La Quotidienne, du 3o prairial an V
l,ES APPROCHES DE FRUCTIDOR
leurs atteintes, car elle n’est pas l’œuvre de la main des hommes.
La Quotidienne, quittant cependant le ton plaisant et comme si son assurance n’était pas très sincère, ne mit pas longtemps pour se courroucer, pour accuser et pour calomnier. Le véritable fondateur de la théophilanthropie, à l’en croire, c’était Robespierre. Son esprit régnait au temple des Catherinettes. Elle voulait bien croire, sans doute, que « les nouveaux théophilanthropes ne chercheront pas à décorer leurs fêtes par des sacrifices humains, car la guillotine, Dieu merci ! n’est plus à l’ordre du jour », pourtant il est visible qu’elle n’en est pas très sûre! Elle se moque bien encore des hymnes théophilanthropes, composées par le valet de chambre de Chénier, mais on sent que le sourire est forcé.
Plus on approche de fructidor, plus le ton devient véhément. « Pourquoi voyons-nous, demande-t-elle le 7 messidor, au mépris des sages dispositions delà Constitution, une multitude d’hommes se rassembler de toutes parts, former sons les noms de ligues, de cercles, de sociétés littéraires et théophilanthropiques , des comités d’insurrection, d’assassinat et d’anarchie ? Voudrait-on nous ramener au régime de la Terreur? » Désormais, tout ce qui est républicain est flétri, par elle, de l’épithète de théophilanthrope.
Le cercle constitutionnel de la rue de Lille est transformé en réunion théophilanthropique. La Quotidienne y voit les RR. PP. Siéyès, Daunou, Poultier et Talleyrand- Périgord. La Révellière préside l’office et Mme de Staël fait la quête, « donnant la main à son Jasmin Constant ». Chénier lit des vers à la louange des terroristes, au milieu de fanatiques applaudissements. Puis toute l’assemblée se lève et va prêter serment de fidélité sur la bosse1 de La Révellière'2. A la veille même du coup d’Etat, La Quoti-
1. La Révellière était bossu depuis l’enfance. Les coups de son premier maître, le curé Perraudeau, lui avaient déformé la taille (voir Mémoires, I, p. 9).