‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 177 sur 519 · ÉCRITS POLÉMIQUES · texte numérisé non relu

ÉCRITS POLÉMIQUES

de respecter dans leur faiblesse. Ce que les païens avaient craint est arrivé ; tout est changé de face ; les humbles chrétiens ont changé de langage, et on a vu le prétendu royaume de l'autre monde devenir sous un chef visible le plus violent despotisme dans celui-ci... »

En regard de cette religion des chrétiens, antisociale et anlinaturelle, l’auteur du pamphlet place celle des théophilanlhropes, qui ne « reconnaissent d’autres pontifes ni d’autres prêtres que les magistrats... » et qui « apprennent aux citoyens que servir l’Etat, c’est servir le Dieu tutélaire, que mourir pour la Patrie c’est aller au martyre! »

Dans un autre pamphlet, Pierre Colau fait le compte des hommes qui ont péri dans les guerres religieuses, et arrive au total de iG /jiq 200 victimes1.

Un autre encore, anonyme2, prouve que la révélation est déraisonnable et réfutela Bible. Il raille sainte Ursule et ses onze mille vierges, la confession (« le petit guichet »), institution immorale qui était absente du christianisme primitif et qui n’a qu’un but : assurer la domination des prêtres par qui elle fut inventée. El il conclut gaillardement à la manière hébertiste : « Je crains bien que lorsque les hommes voudront examiner avec attention l’échafaudage du papisme, on ne soit tenté de donner de la pelle au c... à tous les jongleurs à calotte 3. »

Propagande par l’image. — Ces violences, que les théophilanthropos ne se seraient pas permises avant fructidor, montrent bien que maintenant ils se sentent sûrs du lendemain. Pour populariser leur culte, ils recourent à l’image. Une estampe in-4°, gravée au lavis et enluminée

1 . Oh ! [tour le coup le bon Dieu esl assommé. I oilà la résurrection <lrs théophilunlhropes. . . S. d. in-8 (B. de la \ . de P. 8(P|8). La Décatir philosophique reproduira les mêmes calculs dans un article paru au moment du Concordat.

9.. La pelle au c... donnée aux ihéophilanlhropes par les catholiques. S. d. in-8. L’auteur explique ainsi le titre : « Eh ! colporteur, mon ami. ne vois-tu pas cpie tu te trompes sur le titre de tou pamphlet? Commentdonc? — 11 faut lire l'appclau culte des théophilanthropes. — Bah ! qu’est-ce que cela fait ? les dévotes n’en voudraient pas 1 laissezmoi donc crier : la pelle au c... »

3. Le ton n'est pas sensiblement différent dans le journal officiel de la secte, L’Écho.

:?6o I.F, LENDEMAIN DE ERUCTIDOR A PARIS

représente un lecteur théophilanthrope revêtu de son costume tricolore Le graveur Mallet, qui n’était pas sans mérite, figure le Baptême des théophilanthropes dans le temple décadaire, « son chef-d’œuvre », dit M. Renouvier1 2.

XY

La prédication tiiéopiiieantiiropique. — Presque absente dans les discours ou écrits de la secte avant fructidor, ou tout au moins très dissimulée, la polémique avec les catholiques tient maintenant une. place 'plus grande dans la prédication des théophilanthropes.

P. -N. Laurisset, qui fut administrateur du temple de Saint-Jacques-du-Haut-Pas 3, compare en un long parallèle la superstition (tout le monde comprenait le catholicisme) et la religion naturelle4.

« La morale, disait-il, a pour objet les intérêts de l’homme, la superstition a pour objet les intérêts des ennemis des hommes. La morale a l’expérience, la raison,

1 . D’après les annonces de Y Année religieuse, elle était en vente chez Chemin au prix de cinq sous.

2. « L’estampe la plus intéressante de Mallet, son chef-d’œuvre, qu'on peut croire à la signature gravée par lui-même, est le Baptême îles théophilanlhropcs dans le temple décadaire. C’est une composition de douze figures principales et de cinquante figures accessoires où dominent l’orateur théophilanthrope en costume, étendant les bras, la femme qui offre l’enfant, les parents qui l’entourent et les amis disposés en groupes animés dans les differentes parties de l’église, toute tendue de draperies avec les placards du nouveau culte : « Liberté des cultes, Adorez Dieu, Chérissez vos semblables, Rendez-vous utiles à la patrie ». Le dessin n’y manque pas de style, malgré la vérité des costumes, et la gravure en est faite d’une pointe légère, mais nourrie et expressive. La pièce grand in-folio est signée Mallet, rue Thévenot et porte en marge un chiffre (TS en monogramme entouré de rayons). Il y en a deux états : le deuxième porte le nom en lettres d’imprimerie et l’adresse: « Se vend chez l’auteur, rue Gît-lc-Cœur, n° 18 (coll Hennin) ». Renouvier, Hist. de l’art pendant la Révolution, i863, p. 189. Cette gravure est signalée dans le .Journal des hommes libres du 9 nivôse an ^ I. Elle se vendait trente sous.

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