‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 12 sur 519 · I.E Ci l I i: NATIONAL EN I, \N IV · texte numérisé non relu

I.E Ci l I i: NATIONAL EN I, \N IV

C'est précisément ce qui est arrivé pendant la Révolution. La réforme du régime politique a précédé la réforme des moeurs.

La République n’est en danger que parce qu’elle a été fondée avant que l’esprit et les mœurs républicains aient été suffisamment formés. D’où la nécessité des institutions. Les hommes qui ont fait la République et qui la gouvernent se doivent de perfectionner leur œuvre. N’ont ils pas, en effet, reçu de leurs concitoyens le mandat d’opérer la régénération, d’assurer le bonheur social ? Les « magistrats », comme on les appelle, sont des prêtres d’une espèce particulière, des prêtres chargés de faire régner l’ordre, l’harmonie dans la société, et de la modeler selon le juste et le bien.

Us prennent leur rôle au sérieux. En instituant le culte de la Raison et le culte de l’Etre suprême, les conventionnels n’ont pas cru forger seulement une arme de circonstance, ils visaient plus haut ; Robespierre, Roissy d’Anglas et beaucoup d’autres espéraient faire de cet expédient tic défense patriotique une œuvre durable, un instrument de régénération, pour parler leur langage1.

Il leur semblait qu’une ère nouvelle s’ouvrait pour l’humanité. Ils s’efforçaient d’oublier, d’effacer le passé odieux. Us s’acharnaient à détruire tout ce qui le rappelait dans les mœurs, dans les usages, dans les symboles, dans le langage même. Mais ils avaient le sentiment qu’une chose, qui répond à un besoin social, n’est détruite définitivement que si elle est remplacée par une autre, qui contente le même besoin.

Les « institutions » n’étaient donc pas, dans leur

i. « Vous qui voulez embellir votre législation de toute la volupté des fêles et de tout l’éclat des cérémonies, afin do conduire d'âge en âge le peuple que vous instituez, au bonheur par l’amusement, et à la vertu par le plaisir, songez que rien de ce que vous allez créer ne sera indifférent pour lui, songez que le temps rendra religieux et sacrés nos institutions et nos usages, que ce qui peut vous paraître aujourd’hui peu important, s’embellissant, de siècle en siècle, de toute la vénération des peuples, et de tout le charme d’une longue habitude, sera la religion de la postérité, etc.,. » Boissy d’Anglas, Essai sur les J'èlcs, p. 22.)

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pensée, un simple moyen de combat contre leurs adversaires politiques. Au-dessus de l'intérêt de leur parti, ils plaçaient l'intérêt de l’humanité. C’est parce qu’ils sont convaincus que la séparation du pouvoir civil et du pouvoir religieux a été fatale au progrès, que dans leurs projets de religion civile, ils confient aux mêmes magistrats les fonctions administratives et les fonctions morales et religieuses. — « Voulez-vous que les cérémonies publiques, dit Boissy d’Anglas 1 en s’adressant à ses collègues, émanent toutes de l’autorité du gouvernement et ne puissent émaner que de lui, il serait trop dangereux, sans doute, de confier en d’autres mains des moyens aussi puissants d’influer sur le sort des peuples, vous seuls devez régler la direction et la marche de celte religion civile que vous devez donner à la France... » Ainsi, pensait-il, renaîtra, comme autrefois dans les cités anti (pics, l’époque bénie où la religion ne faisait qu’un avec l’Étal2.

Comment restaurer le culte révolutionnaire ? — Après la Terreur, celte conception d’ensemble sur la mission morale de l’État subsiste toujours. C’est encore à l’État que les patriotes font le plus souvent appel pour établir les institutions républicaines ou plutôt pour les restaurer. Mais ils oui atténué leurs ambitions et sacrifié, encore qu’à contre-cœur, un peu de leur logique. Ils sont maintenant obligés de tenir compte des circonstances. La rigueur des temps, le réveil de la foi catholique et du royalisme, l’ insécurité du lendemain ne permettent plus aux conventionnels de tenter l’entière application de leur

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