DE LA MONOMANIE, UOMICIDE ET SUICIDE
l'affaire de Henriette Gornier, et M. Dupin dans le procès de Darzac, où ils dirent que « la monomanie n'est qu'une chimère, qu'un fantôme évoqué tantôt pour arracher des coupables à la juste sévérité des lois, tantôt pour priver arbitrairement un citoyen de sa liberté. » Cette opinion négative, absolue, exclusive, n'est pas non plus dans le vrai ; elle est démentie par des centaines de faits, qui prouvent invinciblement la monomanie homicide ou suicide, ou, si l'on veut, ce penchant plus ou moins fort et impérieux à commettre des actes criminels, coexistant toutefois avec le libre arbitre ou la liberté morale, qui ne se perd qu'au moment de l'acte. Nous pensons qu'il vaudrait encore mieux dire avec M. Collard de Martigny, que « la monomanie n'est qu'une passion qu'on pouvait étouffer dès sa naissance. »
Embrassons donc une opinion mitoyenne entre l'opinion des médecins et celle des magistrats, et disons que la monomanie homicide et suicide existe réellement, mais qu'elle ne va pas sans un état de délire général ou partiel, continu ou intermittent, au moins quand elle réalise son projet ou aboutit à l'acte. C'est alors seulement que le penchant, ne pouvant plus être dompté ou réprimé, peut être légitimement réputé irrésistible. M. Esquirol lui-même, cette imposante autorité en cette matière, a écrit en 1821 ces propres paroles : « On ne peut nier qu'il est des individus qu'un funeste penchant entraîne au suicide par une sorte d'attrait irrésistible. Je n'ai jamais vu des individus semblables; j'ose croire que, si l'on eût mieux étudié les individus que l'on dit avoir obéi à un entraînement insurmontable, on eût démêlé lesmotifs de leur détermination. » [Bict. des Sciences médicales, art. Suicide.)