‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 141 sur 519 · BONAPARTE ET (.ES THÉOPHILANTHROPES · texte numérisé non relu

BONAPARTE ET (.ES THÉOPHILANTHROPES

Des indices plus sérieux nous sont fournis par l’attitude des chefs théophilanthropes, qni ne cessèrent pendant plusieurs mois de combler Bonaparte d’éloges et d’avances à peine voilées.

Le 3o frimaire, leur meilleur orateur Dubroca, dans un discours sur la paix, adressait au « héros d’Italie », les louanges les plus hyperboliques1. Leur journal officiel, l 'Écho, dans son n° 2<», trouvait moyen de renchérir encore sur ces flatteries, et, dans son n° 29, demandait qu’on rétablît pour lui une sorte de triomphe. l)e nombreuses brochures essayaient de répandre dans le public l’idée que Bonaparte était tout dévoué à la théophilanthropie. Un certain Luques, auteur d’une Déclaration du général Bonaparte aux sociétés théophilanthropiques 2>, insinuait que les républicains de la Cisalpine avaient con suite Bonaparte avant d’ouvrir des temples au Dieu de la

lavant de la théophilanthropie de notre collègue, il avait trouvé là un côté d’imagination saisissable; il avait d’une part donné à Révellière- Lépeaux l’espoir de porter en Afrique et en Asie l’établissement de ce culte nouveau que Révellière projetait pour l’Europe. Après s’être emparé de l’esprit de Révellière et l'avoir exalté dans ce sens, Bonaparte aborda Merlin et François de Neulchàteau par des considérations d’un autre genre qu’ils crurent do la haute politique, celle par exemple de se débarrasser de cette superfétation militaire d'hommes hardis, entreprenants et aguerris, tout à fait dangereux pour la France, qui dans ce moment refluait de toutes les armées» (Barras, Mém., 111, ]>. 1 84) •

1. « Que la sévérité de nos principes disparaisse pour un instant devant la grandeur de nos motifs I de longtemps sans doute, les hommes n’auront à louer un héros pareil à celui qui a vaincu le continent de l’Europe. Oui, c'est à toi surtout cpie sont tous les jours de la paix que nous célébrons, à toi, jeune guerrier, dont le nom réveillera toujours l'idée de toutes les vertus qui honorent l'humanité, et dont le souvenir se mêlera à jamais à la reconnaissance de la plus grande des nations. Tu as vaincu sur cette terre qu’illustrèrent les plus fameux capitaines de l’antiquité; mais plus grand qu’eux, tu as vaincu en vrai héros; ni les délices de Capouc n'ont pu t'amollir, ni les séductions de la victoire te corrompre. Dans les moments d'un danger pressant lu ne désespéras jamais, comme Brutus, de la cause sacrée qui avait armé Ion bras; dans l’ivresse de ta victoire tu n’as pas été tenté, comme César, de franchir le Rubicon pour asservir ton pays ; tu as vaincu pour les seuls intérêts de la liberté et ta gloire sort plus pure encore des épreuves séduisantes, où la prospérité place le cœur humain, que du milieu des combats, où ta valeur a tant de fois étonné l’univers ». (Dubroca, Recueil cle discours, Vrch. nat., AD'I11 20, n° i5).

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