RÉVÉLATIONS, VISIONS ET HALLUCINATIONS
Les révélations et les visions sont les dons mystiques que l'on étudie après la contemplation, et qu'il faut s'appliquer à distinguer des hallucinations. C'est une distinction dont le P. de Bonniot s'est appliqué à montrer les caractères.
L'hallucination, dit-il, est une sensation déterminée par une impression organique, dont ni l'objet, ni la cause immédiate ne sont extérieurs. Le docteur Motet ajoute avec raison, dans sa définition, que l'exercice de la mémoire et de l'imagination, coïncidant avec cette impression organique, lui fournissent un élément, d'où résultent des apparences qui n'ont rien de commun avec une vue intellectuelle simple, et n'entraînent que le délire, ou tout au moins une profonde perturbation dans les actes physiques et moraux de l'individu. En un mot, c'est l'appareil sensoriel qui fournit la matière de la sensation, tandis que l'imagination la modèle. L'appareil sensoriel joue donc encore quelque rôle dans l'hallucination, mais celui de l'imagination le domine de beaucoup; aussi puis-je dire que l'hallucination est une sensation subjective transformée, autrement dit : l'illusion d'une sensation subjective, ou d'une sensation qui n'a pas d'objet extérieur.
Or, quelle que soit l'importance prise par Timaginanation, dans la perception de l'hallucination, elle ne peut supplanter la sensation, au point de fournir à l'intelligence ce que les sens ont mission de lui apporter. D'abord, elle ne peut rien sur le monde extérieur. Dans l'organisme, elle ne peut produire que ce que produisent les nerfs. Enfin, dans l'esprit, l'imagination, qui ne crée pas, ne peut produire que des
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images, qu'elle trouve dans la mémoire, soit dans leur entier, soit dans leurs principaux éléments.
Pour les mêmes raisons, il est facile de comprendre que, comme le dit fort bien Debreyne, toute hallucination est individuelle et solitaire et jamais générale et collective. Une hallucination générale et collective, c'est-à-dire commune à plusieurs individus en même temps et sur le même objet, est impossible et contraire aux lois physiologiques. Il n'est pas plus possible que plusieurs personnes aient vu, toutes en même temps, un objet absent ou fantastique , ou entendu un bruit imaginaire, qu'il n'est possible que plusieurs individus aient tous éprouvé le même rêve au même instant et jusque dans ses moindres circonstances : tout cela répugne à la raison et au bon sens.
Quand on dit que plusieurs personnes ont été hallucinées simultanément, il faut entendre qu'une seule l'a été véritablement et que toutes les autres n'ont fait que partager ou imiter l'espèce d'enthousiasme qu'elles ont aperçue dans la personne subitement frappée d'une grande hallucination : et la preuve que ces personnes n'ont fait que subir l'influence contagieuse des phénomènes réels' qu'elles ont vus dans l'individu halluciné, c'est qu'elles ne sauraient rendre un compte exact ni de la nature, ni des circonstances de l'hallucination éprouvée solidairement ; de même, quand on voit rire fortement une personne pendant quelque temps, on est irrésistiblement porté à l'imiter et à rire avec elle, sans pour cela connaître le motif qui a pu déterminer ce rire inextinguible.
Il faut donc admettre, comme une vérité incontestable, qu'une hallucination pure et simple, non exprimée ou traduite par des actes ou par des phénomènes extérieurs et sensibles, ne peut être transmise ou communiquée à d'autres personnes; c'est-à-dire en d'autres termes, que plusieurs personnes ne peuvent éprouver en même temps la même hallucination, sur
le même objet et dans des circonstances identiques de tous points.
Ceci posé pour ce qui est de l'hallucination en général, venons aux révélations et aux moyens de les distinguer des hallucinations de l'ouïe.
Les hallucinations de l'ouïe appartiennent le plus souvent à l'aliénation et aux formes chroniques de l'aliénation (Motet).
L'halluciné de l'ouïe pense bien entendre par les oreilles les paroles qui arrivent à son entendement ; il les attribue d'abord aux gens qui sont dans son voisinage, puis à des influences mystérieuses; elles consistent le plus souvent en injures, en moqueries, en ordres donnés impérativement et impossibles ou embarrassants à exécuter. L'halluciné demeure, après les avoir ouïes, dans un état de trouble et de crainte, qui vient d'un certain degré d'incertitude sur la provenance de ce qu'il a entendu et de la difficulté qu'il éprouve à accorder cette sensation avec les autres actes de sa vie ; et il ne cesse d'aggraver son délire, en cherchant aie systématiser.
Selon sainte Thérèse, les révélations ou les paroles divines ont de tout autres caractères : elles ne sont point entendues des oreilles du corps, elles s'imposent de telle sorte qu'on ne peut s'empêcher de les]entendre ; elles laissent, dans l'esprit, tout à la fois la certitude qu'elles ont été entendues et un souvenir durable ; elles sont parfois prophétiques, et elles sont toujours l'occasion, pour le sujet qui les entend, d'un progrès extraordinaire dans la voie de la piété et de la vertu.
Le fait sera plus remarquable encore, s'il s'agit de révélations faites clans une langue jusque-là inconnue du sujet et que le sujet comprend néanmoins, sans l'avoir jamais apprise. Il y a, en général, dans ce fait d'entendre ou de parler une langue sans l'avoir apprise, un caractère surnaturel d'une haute importance et qui emporte, par cela même, la conviction,