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CHAPITRE IV

De quelques causes d'erreur.

Je viens de passer en revue les maladies qui peuvent être confondues avec les états dits surnaturels et qui prêtent à l'erreur la plus facile occasion. Il est encore d'autres conditions qui y prédisposent et dont je dois dire quelques mots, en appendice à cette étude.

En première ligne, vient Vimpostitre, ou la simulation. Elle peut se donner carrière dans la mystique, et aussi bien dans l'ordre du surnaturel divin que dans l'ordre opposé.

On aurait tort d'en chercher la preuve exclusivement dans les motifs que l'on pourrait découvrir comme susceptibles de porter à la simulation. En général, il est vrai, le désir de se faire remarqner, la cupidité, la volupté, la vengeance même, entrent en ligne de compte pour inspirer l'imposture ; mais souvent ces motifs font défaut, et l'on ne peut s'expliquer cet amour de la simulation pour elle-même, que par une aberration plus commune qu'on ne croit : ornais homo mendax. Enfin, il est bien quelques sujets, chez lesquels une illusion inconsciente est le point de

départ d'une simulation, dans laquelle ils se complaisent ensuite et y persévèrent.

Une autre source d'erreur peut venir des habitudes du sujet.

Il est d'observation ordinaire, que l'application de l'intelligence à un objet, abstraction faite de tous les autres, peut aller jusqu'à déterminer l'aliénation des sens. J'ai dit comment on avait accusé l'usage de la méditation religieuse de produire cet effet et de conduire ainsi à la fois à l'extase et à la maladie. J'ai montré, en traitant de l'extase, quelle différence les sépare, et comment l'abstraction intellectuelle, portée à ce point, devient une mutilation de la personne humaine, tandis que l'extase est un entraînement de cette même personne vers les aptitudes les plus élevées et les plus généreuses de sa nature, sans altération de son unité.

La fixité méditative, qu'elle ait pour cause l'étude ou l'amour, débute par l'attention, redouble par l'effacement des choses extérieures, se poursuit, s'accentue jusqu'à ôter tout sentiment précis, et se relâche insensiblement par l'épuisement qui résulte de l'effort et de la fatigue. Or nous savons que les caractères de cet état sont opposés à ceux de l'extase divine, qui est inopinée dans son début comme dans sa cessation. De plus, il est bien rare que, dans l'abstraction méditative, la suspension des fonctions sensorielles soit telle, qu'on ne puisse l'interrompre par une parole ou par une excitation vive des sens. Enfin, l'abstraction intellectuelle cultivée à l'excès et indépendamment des autres aptitudes, loin de produire les résultats féconds de la saine méditation, tourne en lumière sèche, comme disait le P. Gratry, et bientôt même, par une réaction toute naturelle, ramène toute l'énergie vitale du côté des fonctions inférieures et passionnelles, qui en avaient été momentanément privées.

Une habitude non moins facile à suspecter que l'excès

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de concentration de l'esprit, c'est la faiblesse du corps, notamment celle qui se lie aux austérités excessives. Elle peut donner lieu aux illusions sensorielles et aux fausses interprétations, comme je l'ai indiqué ; et ceci justifie les sages conseils que sainte Thérèse, ai-je dit aussi, ne manque pas de donner à ce sujet. L'unité humaine ne veut pas être mutilée, pas même dans son corps ; elle doit, encore une fois, maintenir ses aptitudes inférieures sous l'empire des supérieures, elle peut aspirer à suspendre les premières au profit des secondes, mais elle se trompe quand elle veut les supprimer ou les détruire. C'est une tentative qui va contre le but ; et, suivant le mot de Pascal, en voulant faire l'ange, l'homme s'expose à faire la bête.

