens de cette vie et non de l'autre; il faut les menacer du déshonneur, de l'infamie, de l'ignominie, de toutes les horreurs
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des maladies les plus douloureuses, les plus dégradantes et les plus honteuses, et enfin d'une mort précoce suivie d'un châtiment éternel. Si, à l'aide de tout cet appareil de terreur, on n'obtient aucun amendement, on pourra faire lire le petit ouvrage de Doussin-Dubreuil, préférablement à celui de Tissot, ou même, s'il se peut, ce que nous venons de dire sur ce sujet. On préférera encore à ces auteurs les lettres posthumes d'un médecin, recueillies par le docteur Lefèvre.