‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 199 sur 519 · L’Echo, n · texte numérisé non relu

L’Echo, n

a. Rapport du 12 nivôse et aussi ceux des t<'r, 5, 11 nivôse, 11 pluviôse.

3. Les rapports du Bureau central remarquent que les malveillants, qui troublent les cérémonies théophilanlhropiques, appartiennent aux classes populaires : femmes de la Halle, ouvriers, etc... O11 lit aussi, dans un bulletin de police du 21 brumaire an \ I, que la majorité de l’auditoire du temple Saint-Fustachc 11'était pas on faveur du culte théophilanthropique, «malgré qu il paraissait être composé en majorité de la. classe ouvrière du peuple» (\rch. nat , F1 ti 1 !■')• j. Noir plus haut, cli . m, p. î.iy-ifii.

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viclion que par lactique, pour faire pièce au catholicisme, pour défendre la République. Nombreux étaient les citoyens, qui n'avaienl pas d’autre raison pour assister aux ollices théopliilanthropiques, que leur désir de ne pas abandonner la rue aux royalistes1 2 3. Mais après fructidor, le péril passé, les vieilles querelles reparaissent. Les dissentiments entre philosophes et déistes seront nuisibles à la théophilanlhropie, connue ils l’avaient été au culte de l’btre Suprême.

Sylvain Maréchal et l’atiiéisme. — Au début de l’an AI, Syl vain Maréchal lit paraître une curieuse brochure intitulée Culle et lois (Tune Société d'hommes sans Dieu 1 où il préconisait la création d’une « institution spécialement destinée à combattre et à détruire la croyance en Dieu ». L’auteur n’était pourtant pas un ennemi systématique de la théophilanthropie, puisqu’il s’y ralliera [tins lard ouvertement. Définissant les déistes dans son Dictionnaire des athées, il enferme sous ce nom « ceux qui, révoltés de b absurdité et de l’immoralité de toutes les religions, mais n’osant pas passer tout de suite dans le camp des alliées, se retranchent à dire qu’il leur faut un Dieu pour faire le monde », et il parle avec bienveillance de « ces bonnes gens fort mal vus par les hommes religieux. » Mais, tout sympathique qu’il soit d’avance à toute téntative de déchristianisation, Sylvain Maréchal ne renonçait pas à ses idées particulières. Reprenant, avec de profondes corrections, le projet de culte sans prêtres qu’il avait imaginé en 1790 J, il faisait consister toute la religion dans la pratique de la vertu.

1. Inversement, le Bureau central note que le nouveau culte « n’avait il'enncmis qu'autanl qu’on le croyait lié au maintien de la République ». Rapports clos 20 et 21 brumaire an VI et 7 Irimairc a n VI.

2. « Cul le et loix d'une société d'hommes sans Dieu, en l'an i,r de la Raison, VI de la République, 64 pages in-8. » (B. delà V. de P., 9193). Sylvain Maréchal se sert couramment de l’abréviation H. S. D.

3. Il est intéressant de comparer sa brochure de l’an VI à sa brochure de 1790. Celle-ci a pour titre : Décret de l’assemblée nationale portant règlement d’un culte sans prêtres, ou moyen de se passer de prêtres sans nuire an culte (B. n., Lb:)!l 865o).

SYLV AIN MAIIECHU, ET h ATHEISME u85

Les honmies sans Dieu ont cependant un culte, mais réduit à sa plus simple expression. « Ils tiennent ouvert un grand livre, pour y recueillir et conserver les traits honorables de 1 espèce humaine. » Pour adorer la vertu, ils se réunissent tous les dix jours « dans un édifice qui n’a point servi à d'autres cultes1 », ou sous une voûte de feuillage pendant la belle saison. Des femmes jeunes et pures brûlent des parfums, assortissent des fleurs devant le livre de la vertu et prêtent le charme de leurs voix aux hymnes de la secle3. Un voile blanc sépare les II. S. D. des assistants; sur ce voile, on lil en lettres d’or: « De toutes les erreurs, la [dus grande est un Dieu. »

Les 11. S. D. ont un baptême, une première communion, une bénédiction du mariage, les uns et les autres célébrés par les septuagénaires. A la première communion, les enfants écrivent et répètent celte formule :

Je crois Èi la vertu, mon cœur la sent, il l’aime;

Elle seule est sacrée, elle seide a ma foi.

Excepté la vertu, le reste est un problème Pour moi.

Chaque société cl’ H. S. D. ne compte que neuf membres au maximum, tous Agés d’au moins ci nquante ans et pères de famille. Ils répandent leurs doctrines par des livres, imprimés par les presses qu’ils possèdent en propre, publient des Mémoires, une « Morale élémentaire dégagée de l'alliage impur et sacrilège d’un Dieu », un Annuaire, où chaque jour porte le nom d’un sage S. I). et offre une

1. Ce détail est probablement une critique dirigée contre la loi < 1 11 i partageait la jouissance îles églises entre des cultes différents.

2. Voici, à litre de curiosité, la seconde strophe de l’Hymne à la \ crlu :

Qu’il est à plaindre et vil l’homme à qui pour bien faire La présence d’un Dieu lut toujours nécessaire !

