LE PARTAGE DES ÉGLISES. - LES CONSTITUTIONNELS
« Il suffit, pour connaître le citoyen qui se présente, de prendre lecture de sa carte, et nous vous invitons à vous en tenir là. Nous vous invitons aussi à effacer de l’extrait de la prestation de serment faite par les théophilantliropcs ces mots : Autorisé à rester sur le territoire de la République. Celte précaution, devenue nécessaire pour l’exécution des lois relatives aux ministres du culte catholique, ne trouve point son application pour les lecteurs d’un culte dont les sectaires ne peuvent être assimilés aux précédents... Vous voudrez bien recommander aux commissaires de police de s’en tenir à la plus stricte exécution de la loi, et de ne pas se permettre de défendre, dans l’intérieur des temples, la vente des brochures relatives au culte des ihéophilanlliropes. . . « Nous vous observons que, dans aucun cas, la force armée ne peut entrer dans les temples que lorsqu’il y a clameur publique... ' » — Comme on le voit, tout au moins sur le fond des choses, le ministre finit par obtenir satisfaction.
Ce différend est instructif, car il nous montre d’une façon très vivante les difficultés de toute nature auxquelles les théophilanthropes se trouvèrent en butte — malgré l’appui du gouvernement — - et combien ce gouvernement était mal obéi de ses agents, même les plus immédiats.
Le partage des églises. — Les constitutionnels. — Une fois en règle avec la loi, après la formalité du serment remplie, les théophilanthropes pouvaient préparer leur installation dans le nouveau temple. Leurs administrateurs demandaient une entrevue aux administrateurs catholiques pour s’entendre avec eux sur le partage de l'église.
Les catholiques, constitutionnels comme soumissionnaires, furent fort embarrassés sur la conduite à tenir. Le concile de l’église constitutionnelle, qui était alors
i. Cat. Charavay, n° 188, 2.
réuni, s’occupa delà question. Une première commission, nommée par le concile, lit un rapport qui 11e lut pas approuvé.
Le rapport condamnait la politique persécutrice du Directoire, et prêchait la résistance1. Les prudents, les politiques firent écarter ses conclusions, « sous prétexte, dit l’abbé Detorcy, par lequel nous connaissons ces faits : i° que les curés de Paris avaient pris leur parti; 20 qu’il fallait craindre de choquer le gouvernement qui semblait favoriser cette nouvelle religion ; 3° que c’était donner de l’importance à cette religion que d’écrire contre elle2 ». — Une deuxième commission se prescrivit surtout comme tâche de justifier les curés de Paris, qui avaient consenti à partager leurs églises avec les théophilantbropes, et de lever les scrupules que leur conduite avait fait naître dans l’âme de « bien des fidèles » .
Laissés à eux-mêmes — jusqu’à la décision du concile — les curés de Paris s’étaient, en effet, presque tous résignés, malgré leur vive répugnance à rester dans une église que souillait la présence des hérétiques. Sans doute,
t. Les actes officiels du concile sont muets sur ces débats, qui nous seraient restés inconnus, sans la publication par M. E. Jovy delà correspondance de l'abbé Detorcy délégué au concile par le presbytère de Reims (Soc. des Sciences et artsde Vilry-le-Frànçois, t. XVIII, 1898). Grégoire dit seulement que « la question lut discutée entre les pasteurs» ( Histoire des Sectes, 1, p. 38o); on ne sait s’il parle des curés de Paris ou des membres du concile.
2. Lettre de Detorcy du 20 octobre 1797 (29 vendémiaire an VI): « Un autre objet a été aussi traité, c’est ce qui regarde la conduite à tenir par les catholiques, dont les temples sont partagés par les théophilanthropes. Une commission avait été nommée : rapport ayant été fait, nos prudents avaient cru devoir faire passer à l’ordre du jour, sous prétexte, i° que les curés de Paris avaient pris leur parti; 2° qu’il fallait craindre de choquer le gouvernement qui semblait favoriser cette nouvelle religion, 3° que c’était donner de l'importance à cette religion que d'écrire contre elle. On y est pourtant revenu. On a fait sentir que cette secte pouvant se répandre ailleurs qu’à Paris, il fallait une instruction générale, que d’ailleurs la conduite des curés de Paris n’était pas uniforme, que bien des fidèles avaient des scrupules qu’il était nécessaire de lever, que ce serait d’ailleurs une véritable honte pour le concile si, voyant s’élever sous ses yeux un nouveau culte qui tendait à renverser tous les autres, il ne s’empressait pas de prémunir les fidèles contre un tel danger. Enfin une nouvelle commission a été nommée, et elle doit remplir ces deux objets si toutefois la prudence de nos sages n’y met aucun obstacle...»