‹ La théologie morale et les sciences médicalesChapitre 25 sur 99 · DE L'ONANISME CONJUGAL · texte numérisé non relu

DE L'ONANISME CONJUGAL

grande tentation très difficile à vaincre. Dans ce cas, seloo le célèbre auteur que nous venons de citer, la femme ne pécherait nullement en demandant le devoir, parce que, dit-il, il est permis de demander avec une intention droite et pour de graves raisons, une chose bonne en soi, à celui qui peut la donner sans péché, bien que par l'abus de la chose, il ne la donnera pas sans péché ; de même que l'on peut demander les sacrements à un prêtre indigne, recevoir de l'argent à gros intérêt d'un usurier, le serment d'un païen, si toutefois pour tout cela il y a des raisons suffisantes. (Voyez la Dissertation de Mgr Bouvier, p. 183.)

On sent assez, d'après tout ce qui précède, que l'acte conjugal ne peut être permis non plus, s'il est certain, d'après la déclaration des médecins, que la femme ne pourra accoucher sans courir un danger évident pour ses jours. Tous les théologiens sont d'accord sur ce point.

L'onanisme est également criminel chez les fornicateurs et chez les adultères. (Voyez Dissert, in sextumDecalogi prœccptum et supplément im ad tractatum de matrimon., auc tore J. Bouvier, vicario gênerait et superiore Seminarii Cenomanensis, et depuis évêque du Mans.)

Nous allons maintenant présenter encore quelques considérations qui, pour ne se rattacher à la question de l'onanisme conjugal que d'une manière secondaire et indirecte, n'en ont peut-être pas moins un certain degré d'importance et d'utilité.

D'abord, on demande si des femmes qui, dans l'acte conjugal onanique (supposé licite à la femme), sont assez maîtresses d'elles-mêmes pour se rendre plus ou moins insensibles et apathiques, sont tenues de faire tous leurs efforts pour se mettre actuellement dans cet état d'impassibilité erotique, afin, dit-on, de ne pas donner lieu aux sensations propres au coït et aux suites qu'elles peuvent entraîner; car dans l'hypo-

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thèse, elles sont absolument sans but pour la génération.

Les opinions sont encore ici divisées. Les uns veulent que la femme se rende impassible et renonce absolument à toute sensation charnelle ; d'autres prétendent qu'elle n'y est pas tenue. Où est le vrai?Fautil encore prendre un milieu, et est-il possible? Le milieu en effet n'est pas facile, entre sentir et ne pas sentir.

Dans la grande majorité des cas, la sensation propre et inhérente à l'acte conjugal se soustrait absolument à l'empire de la volonté humaine, comme la sensation du plaisir qu'éprouve un homme qui rassasie sa faim. Sa volonté est évidemment impuissante à faire taire ce sentiment vif et irréfrénable ; l'insensibilité est donc généralement impossible. Qu'on y renonce de volonté, on le doit; mais que l'on ne se tourmente pas à vouloir être physiquement insensible et impassible. Il est de pieux et habiles confesseurs qui conseillent à la femme de se livrer à l'acte conjugal dans toute la plénitude de sa volonté, de faire tous ses efforts pour retenir son mari et pour l'entraîner physiquement et érotiquement dans le commun orgasme , aûn de tenter, sinon de changer la mauvaise intention de son époux, d'empêcher au moins la consommation matérielle de son crime. On propose ce moyen comme une simple voie d'essai et non comme une règle de conduite.

Nous ne ferons sur cette question qu'une seule et courte réflexion que voici : jugeons des choses par leurs fruits. N'est-il pas à craindre dans l'opinion rigide (la dernière) que l'on ne cause d'interminables scrupules, qu'on ne trouble et qu'on ne bouleverse les consciences de certaines femmes faibles, méticuleuses, timorées et peu éclairées? car la femme, dans une telle circonstance, au milieu de l'orgasme erotique, est-elle bien capable de s'observer, d'analyser

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ses sensations et de décider ce qui se passe dans son âme pour pouvoir régler ses affections et sa volonté? Bien des inquiétudes et des embarras de conscience vont donc surgir ici nécessairement; aussi on a été obligé de renoncer à cette sévérité de conduite, pour suivre l'avis du savant prélat ci-dessus rapporté. Rappelez-vous ce que nous avons dit plus haut, au sujet des principes et des règles de morale, considérés dans leurs conséquences ou dans leurs fruits.