Mon Dieu c’est la Vertu ; pour temple elle a mon cœur, Pour culte mes devoirs et pour but mon bonheur.

La Vertu veut un encens volontaire Offert par l’amour seul de l'ordre et du devoir,

Elle n’habite point une àme mercenaire.

Pour aimer la Vertu je uc veux que la voir.

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circonstance de sa vie', ils travaillent à la « Biographie raisonnée des véritables II. S. D., qui ont paru jusqu’ici cl qui ont été tant calomniés1 2 3. « Chaqueannéc, ils donnent une couronne à l’auteur de l’écrit le mieux fait conlrc le préjugé d’uue croyance en Dieu. Chaque année aussi, iis donnent une séance d’expériences de physique destinées « à démontrer la toute puissance delà nature sans recourir à un agent hors d’elle » et de temps en temps ils représentent sur un théâtre domestique des drames conçus dans l’esprit de leur institution. Notons enfin que, « jaloux de leur indépendance, ils se refusent à la protection des gouvernements3 ».

Le projet de Sylvain Maréchal ne passa pas inaperçu. L’Ami des lois en rendit compte à ses lecteurs dans son numéro du 26 brumaire et le trouva tout à fait original ; ce qui ne l’empêcha -pas de condamner l’athéisme, « désolante doctrine », que les Chaumelte, les Ronsin, les Hébert avaient prêchée autrefois, en se vautrant dans lcsanget en se couvrant des crimes les plus affreux !

Un certain Lebrun de Grenoble fit adhésion aux idées de Sylvain Maréchal dans son pamphlet de L’Anliprâtre. Pour lui, la théophilanthropie ne devait être qu’un passage vers la vraie religion qui est le « culte de la vertu4 * ».

Sans aller aussi loin que Maréchal, la prudente Décade, qui, depuis le 18 fructidor, faisait campagne en faveur du décadi contre le dimanche, publia, dans son numéro

1. On reconnaît ici Y Almanach des Honnêtes ejens publié par S. Maréchal en 1788.

2. Allusion au Dictionnaire des Alliées, que Maréchal fera paraître en l’an VI 11.

3. Ceci parait bien une pierc jetée dans le jardin des lliéophilanthropes. Remarquons aussi que S. Maréchal, loin dé s’associer aux éloges hyperboliques adressés par ces derniers à Bonaparte, avait dirigé conlrc «le héros italique » les critiques les [il us vives cl les plus fondées dans une satire intitulée : Correction à la gloire de Bonaparte on lettre à ce général datée de frimaire an VI cl signée « I*. S. M. 1TI. S. D. » Pierre-Sylvain Maréchal l'Homme sans Dieu (Bib. nal , Lb12 1706 réserve). Voir mon article: « Les prédictions de Sylvain Maréchal» Révolution française du 1 ) mars igo3.

4. Je n’ai pu mettre la main sur celte brochure, mais les Annules

de la Religion en donnent une analyse assez étendue dans le n° 0 du

LES RESISTANCES. - LES PHILOSOPHES 2(Sy

du 3o IVimaire, un long article sur « quelques moyens d’accélérer l’établissement des fêles décadaires ». — On discutait aux Conseils les projets de Duliot cl de Leclerc sur les « institutions civiles ». Sans plus parler de la théophilanthropie que si elle n’existait pas, La Décade demandait purement et simplement le rétablissement du culte décadaire tel, à peu de chose près, qu’il était célébré au temps de Robespierre. Dans un numéro suivant, le 20 ventôse, le journal des philosophes analysait avec force louanges l’ouvrage de Lanlhenas Religion cirde proposée aux républicains pour bien des gouvernements représentatifs. Lanlhenas, qui avait refusé son adhésion à la théophilanthropie1, démontrait la nécessité de l’union intime de l'Église et de l’Etat et pour la réaliser demandait l’institution d’un culte officiel.

Déjà Thomas Paine, dans sa Lettre aux tliéopliilanthropes 2, tout dévoué qu’il fût à la tentative, n’avait pu s’empêcher de formuler quelques critiques. Suivant lui, les théophilanlhropes avaient le tort de ne pas donner à leurs réunions un intérêt scientifique par des expériences de physique bien choisies. Il leur reprochait encore de ne pas exposer les raisons pour lesquelles ils rejetaient la révélation et les mystères, et leur conseillait enfin de prendre contre le catholicisme et les autres églises une altitude plus décidée.

C’étaient autant de censures indirectes de la nouvelle religion. L Indépendant , journal qui pourtant s’y était montré jusque-là favorable, la prit directement à partie dans son numéro du l\ nivôse. Sous ce litre, La sortie du temple, il imagine un dialogue assez vif entre un patriote cl un catholique devenu depuis peu théophi lanlhrope. « Savez-vous, demande T ex-catholique au patriote, savez-vous bien ce qui m’a fait le plus de plaisir dans tout ça? C’est le costume du prêtre. » Le patriote se récrie : « Dites donc de l 'orateur. Nous n’avons point

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