‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 103 sur 519 · COCHON ET LES THÉOPHILANTHROPES 1 !\ I · texte numérisé non relu

COCHON ET LES THÉOPHILANTHROPES 1 !\ I

signe extérieur, et que d'ailleurs si son existence est certaine, il importe d’appeler sur elle la surveillance des autorités constituées, je vous invite à prendre à cet égard de très prompts renseignements et à m’en instruire afin qu’il soit pris en conséquence telle mesure que l’ordre public paraîtra exiger. » Ces derniers mots renfermaient une menace à peine déguisée. Le bureau central répondit au ministre, le 7 germinal, qu’il n’avait rien découvert dans la réunion incriminée qui pût motiver la moindre inquiétude1. Mais le ministre dut insister, car peu après le bureau central envoyait des renseignements très complets sur le citoyen Haüy, « chef de la réunion des théophilanthropes », et celte nouvelle note était rédigée dans un esprit tout différent de la première. Il fallait bien con tenter le ministre.

Il y a tout lieu de présumer, disait, dans son mauvais français, l’administrateur Limodin, que dans la réunion désignée sous le nom de tliéophilanthropes, il y a un butcaché, autre que celui d’adorer Dieu et d’y secourir l'humanité. La preuve que l’on en peut donner, c’est qu’à la suite des prières ou discours publics, il y a des réunions secrètes où il n’y a que des affidés

teurs du culte n’avaient pas fait la déclaration exigée : « Nul ne pourra remplir le ministère d’aucun culte en quelque lieu que ce puisse être s’il ne fait préalablement devant l’administration municipale ou l’adjoint municipal du lieu où il voudra exercer une déclaration dont le modèle suit... »

1. Le bureau central du canton de Paris au ministre de la police générale : « Citoyen ministre, nous étions déjà instruits qu’il existait une Société dite théophilanthropique. Notre surveillance s’exerçait à son égard. Les rapports, qui nous ont été faits jusqu’à ce jour, nous apprennent que ce qui s’y passe n’est qu’une répétition des exercices (le morale, qui avaient lieu à la Société des aveugles de la rue Notre- Dame-des- Victoires, et des ci-devant Célestins près l’Arsenal. Il ne s’y prononce que des discours qui ont pour base le respect dû à la divinité, le dogme de l’immortalité de l’àme, et les devoirs réciproques des hommes sous les rapports des devoirs sociaux, et du respect et de l’obéissance dus aux lois. Ces discours sont suivis d'hymnes qui n’ont rien de contraire ni aux bonnes moeurs ni au gouvernement. On se livre ensuite à l’exécution de divers morceaux de musique, on répète des fables de la composition des aveugles de l’Institut. En général, les assistants peuvent trouver dans ces cours des leçons de bonne morale et de bons principes. Tout s’y passe sans trouble et il ne peut rien résulter de fâcheux pour la tranquillité publique. Notre surveillance s’y rattachera sans relâche. S. et U. Les administrateurs : Bréon. » Arch. liai., F7 "338.

LES APPROCHES DE FRUCTIDOR

qui s'y rendent 1 2 : que ces affidés oui tous eu des places dans le régime révolutionnaire et ont marqué dans les sociétés populaires; — que celle réunion a des ramifications très étendues dans les différents quartiers de Paris; — que la religion qu'ils disent naturelle, qu'ils professent, a des desseins cachés, car dès à présent, dans une brochure intitulée Année religieuse-, ils traitent de sectes toutes les religions qui ne sont pas la leur, ils y font une distinction du brigand avec l’homme tranquille cl. sage, y établissent comme une action qui ne déplaît point à Dieu, de tuer le brigand lorsqu'il attaque si on est en voyage 3. Ce dogme est infiniment pernicieux, attendu qu'en morale on est censé voyager sans sortir de chez soi et peut armer fréquemment le bras d'un citoyen contre un autre.

Les inscriptions de croire à lexistcnce de Dieu et à l’immortalité de l’âme ainsi que les hymnes et cantiques faits pour la fête de l'Etre suprême, annoncent assez que si le créateur de ce rite (le féroce Robespierre) n’existe plus, ses disciples et ses prosélytes sont toujours en exercice. Haüy, qui a été un des premiers partisans du régime révolutionnaire et qui a prêté, sans l’aveu du gouvernement, la maison qui lui est confiée pour servir d’asile cl de point de centre à la secte de Robespierre, donne une idée de l’opinion que l’on doit avoir de lui.

II seroit à désirer que le ministre de la police puisse se procurer les noms des affiliés et les mettre en comparaison avec les listes de Babeuf4 5.

Même après le discours que La Réveil ière prononça à l’Institut et par lequel il mit officiellement en quelque sorte la secte sous son aile, Cochon persista à faire surveiller les prétendus anarchistes des Cal heri nettes. Le 12 prairial encore, un agent secret, qui parait bien ignorant, dénonça les Jacobins qui s’étaient convertis au protestantisme pour tenir des assemblées « dans la très petite église Sainte-Catherine, rue Saint-Denis ’’ ». Et le ministre

1. Allusion aux réunions du Comité de direction morale qui avaient lieu tous les mercredis

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