‹ La théologie morale et les sciences médicalesChapitre 42 sur 99 · RÉFUTATION DES ASSERTIONS DE H. VELPEAU · texte numérisé non relu

RÉFUTATION DES ASSERTIONS DE H. VELPEAU

l'opération avant le milieu de la grossesse? Combien d'embryons et de fœtus ont été baptisés avant cette époque dans les pays catholiques ! et apparemment aussi dans les pays protestants ; car jusqu'à présent les protestants n'ont pas encore abjuré le sacrement ou le dogme du baptême, et dès qu'ils l'auront fait, ils ne seront plus protestants ni même chrétiens.

D'un autre côté, en France, à Paris, on assure que le contraire arrive, c'est-à-dire que l'on trouve rarement les enfants vivants après la mort de la mère. D'où provient cette grande différence de résultats constatée dans les hôpitaux et particulièrement à la Maternité de Paris ? — Nous pensons qu'elle dépend essentiellement de la différence des conditions physiques, hygiéniques et morales des femmes enceintes qui meurent dans les hôpitaux. Ces sortes de femmes, du rang le plus inférieur delà société, sont tous les jours exposées à de graves accidents, tels que des travaux pénibles ou imprudents et au-dessus de leurs forces; à de fréquentes privations ou à de graves écarts de régime, comme mauvaise alimentation, vie crapuleuse, abus de boissons alcooliques et surtout de l'eau-de-vie. Ajoutez à cela quelquefois de mauvais traitements de la part de leurs maris ; leurs propres passions ou tristes, ou dépressives, ou violentes et fortement perturbatrices, trop souvent associées aux vices de tous les genres. Toutes ces causes réunies sont certainement bien capables d'exercer la plus fâcheuse influence sur le physique et le moral de la femme, et d'avoir par conséquent pour résultat la mort très fréquente de son fruit, surtout si ce sont des maladies antécédentes ou des accouchements difficiles, qui ont déterminé les femmes à se rendre à l'hôpital, comme cela arrive le plus ordinairement, ou du moins fort souvent. Une autre raison qui n'est pas sans valeur, c'est qu'en France, sur le point qui nous occupe, la législation est bien différente de celle

188 EMBRYOLOGIE ET THANATOLOGIE.

qui régit la Sicile, c'est-à-dire qu'en ce dernier royaume, toutes les femmes indistinctement qui meurent clans l'état de gestation, à quelque époque que ce soit, sont ouvertes par ordre de l'autorité, afin de conférer le baptême à l'enfant, au fœtus et même à l'embryon. On sait que ceux-ci sont souvent très vivaces, et résistent longtemps aux causes destructives de la mort. En France, il n'en est pas de même; aucune loi civile n'obligeant à faire l'opération césarienne dans le cas de grossesse peu avancée et où le fœtus n'est pas viable, trop souvent les hommes de l'art ne s'en embarrassent guère, pas plus que la famille de la défunte ; et, pour éviter une opération, qui paraît sans but à des gens sans foi, on se hâte d'inhumer la mère avec son fœtus le plus tôt possible. Une dernière raison à faire valoir en faveur des observations de Gangiamila, c'est qu'elles ont été faites, non dans les hôpitaux sur les femmes du peuple comme à Paris, mais sur toutes les classes de la société, comme les relations exactement détaillées en font foi.

Quant aux divers rapports faits au vice-roi de Sicile, ces pièces officielles, d'un côté, mentionnent des chiffres assez forts d'opérations césariennes dans un court espace de temps (un an), parce que ces chiffres étaient la somme de toutes les opérations faites dans presque toutes les villes du royaume ; d'un autre côté le nombre des enfants vivants est déjà bien moindre dans ces rapports officiels que dans les rapports particuliers, parce que les premiers avaient été faits en grande partie d'après les relevés statistiques des hôpitaux. Ces résultats justifient parfaitement les raisonnements ci-dessus rapportés ; savoir, que dans les hôpitaux ou les établissements publics, le nombre des enfants morts est toujours bien plus considérable. Ainsi, d'après tout ce qui précède, nous croyons les observations de Gangiamila parfaitement exactes et suffisamment justifiées.

Page 1