‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 172 sur 519 · LE CODE ET LA MORALE DES SAGES · texte numérisé non relu

LE CODE ET LA MORALE DES SAGES

leur permit de « prendre dans les magasins de la Républiquc les décorations convenables à la cérémonie1 ».

Chassant prononça l’éloge du héros républicain, loua successivement le guerrier, le citoyen, l’ami, l’époux, et sut trouver par endroits des accents éloquents2. 41a cérémonie qui eut lieu au temple de la Butte des Moulins (Saint-Roch), au milieu d’une nombreuse assistance, le père de Hoche était présent ainsi qu’une partie de l’étatmajor3 4.

Le « Code » et « ta Morale des sages ». — En même temps qu’il publiait le Rituel , Chemin réunissait tous les ouvrages officiels de la secle dans un volume uni que, dont le long titre indique suffisamment le contenu : Code religieux et moral des théophilanthropes ou adorateurs de Dieu et amis des hommes, contenant : in le manuel ou, exposition de leurs docjmes, de leur morale et de leurs pratiques; 2° le Rituel ou recueil des hymmes avec l’ordre des exercices ; 3° l'instruction élémentaire par demandes et par réponses; 4° Vannée religieuse ou recueil d’extraits puisés dans les moralistes anciens et modernes sur la religion et la morale universelles

i. Le Rédacteur du i3 brumaire. On trouvera aux Àrch. nàt., F1 Ci1 87 les lettres par lesquelles les administrateurs théophilanthropes des différents temples sollicitent du ministre l’usage des accessoires du dépôt des fêtes nationales. La fête lut célébrée successivement à Saint-Nicolas des Champs (Gravit tiers') au début «le frimaire ; à Saint-Sulpicc ( Luxembourg ), le 4 nivôse; à Saint-Koch (Bulle des Moulins), le 5 nivôse; à Sainte-Margueritte (Montreuil), le io nivôse; à Saint-Euslache (Contrat social), le 10 pluviôse; à Saint-Thomas d’Aquin (Grenelle), le icr ventôse.

■i . Eloge funèbre du généra! Hoche, prononcé dans les différents temples des théophilantliropes par le citoyen Chassant , in-8, 1 5 p. (B. de la V. de B 1227a). On lit, à la page 3, cette critique des oraisons funèbres catholiques : « Nous 11e sommes plus dans ces temples, où un éloge était souvent un outrage fait à la vérité, où l'on payait chèrement une plume vénale pour rendre célèbre un personnage qui quelquefois n’avait que le nom d'homme ». Avant fructidor, le comité de direction n’aurait certainement pas laissé passer de pareilles attaques, si contraires à la tolérance dont la secte faisait profession.

3. D’après le rapport du Bureau central du (i nivôse an A I (dans Aulard, Esprit public, IV, 5o8).

4. La seconde édition, parue en l’an Ail et assez différente de la première, est intitulée: Code de religion et de morale naturelles à l'usage des adorateurs de Dieu et amis des hommes , rédigé, publié cl mis en ordre

,K I.KiSDEM.UN l>K FRUCTIDOR \ PARIS

La même année, Chemin rééditait Y Année religieuse, revue, corrigée et augmentée, sous un nouveau titre : Morale des sages de tous les pays et de tous les siècles, ou Collection épurée des moralistes anciens et modernes1.

Le recueil était dédié non seulement aux théophilanthropes, mais « aux familles vertueuses et à toutes les institutions qui ont pour objet l’enseignement de la morale. » Le jury d’instruction publique de la Seine2 adoptait la Morale des sages, et l’administration centrale du département la distribuait en prix aux élèves des écoles publiques. Sur la proposition du législateur Gauthier, le Conseil des Cinq-Cents exprimait le vœu, le 7 vendémiaire an VII, que le Directoire ordonnât la distribution de ce « répertoire de la sagesse humaine » à toutes les écoles de la République. Le Conseil des Anciens émettait un vœu analogue quelques jours après.

En composant ces morceaux choisis sur la morale, Chemin répondait en effet à un besoin depuis longtemps exprimé par les patriotes. Dès décembre 1792, le député Opoix dans une Opinion sur l'Instruction publique A, avait demandé qu’on mit aux mains des enfants « un recueil de faits instructifs et intéressants tirés des ineil leurs ailleurs anciens et modernes... ce qui serait en quelque sorte une morale en action. » En juillet 1798, le députe Deleyre traçait d’avance son programme à Chemin en ces termes : « Pour établir de bonne heure dans les esprits la tolérance et l’égalité des cultes, il faut

par J. -B. Chemin, adopté par les différents conseils de direction de la théophilanlhropie et constamment suivi depuis l’origine de ce culte, in- 12. Sur la couverture ou lit cette épitaphe : En écartant la superstition, conservons la religion inaltérable, Cicéron. La deuxième édition s ouvre par un Précis historique sur le culte des adorateurs de Dieu et amis des hommes qui manque à la première.

1. Elle forme la deuxième partie de la deuxième édition du Code, mais avec une pagination spéciale. Chemin en a donné des éditions indépendantes; il en existe une aux Arch. nat., AD'111 25.

2. Rappelons que Idaiiy faisait partie de ce jury d instruction publique. Il y avait été nommé après fructidor en remplacement de Sicard, en même temps que Dorat-Cubières, ce dernier en remplacement de Panckouke (. Messager du 10 ventôse an VI).

3. J. Guillaume, Proc.-verb. du comité d'instruction publique de la Convention, J , p. 2 y 1 .

SUCCÈS DES OUVRAGES THÉOPII IL ANTHROPIQUES 9.53

recueillir indifféremment de grandes vérités morales, dans tous les codes religieux : chez les poètes et les philosophes, dans la Bible et l’Alcoran, dans Homère, Saadi, Confucius, Zoroaslre, le V'dam, Platon, Cicéron, Épictètc, Marc-Aurèle, Fénelon, Bossuet, Pascal et J. J. Rousseau, parce que la bonne morale est commune à toutes les religions et à toutes les nations, comme à tous les siècles de l’histoire et à tous les âges de la vie1. « En l’an 111 encore, Guyomard proposait décharger le comité d’instruction publique do la Convention de choisir dans les ouvrages des amis de l’humanité, des défenseurs de la souveraineté imprescriptible du peuple, les maximes les plus propres à éclairer l’esprit public, à former le cœur tles citoyens qu’on cherche à démoraliser, cl de charger ce comité de les insérer chaque jour au Bulletin sous le tilred’« Esprit des grands hommes propre à diriger l’Esprit public2. » Le projet de Guyomard décrété en principe n’avait pas reçu d’application.

O11 voit donc que le Recueil de Chemin était un livre attendu.

Succès des ouvrages théophilanthropiques. — • Les livres des théophilanthropes rencontrèrent auprès de l’opinion républicaine un excellent accueil. Chemin se vante d’avoir remporté à cet égard « un succès complet3 », il rappelle4 5 que ses livres furent traduits en toutou en partie dans toutes les langues de l’Europe, « qu'ils ont pénétré dans les pays memes soumis à l’inquisition ' ». Il se plaint « qu’ils furent l’objet de spéculations pour plusieurs libraires tant en France que de l’étranger et qu’il en a été imprimé de nombreuses contrefaçons 6 ».

Il aura raison, quand la secte sera tombée en déca-

i. Ici., I, p. 053.

?.. Moniteur, séance du iü messidor an lit.

3. Si on en croit Grégoire ( Histoire des Sectes, I, ]>. 4o8) « le ministre de l'intérieur envoya gratuitement le Manuel des théophilan tliropcs dans les départements. »

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