Il est encore certaines autres questions qui nous paraissent assez futiles, et qui par conséquent ne méritent pas qu'on s'y arrête longuement. Par exemple, S. Liguori, lib. VI n° 918, demande : « Si autem vir jam seminaverit, dubium sit an femina lethaliter peccet si se retrahat à seminando? aut peccet lethaliter vir, non expectando seminationem uxoris? » Voici notre réponse à ces doutes : la quasi-spermatisation de la femme ne paraissant pas nécessaire à la génération, nous ne voyons pas trop la solidité des raisons qu'apportent les théologiens en faveur du péché mortel dans les espèces, parce que la matière qui forme la spermatisation de la femme n'est point une véritable semence, mais de simples mucosités vaginales et utérines. Mgr Bouvier partage encore sur la question de la semence de la femme l'opinion ou plutôt l'erreur commune des théologiens, puisqu'il dit, à la page 189 : Peccalum est mortaîe... si millier semen ejiciat vel ejicere conetur, si proprium semen exteriùs profundat, etc. Mais la femme, d'après tous les physiologistes modernes de l'Europe et du monde entier, est incapable d'une véritable sécrétion séminale ou spermatique ; elle n'a point d'organe spécial pour cela. Elle fournit seulement l'ovule ou le germe qui vient de l'ovaire, plus ordinairement une certaine quantité de mucosités ou d'humeurs lubrifiantes, qui sont l'effet de l'orgasme erotique, et qui sont propres à faciliter et à compléter l'acte conjugal, mais

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qui ne paraissent pas essentielles à la fécondation.

Enfin les théologiens demandent : « Utrùm feminaî licitum sit, post retractionem et seminationem viri, sese tactibus excitare ad propriam seminationem ut sibi levamen necessarium procuret? » Réponse : Nous pensons que cela ne lui est pas permis, parce que cette action solitaire n'a plus aucun but physiologique, ni aucune relation avec l'acte conjugal, et que ce serait par conséquent une véritable pollution. Quand au soulagement ou au besoin à satisfaire, je ne vois pas qu'on puisse le faire autrement que par la prolongation de l'acte conjugal, ou par un nouvel acte qui soit complet ou normal. Les théologiens qui pensent comme nous apportent pour raison : Quia semen mulieris non est necessarium ad generationem, et quia effusio ista mulieris, utpotè separata, non fit una caro cum viro. » S. Liguori ajoute : « Si hoc permitteretur uxoribus, âeberet permilii etiam viris, casu quo millier post suam seminationem se retraheret, et vir maneret irritatus. » Lib. VI, n° 919.

[Les théologiens ont raison de poser cette question, car elle se présente certainement dans la pratique. Les motifs que j'ai invoqués à la page 114, pour adopter l'opinion la plus large, relativement à la passivité dans la pollution, se retrouvent ici pour juger la question ainsi posée. La résolution qui suit l'éréthisme vénérien et dont la pollution peut être le signe chez la femme, comme elle l'est nécessairement chez l'homme, paraît être au moins aussi utile à la femme qu'à l'homme, pour maintenir un bon équilibre de sa santé.

Les aptitudes affectives de la femme font que les impressions sensibles ont plus de retentissement sur son système nerveux. C'est pourquoi on peut présumer qu'il y a pour elle une utilité plus grande encore, à atteindre la détente qui suit le spasme vénérien, dans l'acte du mariage ou dans la pollution. Nul

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doute que la privation d'une consommation de la sensation spéciale à cet acte, et la permanence ou la prolongation de l'éréthisme nerveux qui résulte de cette privation, ne laisse la femme dans un état de susceptibilité nerveuse tel, que les névroses les plus diverses deviennent imminentes, si tant est qu'elles n'en résultent pas.

Le grave incommodum qui résulte, aussi bien de la répression d'une pollution imminente que de la suspension de l'acte conjugal, est d'ailleurs fort variable en ses effets, selon l'énergie morale des sujets, et selon leur tempérament plus ou moins excitable. Sur ce sujet délicat, Debreyne a encore laissé dans une de ses notes manuscrites l'appréciation suivante à laquelle je souscris d'ailleurs :

Quant à la question de savoir si l'onanisme conjugal est compatible avec la bonne foi, nous ne le pi 'usons pas. Nous sommes au contraire persuadé qu'il exclut cette bonne foi, aussi bien et plus même que l'onanisme solitaire ; car les époux, au moment de leur mariage ont dû être instruits de la fin de l'union conjugale; et tout ce qui ne tend pas à cette fin doit être considéré comme suspect, sinon blâmé comme coupable. Et c'est aux confesseurs qu'il appartient de le rappeler à ceux qui pourraient l'ignorer.]

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