‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 178 sur 519 · D’après une lettre conservée aux Arch. nal., F” ^ 4 1 Q · texte numérisé non relu

D’après une lettre conservée aux Arch. nal., F” ^ 4 1 Q

4. « Sur la différence entre la superstition et la religion naturelle, discours prononcé dans plusieurs temples de Paris par P. -N. Laurisset» ligure dans le recueil officiel des sermons de la secte. Arch. nat., A D a v 1 r 49.

LA PREDICATION TIIEOPHILANTHROPIQUE

la vérité pour garants, la superstition n’est fondée que sur l’ignorance, l’imposture et la tyrannie. La morale élève le cœur de l’homme, lui montre sa dignité, lui enseigne ses droits, lui inspire de l’activité, de l’énergie, du courage ; la superstition l’épouvante, le dégrade, le fait ramper dans la bassesse, comprime le ressort de son âme, le met au désespoir cl finit ordinairement par le rendre furieux. . . La morale enfin crie au cœur de l’homme : Adore un Dieu ! Sois juste, et chéris ta patrie ! La superstition lui crie : Adore telle ou telle image. Sois juste envers ceux qui comme toi l’adoreront, et dégage-toi de tout devoir sur la terre, pour ne voir (pie ta patrie céleste. »

Et Laurisset concluait hautement, comme en réponse à ceux qui demandaient la tolérance, même pour les intolérants : « Doit-on des ménagements à des systèmes d’erreurs et de préjugés, dont les principes primitifs sont d’interdire l’usage de la raison, de fermer les yeux à la vérité, de se haïr soi-même ? Non sans doute. »

Ce langage était approuvé par le comité de direction et le discours de Laurisset prononcé successivement dans plusieurs temples de Paris. Ainsi les théophilanthropes ne se bornaient plus à se défendre, ils passaient à l’offensive.

Avant fructidor, leurs orateurs traitaient assez volontiers des lieux communs de philosophie : l’existence de Dieu, l’immortalité de l’âme, etc. Maintenant ils s’occupent de plus en plus de questions de morale1. L’amour

1. Siauvet dans L'Echo ries théophilanlhropes du i5 nivôse an VI, en l'ait lui-même la remarque : « O11 reprochait, dit-il, aux théophilanthropes de ne s’occuper que d'idées abstraites et métaphysiques, rien ne nous parait plus propre à démontrer l'injustice de ce reproche que le tableau du dernier exercice. La première colonne renferme le nom des temples, la seconde désigne les discours qui y ont été prononcés :

les.

I nslitut des aveu^ Mont -Panthéon.

Muséum.

Fidélité .

Gravilliers. .

Le Roule. .

Montreuil. .

Luxembourg.. .

Hutte des Moulins. .

Fontaine Grenelle .

De l'ambition.

Do la constance dans le malheur.

Grandeur des merveilles de la nature.

Devoirs de l'homme en société.

Du respect des opinions.

Vccessité de la bienfaisance.

Du mariage et du divorce.

De la piété filiale.

De la conscience.

de la patrie, la puissance de la morale, la loi naturelle, l’instruction, etc... sont les sujets qui dominent de beaucoup dans les deux recueils de discours qu’ils ont laissés, celui de Dubroca et celui du comité de direction '.

Les orateurs. — Dubroca. Autant que nous pouvons en juger par les documents cpii nous sont parvenus, les orateurs théophilanlbropes lurent pour la plupart des personnages de second ou de troisième ordre.

Anciens prêtres en majorité, leur éloquence se ressent de leur premier métier. Chemin, Chapuis2, Chassant, Michel, Sobry, Laurisset, etc..., ne s’élèvent jamais très haut. Us savent mettre en œuvre les procédés de la rhétorique usuelle ; là s’arrête leur talent ; beaucoup d’autres lecteurs même leur sont inférieurs :i.

1. i° Recueil de discours prononcés dans divers temples des théophilamlhropes ; à Paris, au bureau des ouvrages de la Ihéophilanthropie (chez Chemin), années VI et Vit, in- 12 (Arch. nat., ADXVII /Jg) ;

2° Discours de morale et sur les fêtes nationales, par J. -B. Dubroca, an VII, in 8 (Arch nal., AD'111 25). Dubroca a reproduit en tète de son recueil les réflexions de La Révellièrc sur le culte, les cérémonies civiles et les fêtes nationales.

2. Nous avons de Chapuis les discours suivants : Discours prononcé au temple de la Piété filiale à la fêle des époux le 10 floréal an Vil (Eloge du mariage, critique du célibat, légitimité du divorce. B. de la V de P. 12272). — Du mariage et du divorce considérés sous le rapport de la nature, de la religion et des mœurs, discours prononcé dans plusieurs temples des théophilanthropes, de l’imp. Ch. Panckoucke. . . an VII (Le divorce « est tin de ces remèdes violents auxquels on n’a recours ordinairement que dans les situations les plus désespérées ») (Bib. nat., Ld188 5i). — ■ Discours sur la fête de la fondation de la République prononcé au temple de la Piété fdiale le Ier vendémiaire an VIII (contre la superstition et pour l’union de tous les républicains). Bib. nat., Lb4â 25i3.

3. Critiquant la précipitation avec laquelle ses amis s’emparèrent des églises de Paris après fructidor, Siauve, dans son journal L’Echo, (n° 22) signale comme un danger grave l’inexpérience oratoire de beaucoup de lecteurs théophilanthropes. « Les orateurs doivent parler le langage simple et naïf de la vérité et de la nature, mais sans trivialité comme sans bassesse. Et je le demande aux théophilanthropes, leur institution compte-t-elle cinquante orateurs zélés et instruits ? Combien peu d’hommes ont eu le courage de braver avant le 18 fructidor et les menaces des conspirateurs et les traits acérés du ridicule? Nous le répétons, non pas pour avoir le plaisir de fronder fies hommes que nous estimons, mais au contraire pour leur suggérer des idées qui nous paraissent utiles, les théophilanlbropes mettent trop d’empressement à multiplier les réunions. Que résulte-t-il de cette précipitation ? que ce petit nombre d’hommes prudents et sages, qui seuls sont en état de présider aux fêles inauguralives, 11e pouvant se trouver partout

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