‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 110 sur 519 · LE DISCOURS DU 15 FLORÉAL · texte numérisé non relu

LE DISCOURS DU 15 FLORÉAL

avec le gouvernement1. L’ardenl gliickisle qu’il avait été2, l’admirateur de Méhul qu’il était alors, se retrouve ici tout entier.

La Révellière ne doute pas du succès. Si des tentatives analogues ont précédemment échoué, c’est qu’elle se sont produites au temps de l’anarchie (allusion au culte de la Raison et au culte de l’Etre suprême). Alors, il n’y avait ni ensemble, ni esprit de suite dans la législation. C’était le chaos. Mais la France est maintenant sous le régime de la loi. « Un système régulier d’institutions ne peut être établi que dans un gouvernement régulier. » Où trouver d’ailleurs des circonstances plus favorables pour cette grande entreprise? La paix continentale est faite3. La France va pouvoir enfin respirer.

Il faut profiler de l’accalmie pour perfectionner et consolider la Constitution.

L’établissement du culte dépend de l’initiative des bons citoyens. Que les hommes éclairés le secondent, le gouvernement ne restera pas indifférent à leurs généreux efforts. L’établissement des institutions civiles et des fêles nationales dépend de la législature et du gouvernement. Que la législature légifère donc, sans entrer dans trop île détails, le gouvernement réglementera et appliquera.

Sans doute, ce ne sera pas sans résistance que ce large programme sera réalisé. La Révellière prévoit que ses idées etses maximes rencontrerontdeux sortes d’adversaires : les prêtres et les philosophes. Mais il a un égal mépris

1. L’ouvrage de Leclerc fut analysé par Trouvé dans le Moniteur du 6 messidor an I \ : « Leclerc proposait la confection d'un Recueil d’hymnes et de chants civiques. Il y aurait des chansons pour les diverses professions — et pour des occasions particulières « comme le mariage, la naissance d’un fils, la mort d’un parent, le retour d’un ami. — » Il en veut aussi pour l’amour, ce sentiment qu’il est si moral et si politique de bien diriger. Il voudrait « une lilurrjie commune à tous », analogue à la liturgie des prêtres.

2. Voir Mémoires : « L'impression musicale est de toutes les impressions sensibles la plus puissante, car elle pénètre l’auditeur par tous les porcs, et produit sur lui un ébranlement physique en meme temps qu'un ébranlement moral. »

3. Les préliminaires de Léoben furent signés le 29 germinal, c’est à-dire i3 jours a\anl que La Révellière prononçât son discours.

T.ES APPROCHES DE FRUCTIDOR

pour les uns et pour les autres, pour « ceux qui tyranisent les hommes et les avilissent clans la superstition, et pour ceux qui leur présentent comme des préjugés, aussi petits qu’incommodes, les vertus les plus nécessaires au bonheur domestique et à la félicité publique». Certes non, il n’est pas un philosophe, car il ne s’attache jamais en morale et en politique qu’aux résultats — et il range sur la même ligne la métaphysique et la théologie. Peu lui importent les injures et les menaces de l’un et de l’autre parti. Pour faire le bien, pour rendre l’homme heureux et meilleur, il bravera, s’il le faut, « les poignards d’un fanatisme sanguinaire et les persécutions cl’une orgueilleuse philosophie ».

L’impression produite. — On ne peut se refuser à reconnaître dans ce discours un grand accent de sincérité, un profond amour delà chose publique, un sérieux effort pour résoudre le problème de la démocratie '. L’impression produi te fut considérable en France et même à l’étranger.

Le mémoire de La Révellière, imprimé en brochure, atteignit de suite plusieurs éditions. M'ne Fabricius le traduisit en allemand \ Mais surtout la presse s’en empara. Une polémique s’engagea, très âpre, tant sur le discours lui-même que sur la théophilanthropie, dont il contenait un éloge indirect. La polémique ne cessa qu’avec le coup d’Etat de fructidor, qui mit la presse en interdit. La question sera enfin portée devant les conseils par J. B. Leclerc, un des intimes de La Révellière.

Voyons donc : comment catholiques et philosophes relevèrent le gant qui leur était lancé ; quelle fut la réponse des législateurs et des bons citoyens à l’appel qui leur était adressé; quels bénéfices, enfin, les théophi-

1 . Sur ce que nous entendons par ces mots : « le problème de la démocratie », voir notre conclusion

Page 1