Une autre genre d'habitude, plus dangereuse peutêtre que les précédentes et qui certainement expose plus qu'elles à l'erreur, c'est l'habitude de cultiver isolément ou à l'excès l'imagination. J'ai dit quel rôle considérable cette faculté joue dans les états qui se rattachent à l'hypnose ; en même temps, j'ai insisté sur ce que cette faculté, la plus pauvre parmi celles de l'esprit, ne saurait se développer à l'excès, sans dommage pour les plus nobles attributs de l'intelligence, et pour les meilleures décisions de la volonté. Le tort, que fait aux fonctions intellectuelles la culture excessive de l'imagination, n'est pas sans retentir sur les fonctions animales, et même, n'est pas sans retentir parfois puissamment sur elles. Je me bornerai à rappeler à ce sujet : 1° que l'imagination seule ne peut rien sur le monde extérieur; 2° qu'elle n'agit qu'indirectement sur l'organisme, mais qu'elle peut y provoquer des troubles profonds; 3° enfin, que les effets qu'elle produit ne peuvent l'être inconsciemment, et qu'ils ne peuvent dépasser les bornes de ceux que nous savons appartenir h. l'ordre des faits naturellement organiques.

Quant aux illusions que l'imagination peut pro-

duire dans l'âme, elles peuvent tenir à l'hallucination, dont j'ai parlé plus haut, ou aux méprises que j'ai indiquées aussi, à propos des différentes espèces de visions.

Après les habitudes, la constitution physiologique doit être appréciée comme une source d'erreurs possibles. Le tempérament nerveux est celui qui y donne prise le plus facilement.

Toute cause native ou acquise, qui dérange l'équilibre de l'économie vivante, tend à en altérer l'unité. Bien que le système nerveux soit à la tête de la hiérarchie organique, lorsqu'il prend, dans le jeu des organes, une prédominance exagérée, il s'expose à voir ses propres opérations troublées , et devient pour l'esprit une source d'erreurs ou d'illusions.

Du reste, que ce système pèche par excès ou par défaut, l'équilibre est toujours rompu ; dans le premier cas, il conduit aux névroses avec excitation, dans le second c'est aux névroses avec dépression qu'il amène ; et nous savons que ces deux cas prêtent à la confusion et à l'erreur.

Ajouterai-je que les sujets jeunes sont particulièrement exposés à ce mode d'illusion ; que les femmes surtout en offrent des exemple s.

La femme est particulièrement exposée en ces matières à l'illusion et à l'erreur, du fait de son tempérament nerveux, qui lui fait sentir plus vivement les choses et l'expose par là à des conceptions imaginatives exagérées et à des décisions volontaires plus vivement effectuées et moins mûrement appréciées ; toutes circonstances auxquelles la plus grande instabilité de sa santé ne peut qu'ajouter encore.

Enfin une dernière occasion d'erreur peut se rencontrer, qui tienne à des surexcitations artificiellement provoquées, comme celles qui résultent des ivresses diverses, ou des diverses formes de sommeil artificiel. Les spiritueux, l'opium, la morphine son

principe actif, le hachisch, sont des substances enivrantes dont les effets ont pu être exploités pour cultiver Terreur. Elles ont toutes pour premier effet de produire une phase d'excitation, qui peut aller jusqu'au délire et s'accompagner d'hallucinations variées et d'imaginations fantastiques. Je n'ai pas à donner ici les caractères de tous ces délires, non plus que les signes particuliers à ces diverses intoxications. Je n'ai voulu que les signaler, car il suffit souvent d'être prévenu qu'elles peuvent affecter ces caractères, pour s'assurer que les troubles observés doivent leur être attribués.

Enfin, ce qu'il est bon de savoir, c'est que, lorsque l'usage répété d'un de ces excitants en a fait comme une habitude morbide, on ne peut le supprimer subitement, sans s'exposer àprovoquer des accidents, dont la physionomie rappelle, à s'y méprendre, les premières manifestations de l'abus.

Dans tous ces cas enfin, lorsqu'il y a doute sur la provenance des phénomènes observés, rappelonsnous avec un auteur que j'ai souvent cité : qu'il faut adjuger à la nature tout ce qu'elle est capable de réaliser, et, dans les cas seulement où son insuffisance est notoire, recourir au surnaturel.

A cet ordre de causes d'erreur, je pourrais ajouter la pratique du magnétisme, si je n'en avais assez parlé pour n'y pas revenir.

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