FAITS PASSIONNELS
sensible que le furent les pythagoriciens, les doux brames de l'Inde, devenus les plus humains des hommes? »
[Cette théorie cependant ne saurait être poussée loin sans erreur, ou tout au moins sans exagération. Il faut se garder de dire avec certains philosophes : Dis-moi ce que tu manges je te dirai qui tu es. — Il faut songer d'ailleurs que si les conditions, si le milieu dans lequel l'être est placé, lui imposent certaines nécessités, quant à son régime alimentaire, ses goûts et ses aptitudes ont bien pu intervenir, pour lui faire choisir celles-ci de préférence à celles-là, alors que le choix était possible.
Ceci nous conduit encore à protester contre la théorie des milieux, telle qu'elle a été formulée par quelques philosophes, entre autres par M. Taine. Que les qualités physiques de l'homme dépendent des conditions physiques qui ont présidé à son origine et de celles qui l'accompagnent dans la vie, le fait n'a rien d'impossible; mais attribuer exclusivement à ces mêmes conditions, l'état moral, les passions, le génie intellectuel des individus et des peuples, c'est les doter d'une puissance que le fatalisme oriental a seul pu rêver.]
Les maladies des viscères abdominaux, particulièrement de l'estomac, des intestins, du foie, de la vessie, etc., portent surtout à la mélancolie, et rendent le caractère triste et morose. Les malades voient, comme on dit vulgairement, tout en noir; ils s'observent, ils se tâtent, sans cesse, tirent des conséquences sinistres et fâcheuses; enfin souvent,ils sont ce qu'on appelle hypochondriaques.
Il est un fait certain, c'est que des purgations fortes ont quelquefois opéré la plus heureuse révolution dans le moral des maniaques ou des mélancoliques. L'évacuation de certaines matières irritantes, d'une bile noire, altérée, épaissie, dont la présence stimulait
vicieusement le système nerveux-ganglionnaire, a rendu du calme aux malades, a changé ou modifié leurs affections, et notablement éclairci et élucidé leurs idées. C'est ainsi que l'on explique les nombreuses guérisons de folie qu'opéraient les anciens médecins, à l'aide de l'ellébore, qui n'est qu'un purgatif drastique.
[Je tiens d'une personne fort expérimentée dans l'éducation des enfants et j'ai souvent observé moimême, qu'une purgation opportune peut faire cesser l'excitation anormale, que traduisent parfois une dissipation excessive ou un caractère insupportable.]
Nous avons parlé ailleurs des perturbations mentales et affectives produites par l'état de grossesse. Nous ajoutons ici qu'on a vu des femmes devenir fantasques, bizarres, capricieuses et même folles, lorsque la menstruation était notablement troublée, ou quand pendant le temps de la lactation, le lait venait à tarir subitement.
Nous disions tout à l'heure que les maladies abdominales chroniques imprimaient au caractère ou au moral de l'homme un cachet de tristesse ou de mélancolie très remarquable : nous voyons assez souvent arriver le contraire dans les maladies chroniques des poumons. Il est très rare que les phthisiques perdent totalement l'espérance; presque jamais ils ne connaissent leur véritable position, et ils partagent rarement l'inquiétude des personnes qui observent et connaissent le mieux leur état. On les voit souvent gais et presque toujours pleins d'espoir : déjà même sur le bord de la tombe, ils forment encore des projets pour de longues années. Mais une chose assez remarquable qu'il faut noter ici, c'est qu'en général, les hommes atteints de la phthisie pulmonaire ou les poitrinaires sont, tout malades qu'ils sont, assez souvent exposés à éprouver des sensations libidineuses, et quelquefois même ils sont dans une disposition
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erotique habituelle. Cet éréthisme nerveux, comme on pense bien, n'e contribue pas peu à user le peu de forces vitales et; radicales qui leur restent encore. Il est donc bon d'être prévenu de cette particularité pathologique, afin de ne pas l'attribuer à une cause purement morale.