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DE LA MONOMÀNIE, HOMICIDE ET SUICIDE

du moins au moment de l'exécution de l'acte, c'est-àdire qu'alors il existe toujours une altération subite, un trouble plus ou moins notable de la raison, et assez puissant pourôterla liberté morale et pervertir la volonté, au point de la rendre purement physique et animale. Nous admettons donc cette impulsion, ce penchant très véhément, mais non pas absolument irrésistible, car, pour nous, il ne devient irrésistible qu'au moment précis où survient la perturbation intellectuelle. Nous pensons que l'opinion d'un délire subit, d'une éclipse soudaine de la raisonau moment de l'acte, est préférable et plus morale que l'hypothèse des médecins légistes, qui prétendent que la monomanie, soit homicide, soit suicide ou incendaire, etc., peut conduire à la consommation de l'acte, sans délire ou trouble intellectuel. Nous le répétons, nous ne pouvons admettre cette théorie ou ce principe de la monomanie avec penchant irrésistible et sans délire dans 1 acte, parce qu'il nous paraît dangereux, en ce qu il suspend le cours du libre arbitre, détruit la moralité des actions humaines, et tend à favoriser 1 impunité des crimes ; car si le penchant est irrésistible et sans délire dans l'acte, que devient le libre arbitre? D ailleurs, dans notre opinion, le trouble de la raison sera toujours plus facilement saisissable et constatable au sens commun des hommes, qu'une perversion de la volonté jointe à une lésion affective sans délire dans l'acte, que nul homme, après tout, ne peut prouver péremptoirement.

Nous estimons de plus que le trouble subit et momentané de la raison est la suite et l'effet d'un penchant malheureux que l'on n'a point suffisamment combattu, ou de la négligence qu'on a mise à éviter les occasions propres à l'entretenir ou à le faire développer davantage. Ce sont ces circonstances ou ceb causes génératrices du délire subit ou partiel, qui doivent déterminer le degré de culpabilité de l'action

du monomaniaque, parce que la volonté morale est subordonnée à la liberté morale, comme celle-ci est subordonnée à l'intégrité de la raison.

Nous nous résumons, et nous disons que, dans l'hypothèse où il n'existe chez le monomaniaque aucun intérêt rationnellement admissible , aucun motif qui ait pu le porter à un acte réprouvé par la saine raison, cet acte, s'il est consommé, doit être attribué au délire et non exclusivement à l'impulsion, au penchant irrésistible ou à la volonté dépravée ; et, nous le répétons encore, cette doctrine des médecins légistes (la monomanie sans délire) tend évidemment à détruire le libre arbitre ou la liberté morale des actions humaines.

On pourra peut-être nous objecter : « Si la perception, le jugement et la sensibilité morale peuvent être isolément pervertis ou abolis, pourquoi la volonté, ce complément de l'être intellectuel et moral, ne pourrait-elle pas aussi éprouver seule les mêmes perturbations, le même anéantissement? » Voilà l'argument le plus spécieux que l'on peut nous opposer. Sans doute nous admettons, avec tous les médecins légistes et même l'universalité des médecins, que la volonté peut être plus ou moins affaiblie, pervertie ou dépravée ; mais nous soutenons que cette perversion de la volonté sans motif ne va jamais jusqu'à l'acte, sans qu'il y ait au moment de son exécution trouble intellectuel ou suspension, ou perte du libre arbitre. Nous disons sans motif ou sans intérêt, car tout homme qui agit sans ce mobile n'agit pas comme un homme raisonnable; il est en opposition avec les lois du sens commun, c'est-à-dire qu'il est ce qu'on appelle/fl«.

D'un autre côté, il faut encore ajouter ici que la plupart des magistrats et des criminalistes rejettent la monomanie absolument, sans distinction aucune , comme particulièrement M. l'avocat général dans

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