‹ La théologie morale et les sciences médicalesChapitre 86 sur 99 · DONNÉES ET FAITS PHYSIOLOGIQUES ET MÉDICAUX · texte numérisé non relu

DONNÉES ET FAITS PHYSIOLOGIQUES ET MÉDICAUX

C'est ici qu'il faut se rappeler l'influence, disonsmieux, la haute puissance qu'exerce le moral sur le physique de l'homme. Qui n'a pas vu ces subites explosions des passions turbulentes et furieuses causer les plus grandes perturbations physiques, comme des apoplexies foudroyantes, des convulsions, des attaques épileptiques, hystériques, etc.? Rien déplus ordinaire encore que de voir une frayeur vive déterminer des convulsions, l'épilepsie, la paralysie, etc.. A l'époque de nos grandes tourmentes révolutionnaires, les anévrismes du cœur et des gros vaisseaux parurent plus fréquents que jamais (?), à raison des chagrins violents et de toutes les commotions morales les plus véhémentes et les plus inopinées. La colère, dit Richerand, a donné naissance à la rage et à des morts subites. On sait que des peines morales, des chagrins violents ont conduit au tombeau un nombre infini d'individus. Une crainte excessive et la terreur aggravent singulièrement l'état des plaies, et disposent à la gangrène, tandis que la joie et l'espérance en favorisent la cicatrisation. Une joie excessive et inattendue a quelquefois été suivie d'une mort prompte. Nous avons vu, dit le célèbre Halle , un homme qui, absous contre son attente par un jugement révolutionnaire, fut frappé aussitôt d'un délire, qui fut suivi d'une fièvre nerveuse fort grave, qui se termina heureusement vers le vingtième jour. Dans sa convalescence, apercevant un mouchoir, il l'inonda de ses larmes : ce mouchoir appartenait à sa femme,

dont il était éloigné et qu'il avait cru ne jamais revoir. Il fut alors entièrement rétabli. (Voyez d'autres exemples encore, chapitre II.)

Un des effets les plus délétères et les plus fréquents des passions violentes, c'est l'altération de nos humeurs. On a vu quelquefois la jaunisse se manifester subitement à la suite d'un violent accès de fureur ; on a vu également un paroxysme de colère altérer profondément le lait d'une nourrice.

Le physique n'exerce pas une moindre influence sur le moral de l'homme. On connaît assez les effets remarquables que produisent les divers genres d'alimentation, comme nous le verrons plus en détail dans le chapitre suivant. Ce n'est pas seulement la différence des climats qui fait changer la sensibilité et les mœurs des peuples, comme on le dit toujours d'après Hippocrate et Montesquieu, mais c'est surtout le régime alimentaire, qui amène ces modifications du moral des nations. Ainsi les peuples qui s'abstiennent absolument de chair, comme une grande partie des habitants des pays chauds, surtout de l'Asie, et notamment les brames de l'Inde, sont généralement remarquables par leur douceur de mœurs et de caractère. Au contraire, l'habitude de vivre de chair et de répandre le sang donne aux mœurs un caractère d'âpreté sauvage, pour ne pas dire de dureté féroce. Les animaux carnassiers, violents et irascibles, sont toujours disposés et impulsionnés à la férocité et à la rage, comme le tigre, le loup, etc., tandis que les paisibles herbivores, comme dit M. Virey, restent humbles et soumis à l'empire de la crainte ou des affections douces. « Pense-t-on, ajoute le même auteur, que si Néron eût pu être condamné, dans un hospice d'aliénés, à une diète jtoute végétale, comme de mauvais sujets le sont aux États-Unis, il n'eût pas perdu de la violence de ses passions, qu'il n'eût pas été rendu par la suite peut-être aussi délicat et aussi

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