E.V THÉOPHILANTHROPIE ET LES FÊTES NATIONALES
Vers sa naissance avec respect Les yeux se tourneront sans cesse,
Et, dans le plus lointain aspect,
Ils ne verront point sa vieillesse.
A l’arbre de la liberté Fournissons une sève active.
Par l’héroïsme il fut planté,
Par les vertus on le cultive.
Puissent dans mille fois mille ans,
Des fleurs encor parer sa cime!
Du bonheur de nos descendants Goûtons l’espoir tendre et sublime.
Moins imparfaits que leurs aïeux.
Nos petits-fils verront éclore Des successeurs plus vertueux,
Que de meilleurs suivront encore.
Puissant auteur de l’univers!
Ta gloire assure ce présage :
Trop longtemps on a vu des fers Dégrader ton plus bel ouvrage.
L’hymne à la Souveraineté du Peuple, dû à Rallier, chantait sur l’air du Chant du Départ. Il nous suffira en reproduire le dernier couplet :
Peuple, quand lu diras : « C’est de I Etre suprême Que je tiens mon autorité »,
Dans la bouche des rois, ce qui fut un blasphème Sera pour toi la vérité.
Tyrans, votre cause cruelle Se fonda sur la trahison ;
La cause du peuple a pour elle Dieu, la nature et la raison.
Refrain.
D’une main ferme Autant que sage.
Peuple français défends tes droits.
Aux vertus porte ton suffrage ) ^
El respecte tes propres lois j
Comme si les théophilanlhropes avaient adopté les idées de Leclerc dans son projet sur les institutions civiles le Rituel a bien soin de faire observer que la cérémonie, par laquelle ils célèbrent les fêtes nationales, n’est pour ainsi dire que le « prélude » de la fête officielle, car « il faut qu’en sortant de l’exercice religieux, les citoyens puissent se rendre à la solennité civique ».
Le 3o ventôse an VI, jour de la fête de la souveraineté du peuple, dans tous les temples théophilanthropes de Paris fut prononcé le même discours, rédigé par Dubroca et approuvé par le comité directeur. Dubroca prit pour sujel : les devoirs des électeurs, sujet de circonstance. Le lendemain commençaient les élections dans toute la France. Il désigna très clairement les candidats pour qui les théophilanthropes devaient voter: pour les vrais amis cle la République, « puisque, disait il, leurs plus chers intérêts sont attachés au maintien et à l’affermissement delà République2 ».
11 est à noter cependant que certains membres du comité de direction ne virent pas sans déplaisir cette intervention publique de la secte sur le terrain de la politique. L’un d’eux, Marquet, déclara même catégoriquement que « la fête de la souveraineté du peuple n’était, pas un sujet susceptible d’être lié par des rapports d’aucune espèce à la religion naturelle. » Mais sa protestation fut sans écho. Haiiy et Goupil de Préfelne firent décider par le comité la célébration de toutes les fêtes nationales 3.
Les théo philanthropes célèbrent la fête funèbre de Hoche. — Déjà les théophilanthropes avaient décidé de s’associer au deuil de la République en célébrant une ièle funèbre en l’honneur de Hoche. Le ministre de l’intérieur
1 . Le projet cle Leclerc, on s’en souvient taisait une place à la théopl i ilan tl î ropic dans la cérémonie officielle.
2. Son discours est reproduit dans te Recueil déjà cité, Arch. liai., AD vu 35.
3. La discussion est rapportée par le journal officiel de la secte L'Écho, dans son n° du îo germinal an VI. Commentant ta discussion du comité, L'Écho demanda aux. pouvoirs publics de reconnaître la théopliilanthropie comme religion officielle. Sur celte question, voir plus loin, p. 3oo et suiv.