‹ La théologie morale et les sciences médicalesChapitre 65 sur 99 · MYSTIQUE DIVINE · texte numérisé non relu

MYSTIQUE DIVINE

avec des maladies nerveuses, et en particulier avec les mandes névroses convulsives.

La grande réformatrice du Carmel, étant une des femmes qui ont été le plus favorisées des dons de la vie mystique et celle qui nous a laissé les relations les plus détaillées de ces faveurs divines, a eu aussi le privilège d'attirer davantage les négations du scepticisme. A l'exemple du P. Hahn (v. Rev. des quest. scient. 1883), nous la prendrons aussi pour type et pour guide, au milieu des difficultés dont cette étude est hérissée, et nous emprunterons plusieurs des éléments de notre diagnostic au mémoire que ce savant théologien vient de lui consacrer.

Nous nous appuierons aussi sur l'étude savante qu'à présentée de ces faits le P. de Bonniot, dont le livre sur le miracle, bien que contestable sur quelques points, dénote une somme considérable de connaissances scientifiques. Ces deux auteurs n'ont pas craint de se compromettre sur le terrain delà science. Plût à Dieu que beaucoup de savants, avant d'aborder ces questions mixtes, eussent pris la peine de se mettre ainsi au courant des solutions qu'en donne la théologie.

Beaucoup d'auteurs profanes ont pensé que les pratiques de la vie religieuse peuvent prédisposer les sujets qui s'y adonnent aux illusions des sens et même aux hallucinations proprement dites. 11 est vrai que certaines pratiques religieuses, lorsqu'on en exagère la mesure, ou qu'on s'y applique faussement, peuvent avoir ce résultat. Les mortifications poussées au delà de ce que le corps est apte à supporter les jeûnes excessifs, les veilles prolongées, et toutes les pratiques analogues, du moment où elles altèrent notablement la santé du corps, altèrent aussi l'équilibre de notre unité et peuvent devenir fâcheuses. On verra ailleurs quels symptômes peuvent révéler et permettre d'attribuer à cette cause une altération

notable de la santé. — C'est une condition dont il suffit de savoir ce qu'elle peut produire, pour échapper à une méprise, comme nous le dirons plus loin.

Un autre exercice que pratique la vie religieuse et qu'incriminent volontiers les médecins et les philosophes, est celui de la méditation. — Il est vrai encore que la tension prolongée de l'esprit sur un même objet, l'effort par lequel l'attention s'applique à le fixer dans l'imagination, provoquent l'âme à s'abstraire, pour se mieux concentrer sur cet objet. Que cette abstraction, mal dirigée, puisse conduire aussi à l'illusion et même à l'hallucination, tout ceci est possible. Que sera-ce, ajoute-t-on, si, de la vie religieuse simple, on passe à la vie mystique, et des pratiques de l'une aux pratiques de l'autre, etc., etc.?

Mais d'abord, rétablissons l'exactitude des faits sur ce dernier point : il n'y a pas de pratiques de la vie mystique, par cette raison que les faveurs mystiques sont accordées, en pur don, à des sujets qui vivent saintement sans doute, mais qu'elles ne sont pas toujours le privilège de la vie religieuse. De saints religieux ne les ont pas connues, ce qui n'empêche qu'il faille atteindre un certain degré de sainteté pour être apte à en jouir. Eufin, on ne mérite pas ces faveurs; et même l'humilité vraie les fait redouter et s'oppose à ce qu'on les recherche ; tout au plus peut-on les souhaiter, ren même temps que les craindre. (Sainte Thérèse.) De plus, l'âme favorisée de ces dons s'en cache soigneusement ; elle ne les avoue qu'à regret, pour ainsi dire, au seul directeur de sa conscience, et, s'en remettant à lui de juger de leur exactitude , s'abandonne à son jugement et obéit ponctuellement à ses décisions.

LA CONTEMPLATION ET L'iLLUSION. 257

§ i. — LA CONTEMPLATION ET L'iLLUSION.

Le premier de ces dons' mystiques, est la contemplation ; c'est, à proprement parler, une intuition simple de la vérité, que l'esprit embrasse sans travail et sans effort, avec une clarté qui ^'étonne et le ravit ; enfin, comme conséquence immédiate, la contemplation entraîne une tendance affective à l'amour de Dieu et à l'action dans le sens l'objet de la contemplation, et cette sorte d'impulsion pourrait conduire à l'extase.

Comme on le voit, rien dans ce phénomène, ne ressemble à une hallucination. Que si l'on craint d'avoir affaire à une illusion, les moyens d'écarter cette crainte seront d'apprécier soigneusement l'accord que l'objet de la contemplation présente avec les données simples et ordinaires de la vie rationnelle et religieuse; de juger si les actes auxquels elle conduit, si l'impulsion qu'elle communique aux actions de l'existence, est dans un sens favorable et fécond.

On dira peut-être que ce sont là tous motifs de juger que le phénomène surnaturel de la contemplation a bien pu se produire, mais que rien ne prouve qu'il se soit produit en effet. — Or croit-on que l'illusion puisse se produire, malgré la conscience qu'aie sujet, d'avoir nettement contemplé dans son esprit quelqu'un des caractères de la vérité, dont il reste frappé et dont il garde précieusement le souvenir? Et puis, l'illusion, en pareille matière, ne peut guère que demeurer stérile et sans fruits, tandis que la contemplation laisse après elle, outre la joie qui en résulte, des sentiments de reconnaissance, d'humilité, d'obéissance et d'amour, qui font avancer le sujet dans le chemin de la vie morale et religieuse.

Enfin la contemplation, ne présentant à l'esprit rien qui relève de la sensation, peut toujours être distin-

guée de toute représentation sensible, vraie ou fausse.

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