‹ La théologie morale et les sciences médicalesChapitre 60 sur 99 · CONSÉQUENCES ET DANGERS DE CES PRATIQUES · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES ET DANGERS DE CES PRATIQUES

dans le nombre toujours croissant des malheureux qu'il conduit à la folie.

Avant d'aller plus loin, notons encore qu'il est deux états nerveux graves , dans lesquels les hypnotisés peuvent facilement être amenés, et dans lesquels ils peuvent tomber spontanément. Je veux parler de la catalepsie et de la léthargie. La catalepsie est cet état dans lequel le sujet, placé dans une attitude quelconque, garde cette attitude aussi longtemps que dure la crise, ou jusqu'à ce qu'on lui en impose une autre.

Toute volonté, toute conscience ont disparu chez le cataleptique et aucune sensibilité ne se manifeste chez lui.

La léthargie, qu'on appelle aussi la mort apparente, est un état dans lequel toutes les fonctions de relation sont absolument suspendues, et les fonctions de la vie nutritive elle-même, à ce point ralenties et atténuées, qu'elles peuvent, à un examen superficiel, paraître anéanties et donner la meilleure image de la mort. Tout mouvement, toute sensibilité, toute perception ont disparu.

Enfin, ce que l'on voit plus souvent encore, lorsqu'on étudie l'hypnotisme ou le somnambulisme provoqué, c'est que l'état hypnotique, surtout chez les hystériques, conduit fatalement aux crises d'hystérie les plus violentes et les plus prolongées, parfois même aux crises de la grande hystérie ou hystéro-épilepsie. J'en ai, en ce moment où j'écris, un remarquable exemple sous les yeux; et si ces crises n'offrent guère de danger pour la vie, elles n'en sont pas moins des plus pénibles et des plus fâcheuses.

Maintenant que nous avons établi quels sont les caractères propres aux divers états hypnotiques, nous

pouvons examiner comment il faut les considérer au point de vue moral, et quelle conduite il convient de tenir à leur égard.

Un fait commun à tous ces états, outre leur singularité, c'est qu'ils consistent bien en une dégradation des aptitudes normales de la personne humaine. Parla désharmonie qu'ils introduisent au milieu de ses facultés, etmieux encore, par la suspension de plusieurs d'entre elles, ils se montrent comme une mutilation, passagère sans doute, mais néanmoins comme une mutilation de la personne humaine. Il ne saurait être indifférent de priver un être humain de la liberté de ses déterminations volontaires ; or le plus léger degré d'hypnotisme atteint et altère cette noble faculté et ne tarde pas à la supprimer plus ou moins complètement. Il ne saurait être indifférent d'altérer et de suspendre ainsi dans l'être humain la notion de conscience ; et c'est là ce que produit déjà l'hypnotisme et ce que détermine encore mieux le somnambulisme.

Par contre, les facultés qu'exalte l'hypnose, c'est-àdire l'imagination et la mémoire, ne sauraient passer pour les plus nobles attributs de l'esprit ; c'est le contraire qui est vrai. Et en exagérant ces facultés aux dépens des autres, l'état hypnotique se montre encore comme un danger pour l'intégrité et le sain équilibre de nos meilleures fonctions.

Tous les auteurs prudents ont fait observer que les pratiques de l'hypnotisme et du magnétisme établissent entre deux individus, presque toujours de sexe différent (ce sont les conditions les plus favorables au succès de l'opération), une série d'impressions sensibles et morales, qui constituent pour le moins un danger de pécher contre les mœurs, et en tous cas, un écueil pour la moralité.

Enfin, de l'aveu des meilleurs observateurs, l'état hypnotique est de tous points comparable à une névrose, autrement dit, c'est une maladie proprement

Page 1