‹ La théologie morale et les sciences médicalesChapitre 85 sur 99 · DÉFINITION DES PASSIONS · texte numérisé non relu

DÉFINITION DES PASSIONS

éléments de passions. Ce sont ces émotions dépressives que les Grecs appelaient pathemaia, et que les Latins ont désignées sous le nom d'affectiis (parce qu'en effet elles affectent, c'est-à-dire produisent une impression pénible et douloureuse), tandis qu'au contraire la haine, la vengeance, etc., sont de véritables passions, parce qu'ici il y a intervention active de la volonté.

Ces sensations internes et instinctives, inhérentes à l'animalité et déterminées par les lois de l'organisme, de môme que les impressions morales puisées dans le milieu social ou produites par une impulsion étrangère et extérieure, n'arrivent à l'état de passion que lorsque, sortant des bornes légitimes que la nature et la raison leur ont prescrites, elles excitent le désir, qui, à son tour, entraîne et asservit la volonté. Dès lors, elles prennent le nom d'affections déréglées ou dépassions, qui sont les vraies maladies de l'âme, d'autant plus difficiles à guérir, que l'âme abusée croit y trouver son bonheur. Ainsi donc les appétits ne supposent que des déterminations instinctives, tandis que les passions entraînent l'idée d'une détermination volontaire.

La volonté subjuguée et vaincue réagit vicieusement sur la raison, la fausse, l'étourdit et l'aveugle. On peut dire que la passion est comme un nuage qui se place entre l'entendement et la vérité. Dans cette éclipse de la raison, l'intelligence, obscurcie et fascinée par le charme des passions, ne voit plus que les phases des vices et des plaisirs déréglés : peu à peu le désordre moral étend son empire, et arrive enfin à ses dernières limites. Voilà, selon nous, le vrai mode de génération des passions humaines.

C'est dans ce sens qu'il faut entendre ce que disent les philosophes, que personne ne peut être sans passion dans cette vallée de misères et de larmes. Sans doute, l'homme rencontre à chaque pas, sur la route difficile de la vie, et surtout dans la plaine aride de

son cœur, des bêtes féroces, des lions rugissants, c'està-dire des penchants terrestres et charnels, qui le poussent et l'excitent au vice, à l'intempérance, à la volupté, à des plaisirs criminels, à l'orgueil, à la haine, etc. Ce sont là des propensions qu'il doit s'efforcer de combattre et d'étouffer à leur naissance; ce sont des lionceaux qu'il faut écraser contre la pierre, allide parvulos ad pelram. Voilà des affections qu'éprouvent tous les hommes ; ce sont les tristes apanages de l'humanité déchue, et c'est en ce sens que l'on peut dire qu'une parfaite ataraxie est impossible ici-bas.

Voici comment s'exprime sur les passions un grand physiologiste, Richerand :

« Nos besoins, nos appétits, nos goûts, nos passions sont du domaine de l'instinct ; ils dérivent comme lui de notre organisation : retranchez un organe, vous diminuez la somme des besoins, vous privez d'un appétit l'animal que vous mutilez : c'est ce que produit la castration sur l'animal ou sur l'homme qui l'ont subie de bonne heure. S'il était possible de rendre un Carnivore capable de digérer des végétaux, vous changeriez ses goûts et ses mœurs ; avec l'âge naissent et meurent en nous certains organes. En même temps et dans la même mesure, se montrent, se développent et s'éteignent certaines passions : affaiblissez par des saignées copieusesetmultipliees.ee guerrier intrépide qui brave la mort dans vingt batailles, vous en faites un homme pusillanime ; vainement son crâne vous offre- t-il alors la bosse sous laquelle il a plu au docteur Gall déloger la bravoure...

« On ne doit pas considérer le cerveau comme le siège primitif des passions, ainsi que le fait le plus grand nombre. De tous les sentiments de l'homme, le plus durable, le plus saint, le plus passionné, le moins susceptible d'être altéré par tous les préjugés de l'état social, l'amour maternel, n'est sûrement pas le résultat de quelque combinaison intellectuelle, de

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