LES FAITS DE LOURDES
caractère. C'est une idée que saint Grégoire émettait déjà [hora. 29 m Evangel), sous cette forme gracieuse: quand une plante est depuis peu mise en terre, il faut l'arroser, jusqu'à ce qu'elle ait pris racine; plus tard, elle peut se passer de ce secours.
Sur quels chiffres d'ailleurs, s'appuie-t-on, pour avancer que les miracles sont, de nos jours, moins fréquents qu'ils ne l'ont été auparavant? quelle période de temps faudrait-il embrasser dans son observation, pour se rendre compte de ce fait?
Croit-on que tousles cas susceptiblesd'être regardés comme merveilleux, soient tous connus et publiés ? Qu'on lise le remarquable ouvrage que Henri Lasserre a consacré à Notre-Dame de Lourdes, ce livre dont le succès est sans exemple dans les fastes de la bibliographie, ce livre qui a été conçu par un fervent croyant, mené avec la sévérité d'une expertise scientifique et rédigé sous une forme aussi châtiée que pittoresque.
Il n'y a que 25 ans que cette dévotion a pris naissance; or, dans les faits que rapporte l'ouvrage de Lasserre, on en trouve, et beaucoup, qui pour tout homme non prévenu, sont inexplicables dans l'ordre de la nature.
Sans doute, tous les faits qu'on raconte à ce sujet sont loin d'être des guérisons miraculeuses ; peu d'entre eux relativement, peuvent être proclamés comme tels ; mais il n'y a pas que les guérisons miraculeuses qu'il soit merveilleux de contempler à Lourdes : J'ai vu ce concours immense que les pèlerinages amènent auprès de la grotte célèbre, et qui ne s'interrompt que pour reprendre plus nombreux et plus enthousiaste encore; j'y ai rencontré des gens de toutes les classes, de tous les départements de la France, de toutes les contrées de l'Europe et du monde. J'y ai vu ces grandes manifestations de la prière publique, les processions sans fin, et toutes les
brillantes solennités qu'autorise le culte catholique ; j'y ai vu des chrétiens prier, comme on ne prie que là, courbés dans la poussière, criant violence au ciel, et ne s'interrompant de prier avec les malheureux et les malades, que pour chanter avec les consolés et les guéris, les louanges et la gloire de Dieu et de Marie.
Voilà les merveilles que Ton voit à Lourdes ; elles sont aussi capables d'ébranler le doute et de toucher l'indifférence, que la plus belle guérison miraculeuse; et c'est bien un miracle que de tels spectacles se voient aujourd'hui, au milieu du pédantisme orgueilleux ou de la sottise indifférente qui se coalisent contre la foi religieuse.
Un fait non moins merveilleux encore, c'est que, dans tous ces pèlerinages, avec la fatigue physique qui accable les pèlerins, les fortes émotions qui les ébranlent, avec l'ardeur de leurs supplications et leur zèle enthousiaste à suivre toutes les cérémonies et à y ajouter encore, au milieu de ces foules, où se rencontrent nombre de natures délicates et impressionnables, c'est merveille, dis-je, qu'il ne se produise pas de ces défaillances de la nature, que traduisent les accidents nerveux. Rien ne paraîtrait devoir être plus propice à faire naître et à propager ces épidémies de névroses, qu'on a vu se produire dans des circonstances analogues. — Il n'en est rien : c'est que la voix qui appelle et qui réunit ces hommes, ces femmes, ces enfants, est aussi capable de les soutenir, capable de maintenir en eux-mêmes, comme au milieu d'eux, l'ordre et l'harmonie, par lesquels elle se manifeste encore.]